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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 21:27

 

Allocution du pape François

Je pensais que cette réunion serait comme nous l’avions fait deux fois à Castelgandolfo, dans la salle capitulaire, seul avec les sœurs, mais, je vous avoue, je n’ai pas eu le courage de renvoyer les cardinaux. Faisons donc ainsi.

Bien, je vous remercie beaucoup de votre accueil et de votre prière pour l’Eglise. Quand une sœur cloîtrée consacre toute sa vie au Seigneur, il se passe une transformation que l’on n’a jamais fini de comprendre. La pente normale de notre pensée est de croire que cette sœur s’isole, seule avec l’Absolu, seule avec Dieu, que c’est une vie ascétique, pénitente.

Mais tel n’est pas le chemin d’une sœur cloîtrée catholique, ou chrétienne. Le chemin passe par Jésus-Christ, toujours ! Jésus-Christ est au centre de votre vie, de votre pénitence, de votre vie communautaire, de votre prière, et aussi de l’universalité de la prière.

Et sur ce chemin il se passe le contraire de celui qui pense qu’elle est une sœur cloîtrée ascétique. Lorsqu’elle avance sur le chemin de la contemplation de Jésus-Christ, de la prière et de la pénitence avec Jésus-Christ, elle devient grandement humaine. Les sœurs cloîtrées sont appelées à avoir une grande humanité, une humanité semblable à celle de la Mère Eglise : humaines ; comprendre toutes les choses de la vie, être des personnes qui savent comprendre les problèmes humains, qui savent pardonner, qui savent demander au Seigneur pour les personnes. Votre humanité.

Et votre humanité passe par ce chemin : l’Incarnation du Verbe, le chemin de Jésus-Christ. Et quel est le signe d’une sœur si humaine ? La joie, la joie, lorsqu’il y a la joie ! Cela me rend triste lorsque je rencontre des sœurs qui ne sont pas joyeuses. Elles sourient peut-être mais, comme un sourire d’hôtesse de l’air. Pas avec le sourire de la joie, de celle qui vient de l’intérieur : toujours avec Jésus-Christ.

Aujourd’hui à la messe, en parlant du Crucifix, je disais que François l’avait contemplé avec les yeux ouverts, avec les plaies ouvertes, avec le sang qui coulait. Et telle est votre contemplation : la réalité. La réalité de Jésus-Christ. Pas des idées abstraites, pas des idées abstraites, parce qu’elles dessèchent la tête. La contemplation des plaies de Jésus-Christ ! Et il les a emportées au Ciel : il les a ! C’est le chemin de l’humanité de Jésus : toujours avec Jésus, Dieu-homme.

Et c’est pour cela que c’est si beau lorsque les gens vont au parloir des monastères et demandent des prières et disent leurs problèmes. Peut-être la sœur ne dit-elle rien d’extraordinaire, mais un mot qui lui vient justement de la contemplation de Jésus-Christ, parce que la sœur, comme l’Eglise, est sur le chemin de devenir experte en humanité. Et voilà votre chemin : pas trop de spirituel ! Quand il y a trop de spirituels, je pense à la fondatrice des monastères de votre concurrence, sainte Thérèse, par exemple. Quand une sœur venait à elle avec ces choses … elle disait à la cuisinière : « Donne-lui un bifteck ! » Toujours avec Jésus-Christ, toujours.

L’humanité de Jésus-Christ ! Parce que le Verbe est venu dans la chair, Dieu s’est fait chair pour nous, et cela vous donnera une sainteté humaine, grande, belle, mûre, une sainteté de mère. Et l’Eglise vous veut comme cela : des mères, mère, mère. Donner la vie.

Lorsque vous priez par exemple pour les prêtres, pour les séminaristes, vous avez avec eux un rapport de maternité ; par la prière vous les aidez à devenir de bons pasteurs du peuple de Dieu. Mais souvenez-vous du bifteck de sainte Thérèse ! C’est important. E voilà le premier (point) : toujours avec Jésus-Christ, les plaies de Jésus-Christ, les plaies du Seigneur. Parce que c’est une réalité qu’Il avait après la résurrection, et il les a emportées.

Et la deuxième chose que je voulais vous dire, brièvement, c’est la vie de communauté. Pardonnez, supportez-vous, parce que la vie communautaire n’est pas facile. Le diable profite de tout pour diviser ! Il dit : « Je ne veux pas dire du mal, mais… », et la division commence. Non, cela ne va pas, parce que cela ne conduit qu’à la division.

Soignez l’amitié entre vous, la vie de famille, l’amour mutuel. Et que le monastère ne soit pas un Purgatoire, que ce soit une famille. Les problèmes, il y a ne a, il y en aura, mais comme dans une famille, cherchez la solution avec amour ; ne détruisez pas une telle pour résoudre ceci ; n’entrez pas en compétition. Soignez la vie communautaire, parce que lorsqu’il en est ainsi dans la vie communautaire, des familles, c’est justement l’Esprit Saint qui est au milieu de la communauté.

Je voulais vous dire ces deux choses : toujours la contemplation, toujours avec Jésus, Jésus Dieu et homme. Et la vie communautaire, toujours avec un cœur grand. En laissant passer, ne pas se vanter, tout supporter, sourire de tout cœur. Et le signe de cela, c’est la joie. Et moi je demande pour vous cette joie qui naît justement de la vraie contemplation et d’une belle vie communautaire. Merci ! Merci de votre accueil. Je vous demande de prier pour moi, s’il vous plaît, ne l’oubliez pas ! Avant la bénédiction, prions la Madone. Ave Maria …

Transcription en italien publiée par la Salle de presse du Saint-Siège

Traduction de Zenit, Anita Bourdin

http://www.zenit.org/fr/articles/35871

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 12:49

 

JerryMarseille 2011

FRERES ET SŒURS

Nous nous sommes rappelé que l'ESPRIT SAINT NOUS EST INDISPENSABLE POUR BIEN VIVRE NOTRE VIE, pourquoi ? Au départ du monde, Dieu nous avait fait confiance en tout. Il nous demandait aussi de Lui faire confiance sans limites. Malheureusement Adam et Eve -les premiers humains- ont brisé cette alliance de Dieu avec nous et, par le fait même, brisé l'harmonie de leur vie. Ils ont en effet voulu diriger eux-mêmes leur vie, seuls - c'était de l'orgueil ! Et cet orgueil a répandu le désordre et la souffrance sur terre. Bien sûr, avec l'intelligence et la volonté que Dieu nous avait données, nous avons pu inventer de grandes et de belles choses, mais pas recréer un nouveau bonheur, car LE VRAI BONHEUR NE SE CONSTRUIT QU'AVEC DIEU.

Nos découvertes et nos techniques nous ont laissé avec notre myopie, notre fragilité et notre égoïsme. Heureusement l'amour de Dieu ne peut être vaincu ! Il est plus fort que tout. Il enlève les obstacles. Il est vainqueur du Mal. Il a donc décidé dans sa toute puissance et sa miséricorde, de nous combler d'une nouvelle vie. Pour cela il s'est manifesté à Noël dans Son Fils se faisant homme, humble nouveau-né parmi nous, tel fut l'effet de sa Puissance !

A LA PENTECOTE, bien plus tard, quand le moment fut favorable , DIEU VOULUT QUE NOUS RECEVIONS SON ESPRIT SAINT POUR NOUS GUIDER, ET CELA EN SURABONDANCE. DEPUIS LORS -JOUR ET NUIT- LA VUE CLAIRE ET LA FORCE NOUS SONT RENDUES PAR L'ESPRIT-SAINT si nous l'invitons de toute notre volonté à habiter en nous et à animer notre vie. C'est ce que Jésus avait promis ! Ce qui empêche d'accueillir sans condition l'Esprit de Dieu, c'est le manque de simplicité. Le cœur simple dit oui à Dieu, chaque fois qu'il le peut. Il attend tout le meilleur de Dieu, et pas de lui-même, petite créature ! Le cœur double est compliqué, parce que dans sa propre volonté il y a en même temps du oui et du non ! Oui Seigneur, car tu me proposes de bonnes choses I Non Seigneur, car je veux garder mes choses à moi, même les moins bonnes, même les mauvaises ! Pourtant Jésus a toujours dit oui à la volonté du Père qui lui venait d'en-haut, et il a rendu vie et bonheur à la Terre.

Marie de même ; et les Apôtres et toutes les Saintes et tous les Saints, jusqu'à aujourd'hui I Afin que nous arrivions de plus en plus à dire oui à Dieu, et cela avec Joie et sentiment de vivre la vraie vie. Frères et sœurs, je vais vous désigner des attitudes qui permettront à l'Esprit Saint de vous transformer, de vous rendre libres et de vous enrichir spirituellement.

PREMIEREMENT

 

IL S'AGIRA POUR VOUS DE DEMANDER SOUVENT A L'ESPRIT SAINT D'AGIR EN VOUS, DE VOUS ECLAIRER, DE VOUS FORTIFIER. Pensons souvent à JESUS et à MARIE qui étaient continuellement de vrais «adorateurs du Père, en Esprit et en vérité» Pour cela JESUS aima de prier souvent au temple et d'y lire la Parole Sainte avec les autres ; il se réfugia souvent dans le calme, sur la montagne, au désert, et au Jardin des Oliviers. Ainsi il NE VIVAIT JAMAIS SEUL SUR LA TERRE tellement bien qu'IL POUVAIT DIRE « QUI ME VOIT, VOIT LE PÈRE !» « LE PERE ET MOI NOUS SOMMES UN ».Cette union vitale était l'œuvre de l'Esprit Saint, qui est la force même d'amour unissant le Père et le Fils, le ciel et la terre .

DES QUE NOUS NOUS HABITUERONS A FAIRE TOUTE CHOSE AVEC L'ESPRIT SAINT, PAR CONFIANCE(FOI) en Lui que nous ne voyons pas, NOUS NE CONNAITRONS PLUS LA SOLITUDE, ET LA LOURDEUR DANS NOTRE VIE DIMINUERA. Mais pour cela il faut Le prier en disant :



« Esprit Saint, éclaire-moi !»

« Esprit Saint, aide-moi à faire mes choix de vie, d'action »

« Esprit Saint, donne-moi la force de faire ce que tu désires, ce que tu me

montres à faire par tes signes »

Oui, devenons « Adorateurs, adoratrices en Esprit et en vérité ! » Alors nous saurons que notre comportement deviendra de plus en plus juste, accordé au désir de Dieu, dans la bonne direction, donc fructueux. Imitons l'enfant qui recourt sans cesse à sa mère; recourons sans cesse à l'Esprit Saint, et sachons attendre dans l'humilité ses réponses. Appeler l'Esprit pour bien vivre, recourir à ses lumières et à ses secours, s'appuyer sur Lui, Lui obéir en tout, c'est cela « renaître dans l'Esprit » (Jn 3, 8).

DEUXIEMEMENT

En plus du bien-être de sa présence divine, L'ESPRIT SAINT VA DEVELOPPER EN NOUS LA PAIX ET LA PATIENCE , venant du fait que nous lâchons en nous l'option de l'orgueil, et que nous avons décidé de laisser l'Esprit Saint animer notre cœur, notre comportement, notre personne, nos engagements et notre avenir. (Lire 2Co 3, 17-18).Désormais L'ESPRIT SAINT VA FAIRE DIMINUER EN NOUS, avec notre consentement, L'HABITUDE DE NOUS COMPARER AVEC AUTRUI, l'habitude DE JALOUSER LES AUTRES, l'habitude DE LES JUGER, ce qui est des réflexes contraires à la simplicité des enfants, des amis, des serviteurs de Dieu. Avec lui nous ferons de plus en plus les choses avec douceur, sans prétention, sans nous agiter, sans courir dans tous les sens (Lire Jn 11,6 ; Ps 90 (89).

TROISIEMEMENT

L'ESPRIT SAINT DESIRE VOIR SE DEVELOPPER EN NOUS UN TRAVAIL ELEMENTAIRE ET VITAL, CELUI DE NOUS NOURRIR DE SES SIGNES ET DE SES PAROLES. En effet c'est grâce à ceci qu'il peut nous éclairer le cœur, nous proposer une route, et nous habituer à marcher avec Lui tous les jours, ce qui rend notre vie solide et féconde. Une première manière simple de nous nourrir de ses signes et paroles, c'est de nous familiariser avec beaucoup de passages de l'Ecriture Sainte et de la liturgie chrétienne, car en ces deux lieux - la Bible, la célébration il nous parle sans arrêt, pourvu que nous soyons à son écoute. Les événements de notre vie personnelle et de la vie des autres peuvent contenir aussi des appels, des signaux de l'Esprit du Seigneur. Soyons-y attentifs ! Demandons- Lui : « Dans ces faits, que veux-tu me montrer ou me dire ? » Certains mots, certaines phrases et interpellations (à notre adresse ou non) sont parfois porteurs également d'un avertissement ou d'une question du Seigneur pour nous ; dans la prière et avec l'aide de frères et sœurs vraiment spirituels, discernons si vraiment Dieu a voulu nous dire là quelque chose. Par la prière, nous pouvons aussi inviter l'Esprit Saint à nous transmettre un signal, une voie, une réponse. En Lui disant par exemple : « Esprit Saint je voudrais accomplir plus de choses pour Toi : montre-moi ce que je peux faire en plus pour te glorifier, pour œuvrer avec Toi ! ».Après une telle prière et sans exiger du Seigneur un délai précis, il se peut que vous voyiez apparaître une réponse à votre demande. Par exemple une personne vous aborde et vous propose une chose qui va justement dans le sens de votre demande.

 

QUATRIEMEMENT

Dans cette circonstance, ou bien vous adopterez ce qui survient avec confiance, ou bien vous hésiterez. EN CAS D'HESITATION RECOUREZ A QUELQU'UN DE VRAIMENT RELIGIEUX (prêtre, consacré(e), laïc...) ET AVEC CETTE PERSONNE, PRIEZ, DISCERNEZ, concluez par un oui ou non, en toute simplicité, humblement.

N.B : Ce réflexe de faire vérifier la valeur chrétienne de nos intuitions est très important : il se base sur 1 CO 12,12-13 et la suite (14-26).

CINQUIEMEMENT

A la suite de Jésus, Marie, les apôtres, François et Claire d'Assise et tous les saints ; PAR UNE ECOUTE HABITUELLE du Seigneur, NOTRE CŒUR SERA DE PLUS EN PLUS REMPLI, non seulement DE COURAGE et DE FIDELITE, MAIS AUSSI DE JOIE ET DE LOUANGE.

SIXIEMEMENT

Un autre effet important de l'action de L'ESPRIT SAINT est qu'il VA NOUS POUSSER DE PLUS EN PLUS A PORTER LES AUTRES SPIRITUELLEMENT, A L'ECHELLE DE L'OEUVRE DE DIEU, A LES AIMER, LES CONNAÎTRE, LES SAUVER, les soutenir. Transformés par Dieu qui est plein de tendresse, NOUS EXPRIMERONS à notre tour DE LA TENDRESSE DIVINE ET DE LA GENEROSITE, PARTOUT OU NOUS POUVONS, SELON LA VOLONTE DU SEIGNEUR LUI-MEME.

SEPTIEMEMENT

L'ESPRIT DE DIEU NOUS ENTRAINERA DE PLUS EN PLUS DANS LA REALISATION DE L 'UNITE DESIREE PAR LE PERE ET LE FILS (Lire Jn 17, 21). Il élargira notre désir de prier ensemble et avec d'autres, de partager ensemble sa Parole, de discerner avec Lui divinement. (Lire Isaïe 55, 8-9 ; 10-11) (Mt 18, 10 et11) NOTRE MONDE TERRESTRE ET NOTRE FAMILLE DES ENFANTS DE DIEU (EGLISE ...) ONT TOUS DEUX BESOIN : - DE NOTRE « CONSECRATION A L'ESPRIT SAINT»j - de notre disponibilité pour accomplir son œuvre de vie nouvelle, de Salut aujourd'hui ».Tournons donc à chaque instant nos regards vers Jésus et Marie, « Les grands consacrés au service du Souffle étemel du Père » - et répondons comme eux, autant que nous le pouvons, chaque fois : « Oui Seigneur !» « Oui Père ! » « Que ton règne vienne et vivifie tout ! Amen ! »

Frère Géry I

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 11:42
 
Audience du 13 janvier : Les Ordres mendiants (Franciscains et Dominicains)
Texte intégral

ROME, Mercredi 13 janvier 2010 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée ce mercredi par le pape Benoît XVI au cours de l'audience générale, salle Paul VI, au Vatican.

Chers frères et sœurs,

Au début de la nouvelle année, nous nous penchons sur l'histoire du christianisme, pour voir comment se développe une histoire et comment elle peut être renouvelée. Dans celle-ci, nous pouvons voir que ce sont les saints, guidés par la lumière de Dieu, qui sont les authentiques réformateurs de la vie de l'Eglise et de la société. Maîtres à travers la parole et témoins à travers l'exemple, ils savent promouvoir un renouveau ecclésial stable et profond, car ils ont été eux-mêmes profondément renouvelés, ils sont en contact avec la véritable nouveauté : la présence de Dieu dans le monde. Cette réalité réconfortante, selon laquelle dans chaque génération naissent des saints qui apportent la créativité du renouveau, accompagne constamment l'histoire de l'Eglise parmi les tristesses et les aspects négatifs de son chemin. Nous voyons en effet, siècle après siècle, naître également les forces de la réforme et du renouveau, car la nouveauté de Dieu est inexorable et donne toujours une force nouvelle pour aller de l'avant. C'est ce qui a eu lieu également au XIIIe siècle, avec la naissance et le développement extraordinaire des Ordres mendiants : un modèle de grand renouveau à une nouvelle époque historique. Ceux-ci furent appelés ainsi en raison de leur caractéristique de « mendier », c'est-à-dire d'avoir recours humblement au soutien économique des personnes pour vivre le vœu de pauvreté et accomplir leur mission évangélisatrice. Parmi les Ordres mendiants qui apparurent à cette époque, les plus connus et les plus importants sont les Frères mineurs et les Frères prêcheurs, connus comme franciscains et dominicains. Ils sont appelés ainsi en raison du nom de leurs fondateurs, respectivement François d'Assise et Dominique de Guzman. Ces deux grands saints eurent la capacité d'interpréter avec intelligence « les signes des temps », percevant les défis que devait affronter l'Eglise de leur temps.

Un premier défi était représenté par l'expansion de divers groupes et mouvements de fidèles qui, bien qu'inspirés par un désir légitime d'authentique vie chrétienne, se plaçaient souvent en dehors de la communion ecclésiale. Ils étaient en profonde opposition avec l'Eglise riche et belle qui s'était développée précisément avec la diffusion du monachisme. Dans les récentes catéchèses, je me suis arrêté sur la communauté monastique de Cluny, qui avait toujours plus attiré les jeunes et donc les forces vitales, ainsi que les biens et les richesses. De façon logique, s'était ainsi développée, dans un premier temps, une Eglise riche de propriété et également de biens immobiliers. Contre cette Eglise s'opposait l'idée que le Christ vint sur terre pauvre et que la véritable Eglise aurait dû être précisément l'Eglise des pauvres ; le désir d'une véritable authenticité chrétienne s'opposa ainsi à la réalité de l'Eglise empirique. Il s'agit de ce que l'on a appelé les mouvements paupéristes du Moyen Age. Ils contestaient durement la façon de vivre des prêtres et des moines de l'époque, accusés d'avoir trahi l'Evangile et de ne pas pratiquer la pauvreté comme les premiers chrétiens, et ces mouvements opposèrent au ministère des évêques une véritable « hiérarchie parallèle ». En outre, pour justifier leurs choix, ils diffusèrent des doctrines incompatibles avec la foi catholique. Par exemple, le mouvement des cathares ou des albigeois reproposa d'antiques hérésies, comme la dévalorisation et le mépris du monde matériel - l'opposition à la richesse devint rapidement une opposition à la réalité matérielle en tant que telle - la négation de la libre volonté, puis le dualisme, l'existence d'un second principe, du mal comparé à Dieu. Ces mouvements eurent du succès, spécialement en France et en Italie, non seulement en vertu de leur solide organisation, mais également parce qu'ils dénonçaient un désordre réel dans l'Eglise, provoqué par le comportement peu exemplaire de divers représentants du clergé.

Les Franciscains et les Dominicains, dans le sillage de leurs fondateurs, montrèrent en revanche qu'il était possible de vivre la pauvreté évangélique, la vérité de l'Evangile comme telle, sans se séparer de l'Eglise ; ils montrèrent que l'Eglise reste le vrai, l'authentique lieu de l'Evangile et de l'Ecriture. Plus encore, Dominique et François tirèrent justement de l'intime communion avec l'Eglise et avec la Papauté la force de leur témoignage. Avec un choix tout à fait original dans l'histoire de la vie consacrée, les membres de ces ordres non seulement renonçaient à la possession de biens personnels, comme le faisaient les moines depuis l'Antiquité, mais ils ne voulaient pas que fussent mis au nom de la communauté des terrains et des biens immobiliers. Ils entendaient ainsi témoigner d'une vie extrêmement sobre, pour être solidaires avec les pauvres et ne s'en remettre qu'à la Providence, vivre chaque jour de la Providence, de la confiance de se mettre entre les mains de Dieu. Ce style personnel et communautaire des ordres mendiants, uni à la totale adhésion à l'enseignement de l'Eglise et à son autorité, fut hautement apprécié par les Papes de l'époque, comme Innocent III et Honorius III, qui offrirent tout leur soutien à ces nouvelles expériences ecclésiales, en reconnaissant en elles la voix de l'Esprit. Et les fruits ne manquèrent pas : les groupes paupéristes qui s'étaient séparés de l'Eglise rentrèrent dans la communion ecclésiale ou, lentement, ils trouvèrent une nouvelle dimension, avant de disparaître. Encore aujourd'hui, tout en vivant dans une société où prévaut souvent l'« avoir » sur l'« être », on est très sensible aux exemples de pauvreté et de solidarité, que les croyants offrent avec des choix courageux. Encore aujourd'hui, de semblables initiatives ne manquent pas : les mouvements, qui partent réellement de la nouveauté de l'Evangile et le vivent dans notre temps dans sa radicalité, en se mettant entre les mains de Dieu, pour servir leur prochain. Le monde, comme le rappelait Paul VI dans Evangelii nuntiandi, écoute volontiers les maîtres, quand ils sont aussi des témoins. Il s'agit d'une leçon à ne jamais oublier dans l'œuvre de diffusion de l'Evangile : être les premiers à vivre ce qui s'annonce, être le miroir de la charité divine.

Franciscains et Dominicains furent des témoins, mais aussi des maîtres. En effet, une autre exigence répandue à leur époque était celle de l'instruction religieuse. Un grand nombre de fidèles laïcs, qui habitaient dans les villes en voie de grande expansion, désiraient pratiquer une vie chrétienne spirituellement intense. Ils essayaient donc d'approfondir la connaissance de la foi et d'être guidés sur le chemin difficile mais enthousiasmant de la sainteté. Les ordres mendiants surent aussi avec bonheur aller à la rencontre de cette nécessité : l'annonce de l'Evangile dans la simplicité et dans sa profondeur et sa grandeur était un but, peut-être le but principal de ce mouvement. Avec beaucoup de zèle, en effet, ils se consacrèrent à la prédication. Les fidèles étaient très nombreux, souvent de véritables foules, à se réunir pour écouter les prédicateurs dans les églises et dans les lieux à ciel ouvert, pensons à saint Antoine par exemple. Des sujets proches des gens étaient traités, surtout la pratique des vertus théologales et morales, avec des exemples concrets, facilement compréhensibles. En outre, on enseignait des formes pour nourrir la vie de prière et la piété. Par exemple, les Franciscains diffusèrent largement la dévotion relative à l'humanité du Christ, avec l'engagement d'imiter le Seigneur. On n'est pas surpris que de nombreux fidèles, femmes et hommes, choisissaient de se faire accompagner sur le chemin chrétien par des frères franciscains et dominicains, directeurs spirituels et confesseurs recherchés et appréciés. Ainsi naquirent des associations de fidèles laïcs qui s'inspiraient de la spiritualité de saint François et de saint Dominique, adaptée à leur état de vie. Il s'agit du Tiers Ordre, tant franciscain que dominicain,. En d'autres termes, la proposition d'une « sainteté laïque » conquit un grand nombre de personnes. Comme l'a rappelé le Concile œcuménique Vatican II, la vocation à la sainteté n'est pas réservée à quelques-uns, mais elle est universelle (cf. Lumen gentium, n. 40). Dans tous ces états de vie, on trouve la possibilité de vivre l'Evangile, selon les exigences de chacun d'eux. Encore aujourd'hui, tout chrétien doit tendre à la « haute mesure de la vie chrétienne », quel que soit l'état de vie auquel il appartient  !

L'importance des Ordres mendiants s'accrût tellement au Moyen-âge que les Institutions laïques, telles que les organisations du travail, les anciennes corporations et les autorités civiles elles-mêmes, avaient souvent recours à la consultation spirituelle des membres de ces Ordres pour la rédaction de leurs règlements et, parfois, pour la résolution des différends internes et externes. Les Franciscains et les Dominicains devinrent les animateurs spirituels de la cité médiévale. Avec une profonde intuition, ils mirent en œuvre une stratégie pastorale adaptée aux transformations de la société. Etant donné que de nombreuses personnes se déplaçaient des campagnes vers les villes, ils placèrent leurs couvents non plus dans des zones rurales mais urbaines. En outre, pour exercer leur activité au bénéfice des âmes, il était nécessaire de se déplacer selon les exigences pastorales. Effectuant un autre choix entièrement innovateur, les Ordres mendiants abandonnèrent le principe de la stabilité, typique du monachisme antique, pour choisir une autre manière d'agir. Les Mineurs et les Prêcheurs voyageaient d'un lieu à l'autre, avec ferveur missionnaire. En conséquence, ils se dotèrent d'une organisation différente par rapport à celle de la grande partie des Ordres monastiques. A la place de la traditionnelle autonomie dont jouissait chaque monastère, ils réservèrent une plus grande importance à l'Ordre en tant que tel et au Supérieur général, ainsi qu'à la structure des provinces. Ainsi, les Mendiants étaient davantage disponibles pour les exigences de l'Eglise universelle. Cette flexibilité rendit possible l'envoi des frères les plus adaptés au déroulement de missions spécifiques et les Ordres mendiants atteignirent l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient, le nord de l'Europe. Avec cette flexibilité, le dynamisme missionnaire fut renouvelé.

Un autre grand défi était représenté par les transformations culturelles en cours pendant cette période. De nouvelles questions rendaient vivant le débat dans les universités, qui sont nées à la fin du XIIe siècle. Les Mineurs et les Prêcheurs n'hésitèrent pas à assumer également cet engagement et, en tant qu'étudiants et professeurs, ils entrèrent dans les universités les plus célèbres de l'époque, créèrent des centres d'études, produisirent des textes de grande valeur, donnèrent vie à de véritables écoles de pensée, furent les acteurs de la théologie scolastique au plus fort de sa période, intervenant de manière significative dans le développement de la pensée. Les plus grands penseurs, saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure, étaient mendiants, œuvrant précisément avec ce dynamisme de la nouvelle évangélisation, qui a également renouvelé le courage de la pensée, du dialogue entre raison et foi. Aujourd'hui aussi il existe une « charité de la et dans la vérité », une « charité intellectuelle » à exercer, pour éclairer les intelligences et conjuguer la foi avec la culture. L'engagement dont firent preuve les Franciscains et les Dominicains dans les Universités médiévales est une invitation, chers fidèles, à être présent dans les lieux d'élaboration du savoir, pour proposer, avec respect et conviction, la lumière de l'Evangile sur les questions fondamentales qui concernent l'homme, sa dignité, son destin éternel. En pensant au rôle des Franciscains et des Dominicains au Moyen-âge, au renouveau spirituel qu'ils suscitèrent, au souffle de vie nouvelle qu'ils communiquèrent dans le monde, un moine a dit : « A cette époque, le monde vieillissait. Deux Ordres naquirent dans l'Eglise, dont ils renouvelèrent la jeunesse comme celle d'un aigle » (Burchard d'Ursperg, Chronicon).

Chers frères et sœurs, au début de cette année nous invoquons précisément l'Esprit Saint, jeunesse éternelle de l'Eglise : qu'il fasse ressentir à chacun l'urgence d'offrir un témoignage cohérent et courageux de l'Evangile, afin que ne manquent jamais des saints, qui fassent resplendir l'Eglise comme une épouse toujours pure et belle, sans tache et sans ride, capable d'attirer irrésistiblement le monde vers le Christ, vers son salut.

 

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 13:38
 





Journée Saint-François d’Assise

Samedi 14 Novembre 2009

Aix-en-Provence

 

 

 

Saint-François d’Assise aujourd’hui

 

 

 

Que peut-on dire de François d’Assise aujourd’hui dans un monde autre que celui du XIII° siècle, après huit cents ans d’histoire franciscaine assez mouvementée ? Mon regard et donc mon propos sur François aujourd’hui sont limités par les angles d’approche que je choisis :

 

  • Mon angle d’approche est institutionnel. C’est-à-dire qu’il s’appuie sur la vie de l’Ordre des Frères Mineurs auquel j’appartiens par le lien de la Profession Solennelle et que j’ai servi de différentes manières selon ce qui m’était demandé : la formation, le service de gouvernement local ou provincial, des missions ponctuelles de visiteur dans d’autres Provinces de l’Ordre et la participation à un certain nombre d’instances provinciales, européennes et mondiales de la vie de l’Ordre. Beaucoup de références seront puisées dans les documents officiels de l’Ordre.

  • Mon angle d’approche est marqué par l’Europe occidentale. Un frère d’un autre continent me faisait remarquer que Descartes avait été présent dans ma formation ! J’assume ! Cette appartenance européenne se vérifie tant au niveau culturel qu’au niveau ecclésial. La rencontre d’autres cultures et d’autres espaces ecclésiaux me l’ont enseigné.

  • Mon angle d’approche est lié aussi à mon lieu de vie. Depuis quelques mois, avec d’autres frères, nous revenons à Marseille avec un projet renouvelé dans le quartier de Noaîlles, quartier pluriculturel et plurireligieux.

 

 

 

1 – François et la vie selon la forme du saint-Évangile

 

 

Avec le huitième centenaire de l’approbation orale, par Innocent III, du propos de vie de François et de ses premiers frères, nous faisons mémoire de ce que François dit lui-même dans son Testament : « Et après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du saint évangile. Et moi je le fis écrire en peu de mots et simplement, et le seigneur pape me le confirma1 ». Vivre selon la forme du saint évangile, voilà le propos tout simple de vie de François et des premiers frères. Propos tout simple à énoncer mais parfois complexe à vivre. L’histoire des frères a montré qu’il était bon de revenir toujours à cette source première qu’est l’évangile et à cette deuxième source qu’est la Règle, la forme de vie, qui dit comment accueillir cette Bonne-Nouvelle de Jésus-Christ, en vivre intensément et l’annoncer à tous les hommes.

Le Concile Vatican II a invité tous les Ordres et Congrégations religieuses à opérer un retour aux sources, dans la fidélité à l’esprit du fondateur2. En effet, l’actualisation d’une forme de vie se fait toujours au carrefour de trois réalités : les sources, le contexte et la communauté. Il s’agissait donc de revisiter les sources franciscaines dans le contexte des années soixante pour la vie et la mission de la grande communauté des frères mineurs.

Ce regard sur le charisme fondateur allait soutenir et accentuer, d’une part, une recherche intellectuelle sur les écrits de François d’Assise et les sources primitives ( nous en parlerons plus loin) et promouvoir, d’autre part, une manière renouvelée de vivre soutenue par un appareil législatif renouvelé3.

Il s’agissait d’allier la « dimension juridique » de la Règle avec sa « dimension spirituelle » plutôt que de « séparer ces éléments en une alternative artificielle »4. Le Chapitre général de Madrid en 19735 a élaboré un document très important intitulé «  la vocation de l’Ordre aujourd’hui 6» qui, faisant référence à François, en dit ceci : «  Accueillant dans la foi l’Évangile du Christ, François a eu conscience d’être envoyé au monde avec ses frères, pour attester par son genre de vie et proclamer par la parole la conversion à l’Évangile, la venue du Règne de Dieu et la manifestation de son amour parmi les hommes. La conscience de cette mission lui donnait le dynamisme spirituel, la mobilité, l’audace de tous les départs, et le poussait au milieu des hommes, chrétiens ou non, pour partager avec eux, dans leur situation concrète, la toujours jeune et joyeuse Bonne Nouvelle. » et le document continue : « L’appel, adressé jadis à cet homme, nous concerne et nous interpelle aujourd’hui…7 ». Dans ces quelques phrases, nous avons le regard porté par l’Ordre sur François et les éléments qui allaient permettre d’orienter les années post-conciliaires. Je cite les têtes de chapitre et mets en écho les regards portés sur François :

  • l’Évangile et la foi : François, l’homme de l’Évangile

  • la vie en Église Fidélité et soumission de François à l’Église

  • frères parmi les hommes François, frère universel

  • serviteur de tous François, le petit, le mineur

  • disciples du Christ pauvre François, l’époux de Dame Pauvreté

  • le travail des frères une expression concrète de cette pauvreté

  • messagers de paix dans notre monde François, artisan de paix

  • sens des structures de notre fraternité François, fondateur, législateur

et surtout charismatique

 

Le dynamisme spirituel était donné. La dimension juridique allait soutenir cet élan par la révision et le vote de C.G. promulguées ensuite par le ministre général, à l’essai jusqu’au prochain chapitre général ordinaire8. Les C.G. seront approfondies et reformulées en 1985, puis toilettées au cours des chapitres suivants.

 

 

 

2 – Un choix d’orientations

 

Les thèmes développés par le document de Madrid se sont précisés en terme d’orientations à l’issue des différents chapitres généraux. Actuellement, du moins pour la période 2003-2009, le gouvernement général de l’Ordre invite les frères, à travers les projets provinciaux, locaux et personnels, à privilégier certaines priorités9 :

 

  • L’esprit de prière et de dévotion :

« une fraternité au cœur tourné vers le Seigneur pour annoncer au monde, par la vie et la parole, que Lui seul est le Tout-puissant. »

La plupart des références cités dans cette priorité proviennent de l’Écriture (N.T.) et les sources franciscaines, principalement les écrits de François. C’est donc le visage de François comme homme de Dieu qui est proposé.

 

  • La communion fraternelle :

« une fraternité dans l’obéissance charitable et le service mutuel pour témoigner de la réconciliation dans le Christ au delà de toute rupture. »

Jean-Paul II invitait, au début du nouveau millénaire, à promouvoir une spiritualité de communion. Revisitant l’Évangile et les écrits de François, l’Ordre proposait cette de vivre cette priorité, non seulement entre les frères, mais aussi avec tous les hommes, en particulier les plus nécessiteux, et avec toutes les créatures. Ce n’est pas seulement le visage de François, frère universel, qui est proposé. C’est aussi un visage plus discret de François dans sa compréhension de la complexité des personnes et des rapports humains. La fraternité s’enracine dans le fait d’être enfants du même Père. Et la fraternité se construit dans l’amour reçu et donné, dans le pardon et la miséricorde.

 

  • La minorité, la pauvreté et la solidarité :

« une fraternité de mineurs, pauvres et solidaires, pèlerine et étrangère de par le monde sur les traces de Jésus, pour proclamer la valeur de tout homme et de toute créature. »

L’articulation entre ces trois termes est importante : aucune de ces dimensions n’est isolable. Elles s’enracinent dans la kénose même de Jésus le Christ où François va contempler le mystère du Christ. Les références de ce passage ne citent pas le soin des lépreux mais plutôt la suite du Christ et la désapropriation de soi (le « sine proprio ») nécessaire à la radicalité de cette suite. La minorité, qui fait partie de notre appellation (frères mineurs), a pour source la kénose du Christ et pour symbole (ou sacrement ?) le lavement des pieds. C’est cette perspective qui sous-tend le fait de « vivre parmi », de devenir serviteur et solidaire. Le visage de François est celui de disciple du Christ (celui qui « suit » le Christ)

 

  • L’évangélisation et la mission :

« une fraternité qui se nourrit de l’Évangile pour offrir à l’humanité, inquiète et à la recherche du sens de sa vie, la Parole qui est « esprit et vie ». »

François a toujours vu Jésus comme l’envoyé du Père. C’est dire que l’envoi fait partie de la contemplation du mystère du Christ. Nous connaissons l’écho chez François de l’évangile de l’envoi en mission. Joseph Delteil l’a exprimé de façon très poétique. Mais surtout, François reprend ce passage de l’envoi en mission dans les deux Règles et dans le Testament comme une des réalités de la vie des frères : « Quand les frères vont par le monde10 ». Et au cœur de cet envoi, François retient surtout le souhait de la Paix. Les références citées nous renvoient aussi à deux autres réalités de l’évangélisation et de la mission : la prédication et la présence parmi les « Sarrasins et autres infidèles »11. La prédication, au départ, était un appel à la conversion. La prédication officielle s’est présentée peu à peu et la Règle en parle comme une réalité de la vie de l’Ordre. La mission chez les « Sarrasins » est venue assez tôt dans la vie de la communauté primitive (1219-1220). D’une part, des frères sont partis au Maroc et, d’autre part, François est parti avec les croisés à Damiette où il a rencontré le Sultan. Ces évènements fondateurs sont relus actuellement comme une invitation au dialogue inter-religieux, phénomène amplifié par la rencontre d’Assise en 1986, rencontre initiée par Jean-Paul II. Le visage de François est plus lié à des actes concrets : l’annonce de la paix, la prédication itinérante, la rencontre du sultan.

 

  • La formation et les études :

« une fraternité surgie par inspiration divine, appelée chaque jour à la conversion et à une vie nouvelle, pour croître comme « fraternité en mission ». »

François a toujours souhaité que l’expérience spirituelle soit première dans la connaissance de Dieu. Nous connaissons cependant le billet à frère Antoine où il l’encourage à enseigner la théologie à condition que cela n’éteigne pas l’esprit d’oraison et de dévotion. Ce n’est pas ce billet qui est retenu dans les références mais plutôt un passage de la Règle où il est fait mention de l’Esprit-Saint : « Mais que le frères considèrent qu’ils doivent par dessus tout désirer avoir l’Esprit du Seigneur et sa sainte opération12 ». Cette invitation est mise en écho avec la mise en garde du verset précédent : « que ceux qui ne savent pas les lettres ne se soucient pas d’apprendre les lettres13 ». Nous savons aussi que la vie de l’Ordre fera progressivement une grande place à la théologie et à la philosophie avec de grands maîtres d’Université. L’Ordre invite à toujours placer en premier cette connaissance de Dieu par l’expérience spirituelle mais aussi à se donner les moyens d’une intelligence de la foi. Cette dimension de la formation est au service des priorités mentionnées ci-dessus. Il ne s’agit pas ici d’enfermer François dans une parole de son testament : « nous étions sans instruction et soumis à tous14 » mais de le mettre en équilibre avec un autre verset de ce même testament : « tous les théologiens et ceux qui administrent les très saintes paroles divines, nous devons les honorer et les vénérer comme ceux qui nous administrent l’esprit et la vie15 ». Le visage de François est l’homme spirituel, animé avant tout par l’Esprit-Saint.

 

 

 

3 – Une présence internationale

 

 

Dès que les frères ont été quatre, ils sont partis, pour un temps, deux par deux pour annoncer l’évangile. En 1217, les Provinces sont créées permettant une certaine autonomie régionale pour la vie des frères et une certaine latitude pour penser la présence et la mission. Depuis cette date, l’expansion géographique n’a cessé de se développer, liée bien souvent à une croissance démographique de l’Ordre et à la mission de l’Église. Les structures de Provinces n’ont fait qu’accompagner ce mouvement géographique.

 

Quelques données statistiques.

Aujourd’hui, du moins au 31/12/200716, l’Ordre des frères mineurs franciscains17 est présent dans 107 nations et comprend 110 entités (provinces et custodies). Je vous donne un aperçu de la répartition géographique :

 

L’OFM comporte environ 15.000 frères dont 387 novices au 31/12/2007.

  • un tiers des frères (33 %) vit en Europe occidentale et 17 % en Europe orientale. Le total représente 50% pour l’ensemble de l’Europe. Un frère sur deux vit en Europe.

  • Le continent américain représente presque 35 % (34,75%) de l’ensemble avec une grande proportion pour l’Amérique centrale et du Sud (24% de l’Ordre, c’est à dire un frère sur quatre) et 10,75% pour l’Amérique du Nord.

  • L’Afrique et le Proche-Orient représente un peu plus de 7% de l’ensemble (7,25%).

  • L’Asie et l’Océanie représentent plus de 8% (8,65%).

 

Il est bon de relativiser ces données par deux autres références :

  • d’une part, l’évolution globale de l’OFM ces dernières années. Le nombre global de frères décroît assez fortement : plus de 20.000 dans les années 1970 (à vérifier), 15.000 aujourd’hui, soit une chute de 25%.

  • D’autre part une nouvelle répartition géographique. Le nombre de frères décroît dans les pays dits du Nord et grandit dans les pays dits du Sud. L’étude du nombre de novices et leur répartition au 31/12/2007 permet de repérer ce changement :

    • Deux tiers des novices se situent dans la partie dite du « Sud » et un tiers dans la partie Nord.

    • La photo de famille sur 100 novices donne 35 frères d’Amérique centrale et latine, 19 frères d’Asie et d’Océanie, 19 frères d’Europe de l’Est, 14 frères d’Europe occidentale, 9 frères d’Afrique et du Proche Orient et 4 frères d’Amérique du Nord. Cette photo donne le visage de l’Ordre demain.

 

 

Projets actuels de l’Ordre.

Outre l’aspect statistique, il est bon de faire référence à différents projets de l’Ordre qui ont vu le jour ces vingt-cinq dernières années en vue d’implanter l’Ordre franciscain. Je mentionne en vrac :

  • en Asie le projet Thaïlande et le projet Chine

  • en Afrique , le projet Afrique

  • en Europe, le projet Russie

  • plus récemment le projet du Maroc.

 

Je développe un peu le projet Afrique car il a de bonnes résonances en France. Plusieurs de nos Provinces françaises ou belges avaient répondu généreusement, dans les années 50 et 60, à l’appel d’envoyer des « missionnaires » pour implanter ou accompagner des Églises locales naissantes. Ensuite des jeunes ont demandé à mieux connaître la vie franciscaine et à devenir eux-mêmes frères mineurs. En 1984, le frère John Vaughn, ministre général, a proposé un « projet Afrique » en vue d’implanter l’Ordre franciscain. Cette dynamique a ainsi permis le passage progressif de la « mission » venue souvent d’Europe à une implantation de l’Ordre sur le plan local, implantation ouverte à tous les frères qui le souhaitaient. J’ai été témoin de ce chemin pris à Madagascar et ensuite à l’Ile Maurice. Également en Afrique de l’Ouest. Actuellement, il existe 6 entités autonomes en Afrique.

 

Concernant le Maroc, un grand travail inauguré au début des années 1990 a permis dans un premier temps de fédérer des entités (custodies ou régions) dépendantes de provinces européennes et dans un deuxième temps d’ouvrir cette « fédération » à l’ensemble des frères de l’Ordre et de la placer sous la dépendance directe du ministre général. L’internationalisation de la présence des frères au Maroc s’est donc accompagnée d’un changement structurel assez significatif.

Tant en Afrique noire qu’au Maroc, la présence de l’Ordre est autonome et n’est plus liée structurellement aux anciennes puissances colonisatrices ou fondatrices.

 

Que dire du visage de François d’Assise avec cette internationalisation ? Vous devinez bien que je n’ai pas la réponse. Les valeurs franciscaines rejoignent chaque homme, quelle que soit son origine. Mais la mise en œuvre de ces valeurs et leur expression concrète sont à « inventer » dans chaque région du monde. Les rencontres de frères, à tous les niveaux, permettent de découvrir un langage commun avec des différences de mise en œuvre. Déjà, dans la Règle, François indiquait que des coutumes pouvaient différer selon les régions18.

 

 

 

 

4 – une avancée en famille franciscaine

 

 

 

En Avril 2009, s’est tenu, pour la première fois, un Chapitre des nattes international de la famille franciscaine. François d’Assise a suscité, de son temps, beaucoup de générosité et nombreux sont celles et ceux qui ont voulu vivre, en lien avec lui, la vie selon l’Évangile telle qu’il le proposait avec ses frères. La famille franciscaine était appelée « galaxie » par le journal « La Croix » au lendemain du rassemblement de Lourdes en Octobre dernier. Il s’agit d’une grande communion entre toutes ces branches19 plus que de liens de dépendance. Le frère Thaddée Matura n’hésite pas à dire que la famille franciscaine est un « lieu porteur de l’identité » franciscaine20. Le premier rassemblement français et belge francophone a eu lieu à Versailles en 1984. Il a généré le goût de travailler ensemble tant au niveau national qu’au niveau local ou régional. Beaucoup de Conseil Pléniers de la famille ont vu le jour. Sans trop de structure et sans aucun pouvoir de décision, ils ont pu faire naître et accompagner beaucoup d’initiatives locales. Le visage de François est la référence. Mais, grâce à Dieu, d’autres visages émergent : bien-sûr Claire d’Assise mais aussi Élisabeth de Hongrie, Marie de la Passion, Maximilien Kolbe, etc… François n’est plus seul ! Et tant mieux ! A la célébration de clôture du 8° Centenaire à Lourdes, des enfants ont porté les portraits de tous ce saints et ont eu un vif succès.

 

Les thèmes de rencontre proposés pendant cette rencontre de Lourdes disent ces traits du visage de François qui parlent :

  • l’écologie franciscaine : François patron des écologistes !

Cela est dû à son rapport à la création mais aussi à une certaine sobriété de vie.

  • le dialogue interreligieux : On retrouve la rencontre du Sultan et l’esprit d’Assise

  • l’itinérance : Thème relativement nouveau ces dernières années

  • Franciscain international : structure de la famille franciscaine présente à l’ONU concernant les questions de justice et de paix

  • la présence auprès des prisonniers 

  • les cercles de silence autour des questions de centres de rétention :

cela fait écho au lien entre prière et paix,

mais aussi cela révèle la capacité d’être en lien avec d’autres réalités associatives.

  • la jeunesse franciscaine : met en lumière la capacité de François

de susciter un chemin de vie et de le mettre en lien avec d’autres visages de sainteté (Thérèse de Lisieux entre autres).

 

André Vauchez, dans son dernier livre, fait mention de toutes les références actuelles à François et ne manque pas de poser la question : « Toutes ces références plus ou moins justifiées à François renvoient en dernière analyse à une question fondamentale : pourquoi recourt-on à lui encore aujourd’hui pour légitimer toutes sortes d’idéologies et d’aspirations, dont certaines n’ont pas grand-chose à voir avec ce que nous pouvons connaître de sa personnalité et de sa vie ?21 » Je vous laisse le soin de découvrir dans son livre la réponse de l’auteur.

Mais la question peut interpeller la famille franciscaine : quels visages de François développons-nous et sur quelles bases ?

Cette question nous permet de faire la transition avec le paragraphe suivant : les sources franciscaines.

 

 

 

5 – Les sources franciscaines

 

 

Les historiens actuels permettent de bien avancer sur cette question et donnent des clefs indispensables pour cette question. Nous nous rappelons que la première vie sur St François date de 1228 et est signée Thomas de Celano : une vie commandée au moment de la canonisation de François : c’était donc une vie de saint qu’il fallait rédiger ! Depuis cette date, François a fasciné beaucoup d’écrivains. L’époque récente a permis un travail important sur les sources : sources premières que sont les Écrits de François d’Assise et sources secondaires 22que sont les premières biographies et autres documents jusqu’à l’époque des Fioretti (environ 1350) soit un bon siècle après la mort de François.

 

Concernant les sources premières, les Écrits de François23, nous pouvons retenir trois grandes dates :

  • 1623 avec l’édition de Wadding (franciscain irlandais) dont la traduction en langue française eut lieu dans la 2° partie du XIX° siècle.

  • 1904 avec les éditions critiques de Lemmens et Boehmer, traduites dès 1905 : elles seront la source de toutes les traductions jusqu’en 1975.

  • 1976 avec l’édition critique de Kajetan Esser, qui a été présentée par les sources chrétiennes en 1981 et coéditée par le cerf et les éditions franciscaines.

 

Concernant les sources secondaires :

  • la 2° partie du XIX° siècle et le début du XX° ont été productives, notamment avec les études de Sabatier et tout le travail d’édition critique de Quarrachi, remplacé par Grottaferrata.

  • En 1968, les frères Téophile Desbonnet et Damien Vorreux publiaient, en grande première, un livre bleu intitulé « François d’Assise – Documents » et surnommé rapidement le « Totum », qui outre les écrits de Fançois, comprend les principales biographies et légendes avec des introductions, des notes, des tables de concordances et des index. Ce totum a connu deux réeditions dont l’une en 1981 avec l’ajout de l’Anonyme de Pérouse. D’autres pays ont prolongé cette édition des documents, améliorant chaque fois l’appareil critique. Le stock de ces éditions françaises arrivant à épuisement, les éditions franciscaines ont proposés de produire un nouveau totum qui « n’est pas une simple actualisation de l’ancien mais une refonte intégrale de celui-ci. Sa réalisation a mobilisé une douzaine de traducteurs durant plus de trois ans »24. De nouveaux textes apparaissent dans cette nouvelle édition avec une grande rigueur pour la traduction, les introductions et les notes. L’introduction générale sera signée par André Vauchez et Jacques Dalarun. Il devrait paraître fin 2009 ou début 2010.

 

Tout ce travail sur les sources franciscaines permet d’affiner le visage de François d’Assise. Il n’est pas anodin de privilégier telle ou telle source puisque nous savons fort bien que chaque source secondaire a été écrite dans un contexte donné et qu’elle se faisait l’écho d’une problématique particulière liée à l’histoire du mouvement franciscain. Les derniers ouvrages permettent de bien dissocier

  • la spiritualité qui relève des Écrits de François lui-même, d’une part25 ;

  • de la perception du visage de François (de ses paroles et de ses actes) que l’on peut trouver dans les biographies primitives et légendes, d’autre part26.

 

 

 

 

En conclusion

 

Il en est de François d’Assise comme d’une ville avec le centre et la périphérie. Très souvent François est abordé par la périphérie. Ce qui importe, c’est de quitter la périphérie quelle que soit la porte d’entrée et d’entrer au cœur de la vie et du message de François d’Assise. Celui-ci nous conduira non pas à lui-même mais au Christ et à l’Évangile.

Je conclurai en citant un passage du Testament de Sainte Claire : « Le Seigneur nous donna notre très bienheureux père François comme fondateur, planteur et notre aide dans le service du Christ 27».

 

À la louange du Christ ! Amen.

 

 

Frère Jean-Paul Arragon ofm

 

 

1 T 14-15

2 Lumen Gentium N°45

3 cf T.Matura in François d’Assise, héritage et héritiers pp 102 et suivantes

4 Fr Constantin Koser, ministre général OFM, 01/06/1973 dans l’allocution d’ouverture du 179° Chapitre général des frères mineurs à Madrid. In « Documents du Chapitre de Madrid », Montréal 1973.

5 Ce chapitre fait suite à celui d’Assise en 1967 et à celui de Medellin en 1971.

6 Déclaration du Chapitre général 1973. In « Documents du Chapitre de Madrid », Montréal 1973, pp 68 et suivantes.

7 Doc cité ci dessus n°3, p.69

8 Prot N° 036399 du 8 décembre 1973, in « Règle et CG de l’OFM » Montréal 1974.

9 OFM Priorités 2003-2009, Rome 2004

10 Rnb 14 et Rb 3

11 appellation donnée en Rnb 16 et Rb 12.

12 Rb 10,8

13 Rb 10,7

14 T 19

15 T 13

16 pour les données statistique cf « relation du ministre général au chapitre de 2009, Rome 2009 et les « Acta Ordinis » année 2008 N°1

17 Les frères mineurs franciscains ne sont pas seuls dans le 1° Ordre. Il y a aussi les frères mineurs capucins (environ 10.000 frères) et les frères mineurs conventuels (environ 4.000)

18 cf le cas des chaussures dans Rb 2,15

19 La famille franciscaine comprend les frères mineurs (franciscains, capucins et conventuels), les moniales (clarisses, annonciades), les tiers ordre régulier (frères et sœurs), l’ordre franciscain séculier et différents groupes se référant à St François dont les Compagnons de St François.

20 T. Matura in François d’Assise, héritage et héritiers. Cerf Paris 2008. pp 118 et suivantes

21 A. Vauchez in François d’Assise. Fayard 2009. p.361

22 cf la bonne présen,tation pédagogique dans le livre de François Delmas-Goyon « Saint François d’Assise le frère de toute créature » pp 17 et suivantes

23 cf introduction de « François d’Assise – Écrits » Paris 1981

24 cl l’excellente présentation faite au rassemblement de Lourdes en Octobre 2009 et dont une partie se trouve dans le livret remis à cette occasion « Lourdes 2009 ».

25 cf T.Matura « François, maître spirituel » Paris 2000

26 cf Vauchez et Delmas-Goyon, ouvrages cités

27 T.Cl 48 (numération de Sources Chrétiennes)

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 23:57
 

Journée Saint-François d’Assise

Samedi 14 Novembre 2009

Aix-en-Provence

 

 

 

Saint-François d’Assise aujourd’hui

 

 

 

Que peut-on dire de François d’Assise aujourd’hui dans un monde autre que celui du XIII° siècle, après huit cents ans d’histoire franciscaine assez mouvementée ? Mon regard et donc mon propos sur François aujourd’hui sont limités par les angles d’approche que je choisis :

 

  • Mon angle d’approche est institutionnel. C’est-à-dire qu’il s’appuie sur la vie de l’Ordre des Frères Mineurs auquel j’appartiens par le lien de la Profession Solennelle et que j’ai servi de différentes manières selon ce qui m’était demandé : la formation, le service de gouvernement local ou provincial, des missions ponctuelles de visiteur dans d’autres Provinces de l’Ordre et la participation à un certain nombre d’instances provinciales, européennes et mondiales de la vie de l’Ordre. Beaucoup de références seront puisées dans les documents officiels de l’Ordre.

  • Mon angle d’approche est marqué par l’Europe occidentale. Un frère d’un autre continent me faisait remarquer que Descartes avait été présent dans ma formation ! J’assume ! Cette appartenance européenne se vérifie tant au niveau culturel qu’au niveau ecclésial. La rencontre d’autres cultures et d’autres espaces ecclésiaux me l’ont enseigné.

  • Mon angle d’approche est lié aussi à mon lieu de vie. Depuis quelques mois, avec d’autres frères, nous revenons à Marseille avec un projet renouvelé dans le quartier de Noaîlles, quartier pluriculturel et plurireligieux.

 

 

 

1 – François et la vie selon la forme du saint-Évangile

 

 

Avec le huitième centenaire de l’approbation orale, par Innocent III, du propos de vie de François et de ses premiers frères, nous faisons mémoire de ce que François dit lui-même dans son Testament : « Et après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du saint évangile. Et moi je le fis écrire en peu de mots et simplement, et le seigneur pape me le confirma1 ». Vivre selon la forme du saint évangile, voilà le propos tout simple de vie de François et des premiers frères. Propos tout simple à énoncer mais parfois complexe à vivre. L’histoire des frères a montré qu’il était bon de revenir toujours à cette source première qu’est l’évangile et à cette deuxième source qu’est la Règle, la forme de vie, qui dit comment accueillir cette Bonne-Nouvelle de Jésus-Christ, en vivre intensément et l’annoncer à tous les hommes.

Le Concile Vatican II a invité tous les Ordres et Congrégations religieuses à opérer un retour aux sources, dans la fidélité à l’esprit du fondateur2. En effet, l’actualisation d’une forme de vie se fait toujours au carrefour de trois réalités : les sources, le contexte et la communauté. Il s’agissait donc de revisiter les sources franciscaines dans le contexte des années soixante pour la vie et la mission de la grande communauté des frères mineurs.

Ce regard sur le charisme fondateur allait soutenir et accentuer, d’une part, une recherche intellectuelle sur les écrits de François d’Assise et les sources primitives ( nous en parlerons plus loin) et promouvoir, d’autre part, une manière renouvelée de vivre soutenue par un appareil législatif renouvelé3.

Il s’agissait d’allier la « dimension juridique » de la Règle avec sa « dimension spirituelle » plutôt que de « séparer ces éléments en une alternative artificielle »4. Le Chapitre général de Madrid en 19735 a élaboré un document très important intitulé «  la vocation de l’Ordre aujourd’hui 6» qui, faisant référence à François, en dit ceci : «  Accueillant dans la foi l’Évangile du Christ, François a eu conscience d’être envoyé au monde avec ses frères, pour attester par son genre de vie et proclamer par la parole la conversion à l’Évangile, la venue du Règne de Dieu et la manifestation de son amour parmi les hommes. La conscience de cette mission lui donnait le dynamisme spirituel, la mobilité, l’audace de tous les départs, et le poussait au milieu des hommes, chrétiens ou non, pour partager avec eux, dans leur situation concrète, la toujours jeune et joyeuse Bonne Nouvelle. » et le document continue : « L’appel, adressé jadis à cet homme, nous concerne et nous interpelle aujourd’hui…7 ». Dans ces quelques phrases, nous avons le regard porté par l’Ordre sur François et les éléments qui allaient permettre d’orienter les années post-conciliaires. Je cite les têtes de chapitre et mets en écho les regards portés sur François :

  • l’Évangile et la foi : François, l’homme de l’Évangile

  • la vie en Église Fidélité et soumission de François à l’Église

  • frères parmi les hommes François, frère universel

  • serviteur de tous François, le petit, le mineur

  • disciples du Christ pauvre François, l’époux de Dame Pauvreté

  • le travail des frères une expression concrète de cette pauvreté

  • messagers de paix dans notre monde François, artisan de paix

  • sens des structures de notre fraternité François, fondateur, législateur

et surtout charismatique

 

Le dynamisme spirituel était donné. La dimension juridique allait soutenir cet élan par la révision et le vote de C.G. promulguées ensuite par le ministre général, à l’essai jusqu’au prochain chapitre général ordinaire8. Les C.G. seront approfondies et reformulées en 1985, puis toilettées au cours des chapitres suivants.

 

 

 

2 – Un choix d’orientations

 

Les thèmes développés par le document de Madrid se sont précisés en terme d’orientations à l’issue des différents chapitres généraux. Actuellement, du moins pour la période 2003-2009, le gouvernement général de l’Ordre invite les frères, à travers les projets provinciaux, locaux et personnels, à privilégier certaines priorités9 :

 

  • L’esprit de prière et de dévotion :

« une fraternité au cœur tourné vers le Seigneur pour annoncer au monde, par la vie et la parole, que Lui seul est le Tout-puissant. »

La plupart des références cités dans cette priorité proviennent de l’Écriture (N.T.) et les sources franciscaines, principalement les écrits de François. C’est donc le visage de François comme homme de Dieu qui est proposé.

 

  • La communion fraternelle :

« une fraternité dans l’obéissance charitable et le service mutuel pour témoigner de la réconciliation dans le Christ au delà de toute rupture. »

Jean-Paul II invitait, au début du nouveau millénaire, à promouvoir une spiritualité de communion. Revisitant l’Évangile et les écrits de François, l’Ordre proposait cette de vivre cette priorité, non seulement entre les frères, mais aussi avec tous les hommes, en particulier les plus nécessiteux, et avec toutes les créatures. Ce n’est pas seulement le visage de François, frère universel, qui est proposé. C’est aussi un visage plus discret de François dans sa compréhension de la complexité des personnes et des rapports humains. La fraternité s’enracine dans le fait d’être enfants du même Père. Et la fraternité se construit dans l’amour reçu et donné, dans le pardon et la miséricorde.

 

  • La minorité, la pauvreté et la solidarité :

« une fraternité de mineurs, pauvres et solidaires, pèlerine et étrangère de par le monde sur les traces de Jésus, pour proclamer la valeur de tout homme et de toute créature. »

L’articulation entre ces trois termes est importante : aucune de ces dimensions n’est isolable. Elles s’enracinent dans la kénose même de Jésus le Christ où François va contempler le mystère du Christ. Les références de ce passage ne citent pas le soin des lépreux mais plutôt la suite du Christ et la désapropriation de soi (le « sine proprio ») nécessaire à la radicalité de cette suite. La minorité, qui fait partie de notre appellation (frères mineurs), a pour source la kénose du Christ et pour symbole (ou sacrement ?) le lavement des pieds. C’est cette perspective qui sous-tend le fait de « vivre parmi », de devenir serviteur et solidaire. Le visage de François est celui de disciple du Christ (celui qui « suit » le Christ)

 

  • L’évangélisation et la mission :

« une fraternité qui se nourrit de l’Évangile pour offrir à l’humanité, inquiète et à la recherche du sens de sa vie, la Parole qui est « esprit et vie ». »

François a toujours vu Jésus comme l’envoyé du Père. C’est dire que l’envoi fait partie de la contemplation du mystère du Christ. Nous connaissons l’écho chez François de l’évangile de l’envoi en mission. Joseph Delteil l’a exprimé de façon très poétique. Mais surtout, François reprend ce passage de l’envoi en mission dans les deux Règles et dans le Testament comme une des réalités de la vie des frères : « Quand les frères vont par le monde10 ». Et au cœur de cet envoi, François retient surtout le souhait de la Paix. Les références citées nous renvoient aussi à deux autres réalités de l’évangélisation et de la mission : la prédication et la présence parmi les « Sarrasins et autres infidèles »11. La prédication, au départ, était un appel à la conversion. La prédication officielle s’est présentée peu à peu et la Règle en parle comme une réalité de la vie de l’Ordre. La mission chez les « Sarrasins » est venue assez tôt dans la vie de la communauté primitive (1219-1220). D’une part, des frères sont partis au Maroc et, d’autre part, François est parti avec les croisés à Damiette où il a rencontré le Sultan. Ces évènements fondateurs sont relus actuellement comme une invitation au dialogue inter-religieux, phénomène amplifié par la rencontre d’Assise en 1986, rencontre initiée par Jean-Paul II. Le visage de François est plus lié à des actes concrets : l’annonce de la paix, la prédication itinérante, la rencontre du sultan.

 

  • La formation et les études :

« une fraternité surgie par inspiration divine, appelée chaque jour à la conversion et à une vie nouvelle, pour croître comme « fraternité en mission ». »

François a toujours souhaité que l’expérience spirituelle soit première dans la connaissance de Dieu. Nous connaissons cependant le billet à frère Antoine où il l’encourage à enseigner la théologie à condition que cela n’éteigne pas l’esprit d’oraison et de dévotion. Ce n’est pas ce billet qui est retenu dans les références mais plutôt un passage de la Règle où il est fait mention de l’Esprit-Saint : « Mais que le frères considèrent qu’ils doivent par dessus tout désirer avoir l’Esprit du Seigneur et sa sainte opération12 ». Cette invitation est mise en écho avec la mise en garde du verset précédent : « que ceux qui ne savent pas les lettres ne se soucient pas d’apprendre les lettres13 ». Nous savons aussi que la vie de l’Ordre fera progressivement une grande place à la théologie et à la philosophie avec de grands maîtres d’Université. L’Ordre invite à toujours placer en premier cette connaissance de Dieu par l’expérience spirituelle mais aussi à se donner les moyens d’une intelligence de la foi. Cette dimension de la formation est au service des priorités mentionnées ci-dessus. Il ne s’agit pas ici d’enfermer François dans une parole de son testament : « nous étions sans instruction et soumis à tous14 » mais de le mettre en équilibre avec un autre verset de ce même testament : « tous les théologiens et ceux qui administrent les très saintes paroles divines, nous devons les honorer et les vénérer comme ceux qui nous administrent l’esprit et la vie15 ». Le visage de François est l’homme spirituel, animé avant tout par l’Esprit-Saint.

 

 

 

3 – Une présence internationale

 

 

Dès que les frères ont été quatre, ils sont partis, pour un temps, deux par deux pour annoncer l’évangile. En 1217, les Provinces sont créées permettant une certaine autonomie régionale pour la vie des frères et une certaine latitude pour penser la présence et la mission. Depuis cette date, l’expansion géographique n’a cessé de se développer, liée bien souvent à une croissance démographique de l’Ordre et à la mission de l’Église. Les structures de Provinces n’ont fait qu’accompagner ce mouvement géographique.

 

Quelques données statistiques.

Aujourd’hui, du moins au 31/12/200716, l’Ordre des frères mineurs franciscains17 est présent dans 107 nations et comprend 110 entités (provinces et custodies). Je vous donne un aperçu de la répartition géographique :

 

L’OFM comporte environ 15.000 frères dont 387 novices au 31/12/2007.

  • un tiers des frères (33 %) vit en Europe occidentale et 17 % en Europe orientale. Le total représente 50% pour l’ensemble de l’Europe. Un frère sur deux vit en Europe.

  • Le continent américain représente presque 35 % (34,75%) de l’ensemble avec une grande proportion pour l’Amérique centrale et du Sud (24% de l’Ordre, c’est à dire un frère sur quatre) et 10,75% pour l’Amérique du Nord.

  • L’Afrique et le Proche-Orient représente un peu plus de 7% de l’ensemble (7,25%).

  • L’Asie et l’Océanie représentent plus de 8% (8,65%).

 

Il est bon de relativiser ces données par deux autres références :

  • d’une part, l’évolution globale de l’OFM ces dernières années. Le nombre global de frères décroît assez fortement : plus de 20.000 dans les années 1970 (à vérifier), 15.000 aujourd’hui, soit une chute de 25%.

  • D’autre part une nouvelle répartition géographique. Le nombre de frères décroît dans les pays dits du Nord et grandit dans les pays dits du Sud. L’étude du nombre de novices et leur répartition au 31/12/2007 permet de repérer ce changement :

    • Deux tiers des novices se situent dans la partie dite du « Sud » et un tiers dans la partie Nord.

    • La photo de famille sur 100 novices donne 35 frères d’Amérique centrale et latine, 19 frères d’Asie et d’Océanie, 19 frères d’Europe de l’Est, 14 frères d’Europe occidentale, 9 frères d’Afrique et du Proche Orient et 4 frères d’Amérique du Nord. Cette photo donne le visage de l’Ordre demain.

 

 

Projets actuels de l’Ordre.

Outre l’aspect statistique, il est bon de faire référence à différents projets de l’Ordre qui ont vu le jour ces vingt-cinq dernières années en vue d’implanter l’Ordre franciscain. Je mentionne en vrac :

  • en Asie le projet Thaïlande et le projet Chine

  • en Afrique , le projet Afrique

  • en Europe, le projet Russie

  • plus récemment le projet du Maroc.

 

Je développe un peu le projet Afrique car il a de bonnes résonances en France. Plusieurs de nos Provinces françaises ou belges avaient répondu généreusement, dans les années 50 et 60, à l’appel d’envoyer des « missionnaires » pour implanter ou accompagner des Églises locales naissantes. Ensuite des jeunes ont demandé à mieux connaître la vie franciscaine et à devenir eux-mêmes frères mineurs. En 1984, le frère John Vaughn, ministre général, a proposé un « projet Afrique » en vue d’implanter l’Ordre franciscain. Cette dynamique a ainsi permis le passage progressif de la « mission » venue souvent d’Europe à une implantation de l’Ordre sur le plan local, implantation ouverte à tous les frères qui le souhaitaient. J’ai été témoin de ce chemin pris à Madagascar et ensuite à l’Ile Maurice. Également en Afrique de l’Ouest. Actuellement, il existe 6 entités autonomes en Afrique.

 

Concernant le Maroc, un grand travail inauguré au début des années 1990 a permis dans un premier temps de fédérer des entités (custodies ou régions) dépendantes de provinces européennes et dans un deuxième temps d’ouvrir cette « fédération » à l’ensemble des frères de l’Ordre et de la placer sous la dépendance directe du ministre général. L’internationalisation de la présence des frères au Maroc s’est donc accompagnée d’un changement structurel assez significatif.

Tant en Afrique noire qu’au Maroc, la présence de l’Ordre est autonome et n’est plus liée structurellement aux anciennes puissances colonisatrices ou fondatrices.

 

Que dire du visage de François d’Assise avec cette internationalisation ? Vous devinez bien que je n’ai pas la réponse. Les valeurs franciscaines rejoignent chaque homme, quelle que soit son origine. Mais la mise en œuvre de ces valeurs et leur expression concrète sont à « inventer » dans chaque région du monde. Les rencontres de frères, à tous les niveaux, permettent de découvrir un langage commun avec des différences de mise en œuvre. Déjà, dans la Règle, François indiquait que des coutumes pouvaient différer selon les régions18.

 

 

 

 

4 – une avancée en famille franciscaine

 

 

 

En Avril 2009, s’est tenu, pour la première fois, un Chapitre des nattes international de la famille franciscaine. François d’Assise a suscité, de son temps, beaucoup de générosité et nombreux sont celles et ceux qui ont voulu vivre, en lien avec lui, la vie selon l’Évangile telle qu’il le proposait avec ses frères. La famille franciscaine était appelée « galaxie » par le journal « La Croix » au lendemain du rassemblement de Lourdes en Octobre dernier. Il s’agit d’une grande communion entre toutes ces branches19 plus que de liens de dépendance. Le frère Thaddée Matura n’hésite pas à dire que la famille franciscaine est un « lieu porteur de l’identité » franciscaine20. Le premier rassemblement français et belge francophone a eu lieu à Versailles en 1984. Il a généré le goût de travailler ensemble tant au niveau national qu’au niveau local ou régional. Beaucoup de Conseil Pléniers de la famille ont vu le jour. Sans trop de structure et sans aucun pouvoir de décision, ils ont pu faire naître et accompagner beaucoup d’initiatives locales. Le visage de François est la référence. Mais, grâce à Dieu, d’autres visages émergent : bien-sûr Claire d’Assise mais aussi Élisabeth de Hongrie, Marie de la Passion, Maximilien Kolbe, etc… François n’est plus seul ! Et tant mieux ! A la célébration de clôture du 8° Centenaire à Lourdes, des enfants ont porté les portraits de tous ce saints et ont eu un vif succès.

 

Les thèmes de rencontre proposés pendant cette rencontre de Lourdes disent ces traits du visage de François qui parlent :

  • l’écologie franciscaine : François patron des écologistes !

Cela est dû à son rapport à la création mais aussi à une certaine sobriété de vie.

  • le dialogue interreligieux : On retrouve la rencontre du Sultan et l’esprit d’Assise

  • l’itinérance : Thème relativement nouveau ces dernières années

  • Franciscain international : structure de la famille franciscaine présente à l’ONU concernant les questions de justice et de paix

  • la présence auprès des prisonniers 

  • les cercles de silence autour des questions de centres de rétention :

cela fait écho au lien entre prière et paix,

mais aussi cela révèle la capacité d’être en lien avec d’autres réalités associatives.

  • la jeunesse franciscaine : met en lumière la capacité de François

de susciter un chemin de vie et de le mettre en lien avec d’autres visages de sainteté (Thérèse de Lisieux entre autres).

 

André Vauchez, dans son dernier livre, fait mention de toutes les références actuelles à François et ne manque pas de poser la question : « Toutes ces références plus ou moins justifiées à François renvoient en dernière analyse à une question fondamentale : pourquoi recourt-on à lui encore aujourd’hui pour légitimer toutes sortes d’idéologies et d’aspirations, dont certaines n’ont pas grand-chose à voir avec ce que nous pouvons connaître de sa personnalité et de sa vie ?21 » Je vous laisse le soin de découvrir dans son livre la réponse de l’auteur.

Mais la question peut interpeller la famille franciscaine : quels visages de François développons-nous et sur quelles bases ?

Cette question nous permet de faire la transition avec le paragraphe suivant : les sources franciscaines.

 

 

 

5 – Les sources franciscaines

 

 

Les historiens actuels permettent de bien avancer sur cette question et donnent des clefs indispensables pour cette question. Nous nous rappelons que la première vie sur St François date de 1228 et est signée Thomas de Celano : une vie commandée au moment de la canonisation de François : c’était donc une vie de saint qu’il fallait rédiger ! Depuis cette date, François a fasciné beaucoup d’écrivains. L’époque récente a permis un travail important sur les sources : sources premières que sont les Écrits de François d’Assise et sources secondaires 22que sont les premières biographies et autres documents jusqu’à l’époque des Fioretti (environ 1350) soit un bon siècle après la mort de François.

 

Concernant les sources premières, les Écrits de François23, nous pouvons retenir trois grandes dates :

  • 1623 avec l’édition de Wadding (franciscain irlandais) dont la traduction en langue française eut lieu dans la 2° partie du XIX° siècle.

  • 1904 avec les éditions critiques de Lemmens et Boehmer, traduites dès 1905 : elles seront la source de toutes les traductions jusqu’en 1975.

  • 1976 avec l’édition critique de Kajetan Esser, qui a été présentée par les sources chrétiennes en 1981 et coéditée par le cerf et les éditions franciscaines.

 

Concernant les sources secondaires :

  • la 2° partie du XIX° siècle et le début du XX° ont été productives, notamment avec les études de Sabatier et tout le travail d’édition critique de Quarrachi, remplacé par Grottaferrata.

  • En 1968, les frères Téophile Desbonnet et Damien Vorreux publiaient, en grande première, un livre bleu intitulé « François d’Assise – Documents » et surnommé rapidement le « Totum », qui outre les écrits de Fançois, comprend les principales biographies et légendes avec des introductions, des notes, des tables de concordances et des index. Ce totum a connu deux réeditions dont l’une en 1981 avec l’ajout de l’Anonyme de Pérouse. D’autres pays ont prolongé cette édition des documents, améliorant chaque fois l’appareil critique. Le stock de ces éditions françaises arrivant à épuisement, les éditions franciscaines ont proposés de produire un nouveau totum qui « n’est pas une simple actualisation de l’ancien mais une refonte intégrale de celui-ci. Sa réalisation a mobilisé une douzaine de traducteurs durant plus de trois ans »24. De nouveaux textes apparaissent dans cette nouvelle édition avec une grande rigueur pour la traduction, les introductions et les notes. L’introduction générale sera signée par André Vauchez et Jacques Dalarun. Il devrait paraître fin 2009 ou début 2010.

 

Tout ce travail sur les sources franciscaines permet d’affiner le visage de François d’Assise. Il n’est pas anodin de privilégier telle ou telle source puisque nous savons fort bien que chaque source secondaire a été écrite dans un contexte donné et qu’elle se faisait l’écho d’une problématique particulière liée à l’histoire du mouvement franciscain. Les derniers ouvrages permettent de bien dissocier

  • la spiritualité qui relève des Écrits de François lui-même, d’une part25 ;

  • de la perception du visage de François (de ses paroles et de ses actes) que l’on peut trouver dans les biographies primitives et légendes, d’autre part26.

 

 

 

 

En conclusion

 

Il en est de François d’Assise comme d’une ville avec le centre et la périphérie. Très souvent François est abordé par la périphérie. Ce qui importe, c’est de quitter la périphérie quelle que soit la porte d’entrée et d’entrer au cœur de la vie et du message de François d’Assise. Celui-ci nous conduira non pas à lui-même mais au Christ et à l’Évangile.

Je conclurai en citant un passage du Testament de Sainte Claire : « Le Seigneur nous donna notre très bienheureux père François comme fondateur, planteur et notre aide dans le service du Christ 27».

 

À la louange du Christ ! Amen.

 

 

Frère Jean-Paul Arragon ofm

 

 

1 T 14-15

2 Lumen Gentium N°45

3 cf T.Matura in François d’Assise, héritage et héritiers pp 102 et suivantes

4 Fr Constantin Koser, ministre général OFM, 01/06/1973 dans l’allocution d’ouverture du 179° Chapitre général des frères mineurs à Madrid. In « Documents du Chapitre de Madrid », Montréal 1973.

5 Ce chapitre fait suite à celui d’Assise en 1967 et à celui de Medellin en 1971.

6 Déclaration du Chapitre général 1973. In « Documents du Chapitre de Madrid », Montréal 1973, pp 68 et suivantes.

7 Doc cité ci dessus n°3, p.69

8 Prot N° 036399 du 8 décembre 1973, in « Règle et CG de l’OFM » Montréal 1974.

9 OFM Priorités 2003-2009, Rome 2004

10 Rnb 14 et Rb 3

11 appellation donnée en Rnb 16 et Rb 12.

12 Rb 10,8

13 Rb 10,7

14 T 19

15 T 13

16 pour les données statistique cf « relation du ministre général au chapitre de 2009, Rome 2009 et les « Acta Ordinis » année 2008 N°1

17 Les frères mineurs franciscains ne sont pas seuls dans le 1° Ordre. Il y a aussi les frères mineurs capucins (environ 10.000 frères) et les frères mineurs conventuels (environ 4.000)

18 cf le cas des chaussures dans Rb 2,15

19 La famille franciscaine comprend les frères mineurs (franciscains, capucins et conventuels), les moniales (clarisses, annonciades), les tiers ordre régulier (frères et sœurs), l’ordre franciscain séculier et différents groupes se référant à St François dont les Compagnons de St François.

20 T. Matura in François d’Assise, héritage et héritiers. Cerf Paris 2008. pp 118 et suivantes

21 A. Vauchez in François d’Assise. Fayard 2009. p.361

22 cf la bonne présen,tation pédagogique dans le livre de François Delmas-Goyon « Saint François d’Assise le frère de toute créature » pp 17 et suivantes

23 cf introduction de « François d’Assise – Écrits » Paris 1981

24 cl l’excellente présentation faite au rassemblement de Lourdes en Octobre 2009 et dont une partie se trouve dans le livret remis à cette occasion « Lourdes 2009 ».

25 cf T.Matura « François, maître spirituel » Paris 2000

26 cf Vauchez et Delmas-Goyon, ouvrages cités

27 T.Cl 48 (numération de Sources Chrétiennes)

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 23:09
 

Fête de saint François d'Assise

Dimanche 4 octobre 2009

 

 

 

"Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger."

(Mt 11,28-30)

 

  • Qu'il est bon d'entendre ces paroles du Seigneur aujourd'hui. Qu'il est bon d'entendre son désir que nous trouvions le repos de nos âmes. C'est bon parce que, chacun de nous, nous cherchons la paix, celle du cœur en particulier, et celle entre nous et dans le monde. C'est bon d'entendre cet appel dans ce quartier de Marseille où se côtoient des Marseillais d'origines, de cultures, de religions si diverses. Et nous le savons bien, des peurs, des étroitesses, des influences peuvent tellement empêcher de trouver la paix fraternelle, celle dont le prophète Michée nous parlait dans la première lecture, celle qui est l'œuvre du Dieu qui brise les lances et les épées.

 

  • "Venez à moi et vous trouverez le repos de vos âmes."

Ce matin, nous rendons grâce pour François d'Assise qui est pour nous un modèle toujours actuel de suite du Christ qui conduit à la paix.

C'est dans sa suite du Christ que François a trouvé la paix et est devenu acteur de paix. Nous aimons sa prière : "fais de nous des instruments de paix". François n'a pas suivi le Christ comme on suit un gourou, de l'extérieur. François s'est voulu ami du Christ. L'appel à reconstruire son Eglise a résonné d'abord en lui-même, qui était déjà le premier Temple de l'Esprit à restaurer. Son amitié pour le Christ s'est transformée en amour de préférence. Le joug de l'amitié, celui du double commandement de l'amour, est devenu le lien spirituel vital et fort qui lui a fait communier à l'immense amour que Dieu porte à la famille humaine. Les stigmates dans sa chair nous éclairent moins par leur côté spectaculaire que par le signe du degré de communion spirituelle qu'il vivait avec son Bien-Aimé, Maître et Seigneur. C'est de là que découlent son choix de la pauvreté, de l'humilité, sa rupture avec l'esprit de consommation matérielle, son amour fraternel pour tout homme reconnu comme aimé de Dieu. Il s'est voulu frère. Il l'est demeuré. Il a suscité une famille spirituelle qui se caractérise par un esprit fraternel le plus universel possible.

 

  • Oui, nous rendons grâce ce matin pour François d'Assise et toute la grande famille issue de sa conversion et de son élan spirituel. Nous en rendons grâce parce que nous reconnaissons là le désir de Dieu d'être reconnu par les tout-petits, parce qu'ils accueillent avec simplicité et étonnement l'amour de Dieu pour eux et qu'ils deviennent à leur tour des contemplatifs de l'amour de Dieu dans le cœur et la vie des tout-petits. Et cela à l'image du Fils bien-aimé qui rend grâce au Père d'avoir choisi de révéler que c'est dans le cœur de chaque être humain que l'œuvre d'amour du Père se propose et s'accomplit.

 

  • Chers amis, mes frères, il ne suffit pas de rendre grâce, il faut aussi que nous nous demandions en vérité : où en sommes-nous de notre amitié réelle pour le Seigneur, de notre suite effective du Christ ? Où en sommes-nous du joug du Seigneur, celui qu'Il a mis sur les épaules de notre cœur pour nous lier à Lui de façon définitive le jour de notre baptême, celui qu'Il nourrit et affermit dans la célébration de l'Eucharistie, celui qu'il guérit et consolide dans le sacrement du pardon, celui qu'Il approfondit et fortifie quand nous vivons de l'amour fraternel ? Que nous faut-il désarmer dans nos vies, dans nos pensées, dans nos comportements ? Quels liens malsains, quels attraits factices nous empêchent de nous unir au Christ et de Le suivre ? Qu'est-ce qui nous empêche de trouver le repos en Lui ? Nous avons ensemble entendu les conseils de Paul aux Romains dans la lecture tout à l'heure. Ils touchaient la vie quotidienne, ils invitaient au pardon des ennemis, ils nous invitaient à être des amis de la paix. "S'il est possible, pour autant que cela dépend de vous. Vivez en paix avec tous les hommes". "Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais soyez vainqueurs du mal par le bien".

 

Mes amis, mes frères, le témoignage de notre amour des hommes et de la communion entre nous est profondément évangélique.

En cette fête de saint François, en cet anniversaire des 800 ans de la Règle franciscaine, demandons au Seigneur de désarmer en nous ce qui résiste à l'amour pour Lui et à l'amour pour tout homme. L'Eucharistie est notre grande prière d'action de grâce pour Celui qui a aimé tous les hommes jusqu'au bout, Lui qui ne cesse de redire à chacun : "Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et vous trouverez le repos de vos âmes. Car je suis doux et humble de coeur".

 

Georges PONTIER

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 09:46
ROME, Lundi 27 avril 2009 (ZENIT.org) - Le charisme que Dieu a donné aux franciscains il y a 800 ans représente un don pour tous, souligne le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, dans le dernier numéro d'« Octava Dies », le bulletin hebdomadaire du Centre de télévision du Vatican, dont il est aussi le directeur.

Dans son éditorial, le père Lombardi commente l'anniversaire des 800 ans de l'approbation pontificale de la première « règle » de vie des franciscains, un événement que Benoît XVI avait tenu à marquer en recevant, le 18 avril, les membres de la famille franciscaine venus participer à Assise au « Chapitre des nattes », et renouveler leurs voeux devant lui.

Expliquant le charisme franciscain, le père Lombardi souligne que « tous les saints de l'Eglise ont adopté l'Evangile comme règle de vie, mais chez François celui-ci brille d'une transparence particulière, à commencer dans les blessures de passion et d'amour que reflètent les plaies du Christ ».

« Dans la pauvreté, la simplicité et la charité de François, le peuple chrétien a toujours su reconnaître l'authenticité de l'inspiration évangélique, et au-delà des frontières de l'Eglises, les hommes de toutes croyances, religieuse ou humaine, ont saisi un authentique et puissant message d'amour et de paix », souligne-t-il dans son commentaire.

Il s'agit donc d'un « charisme extraordinaire qui dépasse le temps et qui a voulu dès le début se soumettre au discernement de l'autorité de l'Eglise pour insérer, comme a dit le pape, ce petit 'nous' de la toute première communauté naissante des frères à l'intérieur du grand 'nous' de l'Eglise une et universelle », ceci ne faisant, bien entendu, que contribuer à l'essor de la famille franciscaine et au renforcement de l'autorité de leur charisme » .

Rappelant ce qu'a dit le Christ lors d'une de ses apparitions au fondateur de la famille franciscaine : « Va, François, et répare mon église! », le directeur de la salle de presse rappelle l'invitation récente de Benoît XVI : « Allez et continuez à réparer la maison du Seigneur, son Eglise! », les exhortant « à réparer chaque homme de la ruine du péché, à continuer d'aider les pasteurs de l'Eglise à renouveler le troupeau du Seigneur ».

« Fraîcheur éternelle d'une vocation qui est un don pour tous! », conclut-il. « L'Evangile traduit dans la vie pour une Eglise toujours jeune et pour la paix de la famille humaine! ».

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 19:59
  Voir les photos de la journée sur

http://picasaweb.google.com/ffsPACA

A1. Un fait :des frères arrivent, reviennent sur Marseille

A2. Reconnaître le sens des événements et le sens de

nos vies

A3. Le don des frères, par le Seigneur

A4. Un don qui n'est pas fortuit

A5. Reconnaître ce don avec les yeux de l'Esprit

A6. Accueil et don ; accueil et don réciproques

A7. A ceci on reconnaîtra que vous êtes mes disciples :

à l'amour que vous avez les uns pour les autres

B1. Qu'attendons-nous les uns les autres ? Les uns des

autres ?

B2. Baudiquey

B3. Vita Consecrata

B4. Brigitte GOBBE

Cl Remise de doc :



- Le Billet à frère Léon...délicatesse, confiance et liberté

- Du dernier ouvrage de fr.Thaddée MATURA

  • Texte de Maurice BELLET

  •  

A1. Un fait :des frères arrivent, reviennent sur Marseille

Cette fois nous sommes cinq. Nous avons reçu une lettre de mission, confirmée par l'archevêque Elle parle tour à tour d'attention à la dimension multi-culturelle et inter-religieuse à travers la rencontre des habitants du quartier de Noailles ; d'accueil, de prière et du témoignage de la Miséricorde autour de l'église de la Sainte-Trinité mise à notre disposition; de notre participation à la vie ecclésiale locale et enfin de ce que sera la manifestation de notre charisme en lien avec la Famille franciscaine.

Cette arrivée n'est pas fortuite et peut faire l'objet de plusieurs interprétations. On peut la lire sur différents plans :

Celui d'une logique institutionnelle : II découle d'un discernement émanant des frères franciscains des deux provinces : du Bienheureux Pacifique et des trois Compagnons.

C'est un fruit de la prière...

C'est un heureux événement de vie de famille franciscaine.

Au delà de l'événement comme tel, nous sommes appelés dans la foi à y découvrir la portée, le sens que cela a que cette venue.

A2. Reconnaître le sens des événements et le sens de nos vies

En soulignant ce point, nous ne faisons que nous inscrire dans la grande tradition biblique. Tout au long de son histoire, le peuple hébreu n'a cessé de relire son histoire et plus particulièrement la portée de ces événements libérateurs, libératoires qu'ont été la sortie d'Egypte et le retour de l'exil à Babylone. Tous les livres de l'Ancien Testament en sont marqués d'une manière ou d'un autre ( les psaumes notamment), mais également ceux du Nouveau Testament.

Relire son histoire, autant dire en fait faire mémoire de l'Alliance de Dieu avec son peuple en célébrant la fidélité de Dieu.

Du coup, des questions de fond se posent à nous : Comment avons-nous tendance à appréhender les événements de notre vie ? Evénements et rencontres ( le hasard ? La Providence ? La Grâce ?). En quoi est-ce que je peux dire que tel événement, telle rencontre fait sens dans ma vie ? Qu'est ce qui peut me permettre d'en prendre conscience ? Quels moyens je me donne pour cela ?

Autre question en fait très apparentée : comment, est-ce qu'à travers les âges de la vie j'ai pu me construire comme personne humaine ?

A 70 ans, ce que j'ai à vivre ne peut pas correspondre à ce que j'ai eu ou à ce que j'ai pu vivre à l'âge de 40 ans. C'est le défi des âges. Reste que ce que je vis à 70 ans vient en quelque sorte prolonger ce que j'ai été à 40 ans. De ce point de vue, des cohérences de fond peuvent se donner à voir au fil du temps justement (Cf. l'IFHIM. Gérard BERLIET « Le juste grandira comme un palmier », Paris, Vie Chrétienne, pp.122-128).

Comme adulte, nous avons une responsabilité particulière à vivre qui rejoint le fait que chacun d'entre nous, avons une vocation particulière, un charisme singulier à assumer, et pour cela à découvrir...

Amadeo CENCINI, Les sentiments du Fils, Editions du Carme/, Toulouse, 2003 (extraits)

p. 157 "Le charisme correspond à mon moi, et il est le nom par lequel Dieu m'a appelé à la vie pour devenir semblable à Lui. Le charisme représente mon passé, mais aussi ce que je suis appelé à être. Il est le sens plénier de mon histoire et la condition essentielle pour me sentir moi-même et être heureux; il est ce qui rend mon identité définitivement positive, beaucoup plus que ne pourraient le faire mes seules qualités et aptitudes. "

" Ces dernières ne sont pas sans importance car les dons que j'ai reçu de Dieu pour le bien des autres appartiennent aussi au charisme. Elles s'y rattachent parce qu'elles sont liées au moi actuel (ce que je suis) et sont au service du moi idéal (ce que je dois et veux devenir et qui est exprimé dans le charisme de l'institut). Ces qualités sont donc un moyen, et non une fin, un moyen pour vivre mieux et plus efficacement l'identité de la vocation, le lieu où s'exprime le plus pleinement l'appel de Dieu; et cette finalité les sauve de l'insignifiance narcissique en les provoquant à donner le meilleur d'elles-mêmes."

 

Thérèse DE SCOTT, la secrétaire de Marcel LEGAUT a publié en 1988 un ouvrage synthétique très intéressant à propos de son oeuvre : Devenir disciple de Jésus (Paris-Gembloux, 1988, Duculot). Voici comment elle décrit la démarche de LEGAUT : « Elle s'enracine dans des prises de conscience qui s'articulent avec le déroulement de sa propre histoire de croyant et avec le mouvement d'une fidélité au meilleur de soi. » Thérèse DE SCOTT poursuit : « Le mystère de Jésus se révèle en écho à son propre

mystère d'homme, de celui qui est en voie de devenir disciple » (p.5)

Nous n'avons pas à attendre la fin de notre vie pour tâcher de comprendre ce que nous avons vécu. Tôt ou tard, des événements marquants, des tournants, voire des épreuves peuvent nous provoquer en quelque sorte à cela. Pensez par exemple à la fameuse crise de la quarantaine. Nous sommes chacun, conviés à lire notre propre existence ; en l'occurrence à relire de ce que nous avons vécu parce-que cela nous est apparu de plus en plus significatif ( signe plus ou moins encore obscur de quelque chose)..

A3. Le don des frères, par le Seigneur

Venons-en à François d'Assise . Vous connaissez son Testament. Le besoin qu'il a eu de revenir sur quelques faits majeurs de sa vie et de celle de ses frères ( pas sur tous les faits d'ailleurs). L'interprétation surtout qu'il en a faite : le Seigneur me donna, etc. ». Lecture du Testament :

« 1 Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François, fa grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j'étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m'était insupportable.

2 Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; je les soignais de tout mon cœur ;

3 et au retour, ce qui m'avait semblé si amer s'était changé pour moi en douceur pour l'esprit et pour le corps. Ensuite j'attendis peu, et je dis adieu au monde.

4 Et le Seigneur me donna une grande foi aux Églises, foi que j'exprimais par la formule de prière toute simple :

5 Nous t'adorons, Seigneur Jésus-Christ, dans toutes tes Églises du monde entier, et nous te bénissons d'avoir racheté le monde par ta sainte Croix.

6 Ensuite, le Seigneur m'a donné et me donne encore, à cause de leur caractère sacerdotal, une si grande foi aux prêtres qui vivent selon la règle de la sainte Église romaine, que, même s'ils me persécutaient, c'est à eux malgré tout que je veux avoir recours. (...)

14 Après que le Seigneur m'eut donné des frères, personne ne me montra ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon le saint Évangile.

 

A la fin de sa vie, François d'Assise a eu clairement conscience de ce qu'a été la présence agissante de Dieu à travers un certain nombre d'événements de sa vie. Sa relecture s'est avérée également une véritable profession de foi, mais cela ne s'est pas fait du jour au lendemain, vous le savez.

« (...) La transformation du jeune François d'Assise s'est (...) déroulée à travers plusieurs expériences de conversion. Elle a pris l'allure d'une démarche généreuse en faveur de Dieu. Sa quête intérieure d'Absolu, sans cesse consentie et risquée, a dû tôt ou tard se traduire en une manière de vivre. Les Légendes nous apprennent que François d'Assise a mis beaucoup de temps avant de connaître la volonté de Dieu à son sujet et de lui donner forme ».

Pierre BRUNETTE, François d'Assise et ses conversions.

Les Editions franciscaines; Paris, 1993.

Le Seigneur me donna des frères. C'est de cette manière que François d'Assise interprète l'arrivée massive de ses premiers frères et plus largement de tous ces hommes et de toutes ces femmes séduits en quelque sorte par sa manière de vivre l'Evangile de manière radicale.

Cette interprétation s'inscrit dans la relecture de sa vie. Or, nous le savons, les relations de François d'Assise avec ses frères n'ont pas été des plus simples. Je n'y reviendrai pas ici. Juste tout de même pour nous centrer sur l'approche pathétique décrite par le frère Eloi LECLERC dans « Sagesse d'un Pauvre » :

« A travers toute la Chrétienté avaient fleuri de petites communautés de frères. Mais à présent tout cela était menacé de ruine. C'en était fini de cette unanimité dans la simplicité. Parmi les frères, on discutait âprement et on s'entre-déchirait. Certains d'entre eux, tard venus dans l'Ordre mais éloquents et influents, déclaraient sans sourciller que la Règle, telle qu'elle était, ne répondait plus aux besoins de la communauté. Ils avaient leurs idées sur la question. Il fallait, disaient-ils, organiser cette multitude de frères en un Ordre fortement constitué et hiérarchisé. Et pour cela, on devait s'inspirer de la législation des grands Ordres anciens et ne pas reculer devant des constructions vastes et durables qui donneraient à l'Ordre des Frères Mineurs lui-même pignon sur rue. Car, ajoutaient-ils, dans l'Église, c'est comme partout, on a la place qu'on occupe.

« Ceux-là, songeait tristement François, n'ont pas le goût de la simplicité et de la pauvreté évangéliques. »

II les voyait en train de saper l'oeuvre qu'avec le Seigneur il avait édifiée. Et cela lui faisait mal, affreusement mal. Et puis, il y avait les autres : ceux qui, sous couvert de liberté évangélique ou bien pour avoir l'air de se mépriser eux-mêmes, se permettaient toutes sortes de fantaisies ou d'originalités du plus mauvais goût. Leur conduite jetait le trouble parmi les fidèles et le discrédit sur tous les autres frères. Ceux-là aussi sapaient l'oeuvre du Seigneur. » (Eloi LECLERC, Sagesse d'un Pauvre, Paris, DDB , pp.17-18.)

A nouveau on peut s'interroger sur cet événement que fut l'entrée massive des frères. Soit on s'en tient au fait, quitter à ajouter des commentaires du genre : si ces gens sont rentrés, c'est qu'ils cherchaient un sens à leur vie, ou bien c'est parce-qu'ils désiraient vivre l'Evangile plus radicalement que ce qu'ils voyaient vivre autour d'eux, notamment dans le clergé. Soit on entre dans une interprétation spirituelle ; ce que d'ailleurs n'ont pas manqué de faire les premiers biographes de François. Pensez ici au fait que François d'Assise nous est présenté comme celui envoyé par Dieu pour restaurer l'Eglise qui tombait en ruines ; pour la réformer de l'intérieur.

J'ajoute que l'une et l'autre de ces interprétations ont, non seulement leur validité, mais peuvent tout à fait se révéler complémentaires.

A4. Un don qui n'est pas fortuit

Attardons-nous maintenant sur ce que l'on entend par don : le seigneur me donna des frères. Evidemment des petits malins auront tôt fait de faire remarquer que si les frères sont un don du Seigneur, ce ne sont pas pour autant toujours des cadeaux.

Je voudrais insister ici sur le fait qu'un don, ce n'est pas fortuit. Des frères franciscains qui reviennent à Marseille en 2009, ce n'est pas fortuit. L'engouement suscité par françois auprès de ses contemporains, ce n'est pas fortuit. Le fait que vous-mêmes fassiez fraternité, et avec tel et tel, ce n'est pas fortuit.

Tout cela a du sens et du sens qui s'inscrit dans ce que l'on pourrait appeler le projet de Dieu. Du sens aussi qui pourtant peut ne pas sauter aux yeux. Pensez à François dans Sagesse d'un Pauvre ; à ce que le frère Eloi LECLERC en a écrit : les frères seraient-ils un obstacle au projet de Dieu tel que François l'a perçu ? Nos propres sœurs et frères de fraternité seraient-ils un frein, un empêchement à ce à quoi soi-même voire notre fraternité sont appelés ? Ou tout au moins, tel ou tel serait-il un frein ?

Ce genre de questions, nous nous les posons parfois, quitte, après coup à culpabiliser.

A nous d'apprendre ensemble à reconnaître à travers ceci ou cela, celle-ci ou celle-là un don et non pas un obstacle.

Apprendre ensemble cela. S'aider les uns les autres à porter un regard que l'on pourrait qualifier de résolument bienveillant. Apprendre également mais c'est tout un, à ne pas être le jouet de nos émotions, voire de nos idées arrêtées. Je pense ici à un certain Eckhart TOLLE,( Nouvelle Terre. Ariane,2005, p. 146) qui a écrit ceci à propos du fond et de la forme : « La plupart des gens sont tellement identifiés à la dimension de la forme - aux perceptions sensorielles, aux pensées et aux émotions - qu'ils laissent de côté l'autre moitié essentielle de leur vie. Leur identification à la forme les garde prisonnier de leur ego. »

A5. Reconnaître ce don avec les yeux de l'Esprit

Seul l'Esprit peut nous permettre de découvrir, de voir se révéler le Royaume qui nous est donné à contempler. Pensez aux disciples de Jean-Baptiste demandant à Jésus si c'est lui, le Messie et la réponse de Jésus : « Allez rapporter à Jean ce que vous

entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres...»( Mt 11,2-6).

Voir grâce à l'Esprit, c'est vivre selon l'Esprit, c'est vivre spirituellement, ce à quoi s'oppose le désir de vivre selon la chair. L'être charnel - et charnel au sens où en parle St Paul dans les Epîtres aux Galates et aux Romains - choisit de ne pas vivre selon l'Esprit, préférant plutôt se soumettre à la loi du péché, cette loi qui conduit à la mort.

- St Paul est clair: Rom 8,13: "Si vous vivez de façon charnelle, vous mourrez; mais si, par l'Esprit vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez". (Cf le choisis la vie de l'Alliance : Dt.30,19 « Je prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez » ).

- C'est aussi ce que précise François d'Assise en Rnb 17, 14-16: "Celui qui est docile à l'esprit du Seigneur veut mortifier et humilier cette chair, égoïste, vile et abjecte; il s'applique à l'humilité, et à la patience, à la pure simplicité, et à la paix véritable de l'esprit; ce qu'il désire toujours et par-dessus tout, c'est la crainte de Dieu, la sagesse de Dieu, et l'amour de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit".

- Cf. T.MATURA, « François d'Assise auteur spirituel »: "Les premiers fruits de l'Esprit Saint selon François, c'est la prise de conscience de la dimension "charnelle" de soi: égoïsme, renfermement, autosuffisance, qui refusent et Dieu et le prochain. Cela doit mourir comme le précisent les quatre mots, (...). Mais ce à quoi l'Esprit s'applique et s'efforce davantage sont des valeurs de base: humilité, (connaissance de son moi et son acceptation totale), patience (savoir tenir, continuer, endurer), pure simplicité, (coeur sorti de soi et centré, sur Dieu et ses promesses), vraie paix de l'esprit (un certain calme intérieur solidement fondé sur l'espérance). Au sommet de tout, après le rejet du mal et le choix d'un chemin de vérité sur soi, se profile la réalité proprement divine. L'Esprit veut la mort de la chair, s'applique à créer certaines attitudes, mais avant tout il est désir ardent de (...) la saveur (...) et de l'amour que donne fa communion du Père, Fils et Esprit." (pp.134-135).

A6. Accueil et don ; accueil et don réciproques

Qui dit don, dit accueil. Qui dit accueil dit reconnaissance. Qui dit reconnaissance engage à la relation.

Un don ne peut être qualifié de don que s'il est reconnu comme tel. On peut ne pas le voir ; on peut ne pas en faire cas, être empêché ou bien s'empêcher de le reconnaître pensez à la parole d'Isaïe reprise par Jésus .

Is.6,9-10 : « // me dit : " Va, et tu diras à ce peuple : Écoutez, écoutez, et ne comprenez pas; regardez, regardez, et ne discernez pas. 10 - Appesantis le cœur de ce peuple, rends-le dur d'oreille, englue-lui les yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n'entendent, que son cœur ne comprenne, qu'il ne se convertisse et ne soit guéri. » Jn.12,40 : « Bien qu'il eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, 38 - afin que s'accomplît la parole dite par Isaïe le prophète : Seigneur, qui a cru à notre

parole ? et le bras du Seigneur, à qui a-t-ïl été révélé ? 39 - Aussi bien ne pouvaient-ils croire, car Isaïe a dit encore :40 - II a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour que leurs yeux ne voient pas, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas ». "

Ez.12,2 : « La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes : 2 - Fils d'homme, tu habites au milieu d'une engeance de rebelles qui ont des yeux pour voir et ne voient point, des oreilles pour entendre et n'entendent point, car c'est une engeance de rebelles ». Mc.8,17-18: « Le sachant, il leur dit : " Pourquoi faire cette réflexion, que vous n'avez pas de pains ? Vous ne comprenez pas encore et vous ne saisissez pas ? Avez-vous donc l'esprit bouché, 18 - des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre ?»).

De même il est précieux de jouer sur le mot reconnaissance. De le faire jouer : Reconnaître un don, que ceci est un don, un cadeau de Dieu, Et en être reconnaissant ; en rendre grâces. Dans l'un et l'autre cas, il en va de notre capacité, de notre disposition du cœur à célébrer Celui qui, comme le dit François d'Assise est la Source de tout Bien.

Adm8 :

« 1 Sans le secours de l'Esprit-Saint, dit l'Apôtre, nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur' ; 2 sans le secours de l'Esprit-Saint, nul, pas un seul homme, n 'est capable défaire le bien".3 C'est pourquoi celui qui est jaloux d'un de ses frères par l'intermédiaire duquel le Seigneur dit et fait du bien, celui-là commet un véritable blasphème : c 'est au Très-Haut lui-même que sa jalousie s'en prend, puisque c 'est de Dieu seul que dérivent toute bonne parole et toute bonne action. »

Le mouvement de reconnaissance est un mouvement qui engage la qualité de nos relations fraternelles. Personnellement j'ai été très marqué, au début de ma vie religieuse par cette question posée par un frère capucin, Jacques BELANGER : « As-tu une parole à me dire qui puisse m'aider à faire un pas de plus ? ».

S'accueillir en fraternité, c'est reconnaître que Dieu nous a donné des compagnons et des compagnes de route et que c'est avec eux que nous sommes appelés à cheminer. C'est avec eux qu'il s'agit de témoigner de Celui qui nous convie à faire fraternité, à fraterniser et qui nous y aidera par Sa Grâce, pour peu que nous y consentions ; que nous apprenions à y consentir.

A7. A ceci on reconnaîtra que vous êtes mes disciples : à

l'amour que vous avez les uns pour les autres

Amour, confiance mutuelle, joie : des mots forts pour aujourd'hui.

Je voudrais citer ici Jean VANIER, La communauté, lieu du pardon et de la fête, (Fleurus/Bellarmin, 1979, pp. 20-21) : « L'atmosphère de joie vient du fait que chacun se sent libre d'être lui-même dans ce qu'il a de plus profond. Il n'a pas besoin de jouer un personnage, de prétendre être mieux que les autres, d'essayer de faire des prouesses, pour être aimé. Il a découvert qu'il est aimé pour lui-même et non pour ses capacités intellectuelles ou manuelles.

Quand quelqu'un commence à enlever les barrières et les peurs qui l'empêchent d'être lui-même, il se simplifie. La simplicité, c'est précisément d'être soi-même en sachant que les autres nous aiment tels que nous sommes. C'est se savoir accepté avec ses qualités, ses défauts, dans sa personne profonde ».

Dieu nous donne de nous accueillir pour que nous témoignions de son Amour, et ce n'est pas rien aujourd'hui que de manifester de l'Amour à travers, grâce à des fraternités résolument ouvertes, je veux dire qui ne soient pas frileuses. Surtout aujourd'hui, dans un contexte de société, autant en prise à de la désespérance et à de multiples formes de peurs, de rétractations.

Je cite à nouveau Jean VANIER : « II y a dans le monde trop de gens sans espérance, trop de cris laissés sans réponse, trop de personnes mourant dans leur solitude. C'est quand les membres d'une communauté réalisent qu'ils ne sont pas là pour eux-mêmes ni pour leur propre petite sanctification mais pour accueillir le don de Dieu et pour que Dieu vienne désaltérer les cœurs desséchés, qu'ils vivent pleinement communauté. Une communauté doit être une lumière dans un monde de ténèbres une source dans l'Eglise et pour tous les hommes. On n'a pas le droit d'être tiède » (op. cit. p. 10),

B1. Qu'attendons-nous les uns les autres? Les uns des autres ?

A vous en fraternité de vous poser, voire de vous reposer la question. Pour ma part je vous laisserai tout à l'heure l'extrait d'un texte de Pau! BAUDIQUEY à propos de l'attente précisément.

Je voudrais plutôt souligner ici cette espèce de réciprocité vitale qui nous associe, comme en une communauté de destin, frères et soeurs laïcs et religieux ; sœurs et frères religieux et laïcs. L'encyclique de Jean-Paul II sur la vie consacrée ( Vita Consecrata) y fait allusion aux n°54-55.

Je pense aussi à quelques remarques de Brigitte GOBBE.

 

B2. Brigitte GOBBE

Je voudrais reprendre les propos de Brigitte GOBBE entendus à l'occasion du chapitre provincial du Bienheureux Pacifique de 2008.

Plusieurs passages m'ont particulièrement marqué concernant, de par notre baptême autant religieux que laïcs:

«II s'agit (...) de faire l'expérience que ma vie se transforme en relation avec le Christ qui vit en moi (...). Ou bien la bonté transpire, ou bien elle ne transpire pas.(...) Se laisser ressusciter suppose l'accueil de la croix, le consentement à ce que mon lieu d'accomplissement soit un lieu où je ne veux pas être (...) Nous, franciscains, n'oublions jamais que la joie centrée sur le mystère pascal est au cœur de notre charisme ».

Bien sûr il est hasardeux de se faire la porte-parole des attentes des laïcs envers les religieux, de vos attentes par rapport à nous ( l'inverse est vrai également). Elle s'y est néanmoins risquée.

Personnellement l'ensemble de son intervention m'a beaucoup rejoint. Ces remarques me sont apparues justes et pertinentes ; rendant compte indirectement de ce qu'un certain nombre de frères perçoivent également de plus en plus ; des frères qui redécouvrent la cohérence et le dynamisme de leur vocation de personnes consacrées.

Je pense à ce que Jean-Paul a écrit dans son encyclique au n° 55 ; « La participation des laïcs suscite souvent des approfondissements inattendus et féconds de certains aspects du charisme, en leur donnant une interprétation plus spirituelle et en incitant à en tirer des suggestions pour de nouveaux dynamismes apostoliques. Dans toutes les activités ou ministères où elles sont engagées, les personnes consacrées se souviendront donc qu'elles doivent être, avant tout, des guides compétents de vie spirituelle, et, dans cette perspective, elles feront fructifier « le talent le plus précieux: l'esprit ». À leur tour, les laïcs offriront aux familles religieuses la précieuse contribution de leur caractère séculier et de leur service spécifique. »

Et je repense en contrepoint à Brigitte GOBBE nous partageant ceci : « Peu importe le nombre des frères, leur compétence, ce qui compte c'est leur disponibilité, leur vigilance, leur bonté, leur témoignage de vie personnelle et communautaire enracinée en Christ. Les laïcs peuvent ainsi repartir accomplir leur mission dans le monde » (...) « Nous ne pouvons pas prier autant que les religieux, mais nous avons besoin d'eux pour relire notre quotidien à la lumière de l'Evangile, dans une dynamique de conversion permanente ; ainsi s'expriment plusieurs laïcs rencontrés » (...) « Les laïcs ont besoin de savoir comment les religieux évoluent dans le monde d'aujourd'hui, vivent leur foi, intègrent le réel philosophique, religieux, économique, sociologique. Ils ont aussi le vif désir de confronter leur chemin spirituel à l'aune de l'expérience fraternelle des religieux. Des repères leur sont nécessaires dans une société désécurisante (...) ».

Se donner les uns aux autres, frères et laïcs, laïcs et frères, c'est goûter par expérience ce que le Seigneur nous convie à découvrir ; Lui qui peut nous aider à porter un regard stimulant sur nos vies respectives, mais aussi et tout autant peut-être sur le pourquoi de notre être-ensemble.

Nous ne sommes pas donnés les uns aux autres pour faire ensemble. Nous sommes donnés les uns aux autres pour laisser se révéler la richesse de notre complémentarité, la richesse des charismes de chacun, la richesse également de nos états de vie, de nos vocations respectives.

Plus fondamentalement encore pour nous aider à vivre du Christ et dans le Christ. A l'enfanter dans le sens où en parle François d'Assise quand il souligne en quoi nous sommes appelés à être ses mères : « 55 Ses mères lorsque nous le portons dans notre cœur et dans notre conscience, et que nous l'enfantons par nos bonnes actions, qui doivent être pour autrui une lumière et un exemple. »

[1 Co 123. " Rm 3 12.
2 textes complementaires cités par Batitte sont dans le blog annexe

 

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 20:54

 

 

 

 

 


Paroisse de la Sainte Trinité – 14 Mars 2009


Le désert, avec les tentations,
La montagne avec la transfiguration,
Aujourd’hui le Temple de Jérusalem
avec les vendeurs malmenés par Jésus !

Nous allons de lieu en lieu tout au long de ces dimanches de carême pour mieux nous préparer à la célébration du mystère pascal.
Si, dans l’Évangile de ce jour, la liturgie nous présente Jésus à Jérusalem avec des paroles impressionnantes sur le Temple, la 1e lecture nous présente le don de la Loi sur le mont Sinaï.
La Loi et le Temple sont deux réalités importantes dans la tradition d’Israël. Je les évoque brièvement pour les mettre en lien avec notre chemin vers Pâques.

La Loi.
Elle a été donnée à Moïse sur le chemin de l’exode. On pourrait dire qu’elle est « signature d’alliance » entre Dieu et le peuple d’Israël. Elle s’enracine dans cette sortie d’Egypte, cette sortie de la maison d’esclavage, donc dans une expérience de libération, de passage de la servitude à la liberté. Ce passage – cette pâque- est célébrée comme un don de Dieu.
La Loi est accueillie comme exprimant la volonté de Dieu pour les hommes, à savoir choisir la vie. Saint-Irénée a une belle formulation : « par le décalogue, Dieu préparait l’homme à son amitié et à la paix avec le prochain. Tout cela était utile à l’homme, Dieu ne sollicitait de lui rien de plus » L’amitié de dieu et la paix avec le prochain : voilà un beau résumé de la Loi.
Cette Loi ou ces dix paroles mettent en communion avec Dieu : non seulement elles invitent à choisir la vie, mais elles sont aussi la vie. Et pour le peuple de Dieu, la Loi sera vénérée comme lieu de la rencontre de Dieu. L’Arche d’Alliance, portant les tables de la Loi, guidera le peuple jusque dans la terre promise.
Quand le peuple sera arrivé en terre promise, la Loi deviendra la norme de conduite. Elle sera développée par de multiples codes annexes  jusqu’à devenir un ensemble assez vaste avec un double risque :
celui de passer d’une loi de vie à un légalisme pointilleux et parfois mortifère,
celui de croire que la vie éternelle s’acquiert uniquement par l’observance de la Loi.
Or la vie est toujours un don, un don de Dieu, un don gratuit même s’il comprend des exigences fortes.

Le Temple.
Il a été construit, la 1e fois par Salomon, pour abriter l’arche d’alliance. Il est vite devenu le lieu de la présence de Dieu (on se souvient de Samuel) et aussi le lieu des sacrifices prescrits par la législation d’Israël. Jésus a été présenté au Temple par ses parents. C’est là qu’il a écouté les docteurs de la Loi jusqu’à en oublier de reprendre la route !
Quand le peuple de Dieu est parti en exil : il a quitté sa terre et s’est trouvé privé de Temple. D’où sa question : Dieu peut-il être présent sans Temple et sans terre ? Les croyants ont fait l’expérience que oui. Oui, Dieu ne se laisse pas enfermer dans un Temple ou dans une terre. Dieu est présent en chacun : belle découverte spirituelle qui n’empêchera pas de reconstruire le Temple au retour d’exil.
C’est dans ce Temple que Jésus revient : il l’aime « c’est la maison de mon Père » et en même temps, il prend ses distances « détruisez ce Temple.. et je le relèverai ».
Comment accueillir ces deux lectures ( la Loi et le Temple) dans la perspective de Pâques ?

1 – Le don de la Loi nous renvoie à l’Alliance. Jésus, dans son mystère pascal, est Celui qui vient sceller la nouvelle Alliance. Nous le proclamons dans chaque prière eucharistique au moment de la consécration. L’alliance est toujours actuelle, elle se renouvelle chaque jour pour chacun de nous.
2 – Jésus vient accomplir la Loi : il nous dit l’amitié et l’amour de Dieu, mais aussi l’amour du prochain jusqu’au don de soi. Moïse était présent lors de la transfiguration : la gloire de Dieu est présente en Jésus dans sa condition d’homme. Toute vie humaine reflète toujours, en partie, la gloire de Dieu.
3 – L’épisode du Temple nous dit que Jésus est le nouveau Temple de Dieu. La présence de Dieu se révèle non plus dans un lieu mais dans son Fils et dans l’amour que manifeste son Fils : « il les aima jusqu’au bout ». Le symbolisme des trois jours renvoie à Pâques et pour nous au baptême. La participation à la croix est au cœur de toute vie.
4 – L’Église est le corps du Christ, c’est à dire qu’elle est et qu’elle révèle la présence de Dieu. Animée par l’Esprit-Saint, elle offre la Parole et les sacrements comme cadeau de Dieu pour aujourd’hui. Chaque personne devient Temple de Dieu :
« Si quelqu’un m’aime,
il gardera ma parole,
et mon Père l’aimera
et nous viendrons vers lui
et nous nous ferons une demeure chez lui. »
(Jn 14,23)

 

frère Jean-Paul, ofm

 

 

 

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 08:35

  Toutes les photos de la récollection sont accessibles par le lien suivant :
http://picasaweb.google.fr/ffsPACA/
où vous trouverez 24 albums de photos de la région , dont "Récollection diocésaine Alpes Maritimes"

Nous nous sommes (presque) tous retrouvés le 14 février dernier chez les sœurs clarisses de Nice pour une recollection diocésaine où nous avons eu la joie d’accueillir nos responsables régionaux Rose-Marie Golfetto et fr Danick Labinal venus à l’occasion de l’élection d’un nouveau responsable diocésain.
Après les laudes, fr Sergio nous a donné un très bel enseignement sur la spiritualité franciscaine, en partant du texte des Fioretti sur « la Joie Parfaite ».
A la fin de la messe, nous avons pu remercier Simone Tron pour son engagement tout au long des 6 années de son mandat de responsable diocésaine où elle a fait preuve, avec beaucoup de bonne humeur, de dévouement, de disponibilité, d’esprit fraternel et d’attention aux autres.
Après déjeuner, nous étions encore une trentaine pour partager les nouvelles de la région et participer à l’élection de Yves Bourgain de la fraternité St Damien de Nice comme nouveau responsable diocésain.
Un moment particulièrement émouvant a été la remise, par 3 des précédents responsables diocésains, du « registre des professions » qui témoigne de la vitalité du message de St François.

L’Esprit de la joie parfaite, enseignement de Fr Sergio


Nous allons méditer le Chapitre 8 des « Fioretti » (Comment Saint François, cheminant avec frère Léon, lui exposa ce qu'est la joie parfaite) qui est (à mon avis) un des exemples les plus significatifs de la maturité spirituelle de Saint François pour comprendre et vivre sa spiritualité.

Lecture historique

Il s’agit d’un texte du début du 13ème siècle. Le texte originel est un peu plus riche que celui des Fioretti que nous connaissons. Il renvoie à fr. Léonard d’Assise qui aurait accompagné François lors du retour de Terre Sainte. Un frère qui connaissait donc bien François. Pour mieux comprendre le texte il faut le lire en le replaçant dans le contexte historique où vécut François, surtout ver la fin de sa vie, ainsi qu’à l’histoire de l’ordre franciscain après les années 1220.
Dans la première moitié du texte nous trouvons des motifs de joie que François met tout de suite de côté, dans la mesure où ils seraient de fausses pistes pour comprendre ce qu’est la joie parfaite : la sainteté des frères et leur édification au sein du peuple de Dieu, les prodiges accomplis par les frères, leurs connaissances scientifiques et leurs charismes de prédication. En effet au cours de ces années le nombre des frères s’était accru et surtout certains d’entre eux faisaient désormais partie des « maîtres de Paris », les enseignants de l’université Parisienne, célèbre pour la connaissance biblique et scientifique du moyen âge, et de nombreux membres du haut clergé étaient entrés dans l’ordre. Humainement cela ne pouvait qu’être un motif de grande joie. Mais pour François ce n’est pas la joie parfaite ! De même, le fait que des frères étaient allés parmi les infidèles et avaient reçu la grâce du martyre, en 1220, aurait dû faire exulter le cœur de François : les biographies nous rapportent que la nouvelle avait été reçue avec enthousiasme. Pour François le fait d’avoir finalement des frères martyrs était une occasion de fierté et pour tout l’ordre, qui était en pleine évolution, cela pouvait apparaître comme un motif de grande joie. Nous voyons donc que les éléments qui ressortent de ce récit correspondent à des faits historiques que l’ordre venait de vivre à cette époque. Mais encore une fois, pour François ce n’est pas la joie parfaite !
La deuxième partie du texte qui décrit l’arrivée des deux frères à Sainte Marie des Anges et leur dispute avec le frère portier, relate elle aussi, des éléments historiques et biographiques. Nous y retrouvons le conflit entre François et une partie de l’ordre qui voulait vivre une règle plus monastique. La Portioncule a été longuement un lieu structuré avec des nattes autour d’une petite église. Dans le récit plus ancien, celui du fr. Léonard, il y a déjà le témoignage d’un couvent et une porte infranchissable. L’utilisation d’une expression chère à saint François «…et supplions pour l'amour de Dieu » ou la réponse du frère portier dans la traduction plus ancienne (« Nous sommes tellement nombreux et tels (« tanti e tali)  que nous n’avons pas besoin de toi… » nous font soupçonner que le frère portier avait bien reconnu son interlocuteur et cela rend certainement le refus plus douloureux !. L’ambiance témoignait de tous les soucis et de la souffrance que François avait dans le cœur au sujet de la division de l’ordre.
De même, « … allez à l’hôpital » fait référence à un lieu d’accueil qui existait vraiment et qui était géré par l’ordre des « Crucifères », une sorte confrérie qui s’occupait des pèlerins en voyage vers Rome et la Terre Sainte. C’est comme si on avait dit à François « C’est nous qui sommes du bon côté pour l’interprétation du charisme de l’ordre ; toi, mets toi à l’écart, va chercher ailleurs, dans une autre famille, dans un autre ordre… ».
François savait que certaines pressions qu’il recevait pour modifier la règle venaient de la partie plus « saine » de la curie romaine, celle qui avait le souci de réformer l’Eglise. Il vivait à cause de cela, un moment de grande tentation : « est-ce que je ne me suis pas trompé dans mon charisme… ». Cette réponse, qui laisse entrevoir quelque chose que François a dû vivre dans sa relation avec les frères, l’enfonce encore plus dans le gouffre de sa tentation. Peut être François a-t-il imaginé qu’avec le pouvoir de faire des miracles, il aurait pu convaincre les frères. Mais l’Esprit lui suggère « ce n’est pas celle là la joie parfaite ! ». 

Lecture théologique 

Ce récit est à mettre en perspective avec un certain nombre de passages bibliques, par exemple :
- Lettre de Jacques 1,2 : Mes frères, quand vous butez sur toute sorte d'épreuves, pensez que c'est une grande joie. Car l'épreuve, qui vérifie la qualité de votre foi, produit en vous la persévérance, et la persévérance doit vous amener à une conduite parfaite ; ainsi vous serez vraiment parfaits, il ne vous manquera rien.
- 1 Cor 4-7 : Qu’as tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si cela venait de toi ?
- Galates 6,14 : Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde !
- Peut être le texte plus éloquent est-il dans la deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 2 Cor 12,9-10 : Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c'est alors que je suis fort.

Parmi les écrits de Saint François l’admonition 5 reprend les thèmes du récit de la joie parfaite :  Considère, ô homme, le degré de perfection auquel t’a élevé le Seigneur : il a créé et formé ton corps à l’image du corps de son Fils bien-aimé et ton esprit à la ressemblance de son esprit Et malgré cela, toutes les créatures qui sont sous le ciel servent leur créateur mieux que toi, elles le connaissent et lui obéissent mieux que toi, chacune selon sa nature. Bien pis, ce ne sont pas les démons qui l’ont crucifié : c’est toi qui, avec eux, l’as crucifié et le crucifies encore en prenant plaisir au vice et au péché. De quoi peux-tu donc bien te glorifier ? Même si tu avais tant de pénétration et tant de sagesse qu’aucune science n’aurait plus de secret pour toi ; même si tu savais interpréter toutes les langues et scruter les mystères divins avec une subtilité remarquable, de tout cela tu ne peux tirer aucune gloire. Le premier venu des démons a autrefois pénétré bien plus avant dans les mystères de Dieu et connaît encore maintenant l’univers terrestre bien mieux que tous les hommes réunis (y compris celui qui reçut du Seigneur la grâce spéciale de la plus haute sagesse). De même, serais-tu le plus beau et le plus riche des hommes, et ferais-tu même des miracles au point de chasser les démons, tout cela peut se retourner contre toi, tu n’y es pour rien, et il n’y a rien là dont tu puisses tirer gloire. Mais ce dont nous pouvons tirer gloire, c’est de nos faiblesses. C’est de notre part quotidienne à la sainte Croix de notre Seigneur Jésus-Christ. )
François exhortait sans cesse ses frères à ne pas s’approprier le bien que Dieu fait à travers eux. Pour lui c’est une manière de vivre sine proprio.  Il faut remarquer que les choses que François nomme par exclusion comme « joies imparfaites », ne sont pas du tout mauvaises, au contraire elles sont des œuvres de Dieu. François aussi se réjouissait d’écouter de la bonne musique lors des moments terribles de sa maladie ainsi que des gâteaux qu’il demandait à Jacopa de Settesoli juste avant de mourir. Il ne refusait donc pas les joies simples de la vie. Toutefois la source de la joie parfaite doit être recherchée ailleurs. La première source de joie pour François est donc de reconnaître que tout le bien appartient à Dieu qui nous le confie. Mais le serviteur de Dieu doit trouver son bonheur parfait non pas dans l’appropriation des biens de Dieu mais dans la restitution par le moyen de la louange et du service.
Voilà un élément de la spiritualité franciscaine qui pourrait nous renvoyer à l’expérience « charismatique » de certains mouvements et communautés nouvelles qui fondent leur vie avec Dieu sur la joie et la prière de louange. C’est étonnant  de découvrir une affinité dans ce que l’Esprit suscite à notre époque et ce qu’il à suscité au long des siècles.
Pourtant François va plus loin en nous disant qu’il y a une joie qui est porteuse d’une profonde paix et c’est la joie de partager la croix de Jésus Christ. Nous sommes tentés de penser que la paix et la joie surgissent quand tout va bien. Mais dans l’expérience de François ce n’est pas toujours le cas.
Le Cantique des Créatures est aussi un bel exemple : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : heureux s’ils conservent la paix, car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés ». On dirait que ce verset du Cantique ait été composé le soir même où François et frère Léon ont été chassés de la Portioncule. Et nous savons que ce cantique a été écrit deux ans avant de mourir : François avait déjà reçu les stigmates et il était malade. Et pourtant il laisse entrevoir une expérience de grande joie, la joie d’un amoureux, la joie qui découle d’une source mystérieuse…
L’admonition 15 nous dit Heureux les pacifiques : ils seront appelés fils de Dieu.  Sont vraiment pacifiques ceux qui, malgré tout ce qu’ils ont à souffrir en ce monde, pour l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ, gardent la paix de l’âme et du corps. François annonce la possibilité de vivre toutes les situations de souffrance ou d’épreuve dans une profonde paix intérieure. Cette paix nait de la foi en Jésus Christ et c’est cette paix de l’âme qui est la vraie joie dont parle François dans les Fioretti. Le refus des frères à Sainte Marie des Anges, vécu dans la patience, devient source de paix. Une paix mystérieuse, difficile à comprendre pour ceux qui n’en ont jamais fait l’expérience concrète. C’est une joie qui naït de la conscience de participer à la passion et à la croix de Jésus. C’est la joie du disciple qui rencontre le Maître dans les épreuves de la vie quotidienne vécue à Sa suite dans la patience, dans le chemin, parfois fatiguant, de la fidélité à l’Evangile. Nous pouvons dire que nous touchons le noyau de l’Evangile : être avec Jésus la petite semence semée qui meurt pour donner du fruit. Ce n’est pas seulement le cœur de la vie chrétienne mais aussi un élément essentiel de la spiritualité franciscaine qui revient dans chaque page des biographies et des écrits à partir du jour où François rencontre les lépreux et l’amertume se change en douceur d’âme et du corps, joie parfaite dans une logique pascale, jusqu’au jour où, à l’Alverne François demande de ressentir dans son corps l’amour et la souffrance de Jésus pour les pécheurs, pour les hommes, pour la gloire du Père. Enfin François devant la mort imminente chante la joie de celui qui a restitué tous les dons au Père.

La source de la joie parfaite réside dans le fait d’avoir confiance en Dieu ! Même si on n’a rien de bon pour le monde, même si nous vivons oubliés par tous, notre paix consiste dans le fait que Dieu ne nous a pas oubliés. Voilà la source de la joie.

Il est clair que tout ce qu’on vient de dire est un « point-sommet », un point d’arrivée qui n’est rejoint qu’à travers un parcours de maturation intérieure. Mais l’Esprit Saint est là pour nous y conduire, Lui le vrai « accompagnateur spirituel » des âmes.
Ce qui est merveilleux dans ce récit c’est qu’il ne s’agit pas que d’une parabole ou d’une histoire édifiante mais d’une vie vécue ! La vie de François qui renvoie à celle du Seigneur Jésus.
A Lui la louange pour les siècles des siècles.

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 23:38

Devant le mystère de Jésus-Christ, l’Église s’est toujours intéressée à celle qui a enfanté Jésus. L’Église a reconnu Marie comme Mère de Dieu et comme vierge. On s’est interrogé sur sa sainteté éminente : celle qui devait engendrer le Très-Saint ne pouvait pas avoir été marquée par le péché. On pensait que Marie avait été sanctifiée dès le sein de sa mère. Mais deux traditions abordaient différemment cette question.
Une première tradition enseignait la sanctification de Marie avant sa naissance mais après sa conception.
Une deuxième tradition enseignait la conception immaculée de Marie, alors que les chanoines de Lyon la célébrait déjà.

Pouvons-nous résumer, sans caricaturer, ces deux traditions ?

La première tradition a été portée par Saint-Augustin  Saint Bernard et les grands théologiens scolastiques dont St Bonaventure, franciscain, et St Thomas d’Aquin, dominicain. Pour eux, Marie, naissant d’une union charnelle, a contracté le péché originel. Elle n’en a pas été préservée. Marie, comme tous les humains, a bénéficié de la Rédemption acquise par la Passion du Christ, ceci – par une grâce particulière - dès le sein maternel, mais après la conception, et par la suita n’a pas connu le péché.

La deuxième tradition est argumentée par l’école théologique d’Oxford, en Angleterre. D’abord par le secrétaire de Saint-Anselme2 puis par des grands théologiens3 dont leur élève, Jean Duns Scot, franciscain, qui a vécu entre 1265 et 1308. Pour lui, avant de penser à l’homme pécheur, il faut penser à l’homme sanctifié. Le dessein de Dieu n’est pas de créer des pécheurs pour les racheter ensuite mais de vouloir être aimé par des créatures libres  en qui la grâce divine agit en vue de la communion avec les personnes divines. Le péché originel ne se transmet pas par l’union charnelle mais est un acte de la volonté. Le Christ, en tant qu’homme, est la plus parfaite réalisation du dessein de Dieu. Marie a bénéficié de la plénitude de la grâce de la rédemption. Non seulement une grâce qui guérit comme le disait la 1e tradition, mais aussi, pour Marie, une grâce qui préserve. Cette grâce a totalement préservé Marie, dès sa conception, du péché originel. C’est ce que nous retrouvons dans la définition du dogme par Pie IX, six cents ans plus tard.

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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 21:14



Église de la Sainte-Trinité Sainte Nuit de Noël – 24 Décembre 2008

« Ne craignez pas, je viens vous annoncer une bonne nouvelle »

Une bonne nouvelle, cela fait toujours plaisir. D’autant plus qu’elle est accompagnée d’une naissance et d’un chant qui remplit la terre et le ciel. Noël, c’était une bonne nouvelle pour les bergers, il y a 2000 ans. Noël, est-ce encore une bonne nouvelle pour nous aujourd’hui ?

Noël, un Sauveur nous est né. C’est le premier aspect de la Bonne Nouvelle. Pour reprendre les termes d’Isaïe une lumière s’est levée sur ceux qui marchaient dans les ténèbres. A toute époque, les hommes et les femmes, dont nous sommes, sont confrontés aux soucis et aux incompréhensions de la vie : le mal existe, la maladie aussi ; des difficultés viennent parfois rendre délicats ou compromettre des chemins relationnels pourtant basés sur l’amour ; et puis la mort qui est là, arrivant dans la vieillesse ou de façon tragique et inattendue, frappant des personnes de tous âges.


Devant cela, nous nous révoltons parfois et  questionnons Dieu : où es-tu et que fais-tu ? Alors nous sommes parfois tentés de nous détourner de Lui ou de penser que si on était à sa place, on ferait autrement ! La Bonne

nouvelle de Noël, c’est que c’est Dieu lui-même qui vient à la rencontre des hommes et des femmes. C’est la lumière qui vient vers ceux qui marchent péniblement dans le noir. Ce n’est pas l’homme qui va vers Dieu, c’est Dieu qui vient vers l’homme pour le sauver, c’est à dire pour lui apporter la vie, le pardon, l’espérance. Tout cela par amour, parce que Dieu nous aime. Dieu n’a jamais voulu, ni le mal, ni la souffrance, ni la mort. Il est Amour et Vie.

Il vient nous rejoindre dans notre vie humaine en prenant lui-même notre condition humaine.

La 1e Bonne nouvelle, c’est que dans la naissance de Jésus, Dieu vient partager la vie des hommes. Il vient vivre avec nous.
« Voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». C’est le deuxième aspect de la Bonne nouvelle qui nous est signifié par l’Ange. On aurait pu s’attendre à plus d’apparat ! Mais non !  Quand Dieu vient rejoindre la vie des hommes, il ne prend pas des moyens grandioses : il prend des moyens simples et pauvres. Naître comme tout le monde et ceci sans grand logement : une grotte qui devait servir d’étable ! Ceci est tout à fait inattendu. Le Sauveur apparaît de façon très humble, comme Marie sa mère, et il le restera. Souvent il sera questionné et même contesté sur ces moyens modestes. Jésus restera humble et pauvre. Dans la crèche, nous aimons regarder l ‘humilité de Jésus. Il faut vraiment aimer les hommes pour venir vivre de façon humble parmi eux. Ce n’est pas une lumière qui aveugle ou qui fait fermer les yeux ! Non, la lumière qu’est Jésus épouse d’abord notre nuit, nos ténèbres pour les éclairer, non pas de façon artificielle de l’extérieur, mais de façon réelle de l’intérieur. La naissance de Jésus s’apparente plus au petit lumignon dont la flamme vacille mais qui réchauffe le cœur de l’homme plutôt qu’au spot qui fatigue celui qui le regarde. Si le premier aspect de la Bonne nouvelle, c’est que Dieu vient partager la vie des hommes, le deuxième aspect, c’est

qu’il le fait de façon humble et pauvre. Lui-même connaîtra la souffrance, l’incompréhension et la mort. Jésus ne fait pas semblant d’être homme.

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et Paix aux hommes qu’il aime ». Le troisième aspect de la Bonne nouvelle nous est donné par un chant. Pas n’importe quel chant et pas n’importe quelle chorale. Imaginez, le ciel s’est vidé et une troupe céleste innombrable est venue chanter . Qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien, qu’il y a un lien entre la gloire de Dieu et la vie des hommes à travers l’événement de Noël. Dieu révèle qui il est : il aime les hommes, il leur apporte la paix en leur donnant son fils Jésus le Christ. Dieu a tellement aimé le monde qu’il nous a donné son Fils. Saint Irénée disait que la gloire de Dieu c’est l’homme vivant. Dieu veut que l’homme vive. Et la naissance, l’incarnation de Jésus, nous dit que l’histoire humaine vaut la peine d’être vécue. Le chemin de l’homme et le chemin de Dieu se confondent et ne s’opposent pas. Saint Irénée continue en disant que la vie de

l’homme c’est la vision de Dieu. Être vivant c’est accueillir Dieu qui vient, en son fils Jésus, nous révéler son visage de Père. Quand nous contemplons Jésus dans la crèche, nous contemplons le visage de Dieu. Il en est de même sur la croix. Il y a un lien entre la crèche et la croix. Jésus qui naît, Jésus qui meurt ; comme nous, nous naissons et nous mourrons. Mais la mort n’est pas le dernier mot puisque par la Résurrection, Jésus est vainqueur de la mort, non pas en y échappant mais en la traversant. Cela donne sens à notre vie puisque la mort devient aussi pour nous un lieu de passage, une nouvelle naissance.

Voilà cette bonne nouvelle : Un Sauveur nous est né ! Un Sauveur qui vient pour faire de chaque vie humaine un chemin de vie ! Avec Marie, avec les bergers, avec tous les personnages de la crèche, regardons Jésus le Fils de Dieu. Avec l’Église, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, regardons Jésus, il vient dans cette eucharistie, toujours de façon humble, nous apporter le pain de la vie.
Fr. Jean Paul

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 18:05



Mot de bienvenue

Bienvenue à chacun de vous, dans cette église de la Trinité où nous célébrons aujourd’hui le 3° dimanche de l’Avent.
C’est le dimanche de la joie car Jean-Baptiste nous montre où est la vraie lumière : c’est Jésus lui-même. Cette lumière, nous l’avons reçue à notre baptême.
C’est le dimanche aussi où la paix est à l’honneur. « Sur toute la terre, faire la paix », tel est le thème proposé par Pax Christi. C’est pour nous l’occasion de prier pour la paix en chacun de nous et dans le monde.
Alors frères et sœurs, Paix et Joie à chacun de vous !






Homélie

Frères et sœurs, traditionnellement, le 3e Dimanche de l’Avent est le dimanche de la joie. On retrouve cette joie dans l’antienne d’ouverture, l’oraison et la bénédiction finale. On la retrouve aussi dans les lectures d’Isaïe et de Saint-Paul.
Pourquoi nous inviter à la joie ? Et pouvons-nous devenir joyeux parce qu’on nous y invite ? Nous connaissons tous des joies superficielles, des petits moments de bonheur liés à des évènements heureux mais parfois passagers ! Nous connaissons aussi des joies plus profondes qui se montrent moins mais qui sont liées à une paix intérieure ou une espérance tenace.
La joie de l’Avent s’apparente plus à ce 2e type de joie car c’est la vie de chacun qui trouve une assurance d’avenir dans l’attente de la venue de Jésus, le Christ. Les trois lectures nous ouvrent à cette joie.

L’Évangile d’abord ! Jean-Baptiste nous est surtout présenté aujourd’hui dans sa mission de prophète. Et pour être plus exact de témoin. On nous le présente comme l’envoyé de Dieu, un envoyé très humble qui se situe dans la suite du prophète Isaïe et qui annonce Jésus le Christ. Pour Jean le baptiste, Celui qui est attendu est déjà-là : « se tient au milieu de vous celui  que vous ne connaissez pas ». Il est aussi Celui qui est le Tout Autre et qu’on ne peut approcher. Il y a ces deux dimensions : quand Jean-Baptiste parle de la venue de Jésus c’est pour souligner sa proximité et sa sainteté. Notre joie, selon notre vie spirituelle, peut se nourrir de cette présence proche de Jésus, même si elle n’est pas toujours perceptible, et de sa sainteté, de son altérité, qui est de l’ordre de l’incommunicable. Voilà une source de joie. L’évangéliste  emploie le terme de lumière. Jésus est la Lumière et Jean-Baptiste nous montre cette lumière. Nous pouvons faire le lien avec la joie. Marcher dans la nuit, dans la difficulté est souvent éprouvant. Seule la présence d’une lumière peut permettre d’avancer, c’est cette proximité. Ou alors, l’espérance du jour qui va se lever permet de traverser la nuit sachant qu’il y aura une lumière naissante dans quelques heures. La lumière de Jésus n’est pas artificielle, elle illumine d’abord le cœur et le réchauffe ; elle est toute proche et en même temps au devant de nous : voilà la source de la joie.


La 1e lecture, tirée du livre d’Isaïe, exprime la mission du prophète et la réponse du peuple de Dieu. La mission du prophète s’enracine dans le dynamisme de l’Esprit de Dieu : c’est lui qui consacre et qui envoie. Jésus reprendra ce même passage d’Isaïe pour sa première prédication à la synagogue de Nazareth. Cette mission est une mission de libération : les portes s’ouvrent pour les gens. Ce qui était fermé devient ouvert. Ce qui était blessé, meurtri par la vie va être guéri. Ce texte, en termes plus théologiques, nous dit l’avènement messianique. Et le peuple répond à cela par un cri de joie « je tressaille de joie dans le Seigneur ». Le « je » est communautaire. C’est le peuple de Dieu qui retrouve l’alliance. Le psaume reprend le magnificat de Marie comme en écho. Marie est le visage de l’Église, nouveau peuple de Dieu, qui va ouvrir l’espace de la nouvelle alliance. La joie est ici une joie communautaire parce que Dieu vient soulager son peuple, mais plus encore le sauver. Cela se réalise de façon plénière par la venue de Jésus le Christ.


La 2e lecture, de St Paul, invite les chrétiens à être joyeux, et à l’être toujours . Ce toujours est important car il y a des moments où c’est plus difficile ! Comment faire quand ça va moins bien et que notre joie diminue ? Paul invite à prier sans relâche, à rendre grâce en toute circonstance et à discerner la valeur de toute chose. Tout n’est pas important de la même manière. Paul invite à laisser l’Esprit-Saint nous aider à discerner ce qui est bon, ce qui va permettre de grandir dans l’amour et dans la paix, ce qui va permettre d’unifier nos personnes. Quand nous sommes malheureux, nous sommes souvent tiraillés, écartelés. Paul nous invite à nous unifier et à retrouver le centre de notre vie, de notre personne. Ce centre, c’est Dieu lui-même qui nous aime et qui est fidèle. La joie des chrétiens, c’est, à travers les événements de la vie, croire que le Seigneur accomplira sa promesse de bonheur qui se révélera au moment de la venue du Christ, à son retour. Nous avons cet horizon qui est pour nous espérance et source de joie.

Je reprends un peu ces trois invitations à la joie :
d’abord le Christ qui est notre lumière, la lumière de chacun. C’est symbolisé pour nous par les lumières de l’Avent. C’est une lumière qui réconforte !
ensuite le fait d’être ensemble, d’être le peuple de Dieu, l’Église en qui nous reconnaissons Jésus comme celui qui nous rassemble et nous apporte le salut. Tous ces rubans multicolores disent notre diversité en même temps que notre unité dans la même source : le Christ.
Enfin l’horizon qui est devant nous. Nous savons où nous allons même si le chemin est dur. C’est le chemin de Jésus, nous le célébrons dans cette eucharistie.

 

 

Fr Jean Paul

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 00:28

 

Veillez : par quatre fois Jésus nous invite à la vigilance. C’est le temps de l’avent !

Non avant comme ce qui précède, mais avent comme avènement, venue, arrivée !

C’est toute notre vie chrétienne qui est sous ce signe de l’avènement continuel de Jésus.

Connaissez-vous les derniers mots du dernier livre de la Bible, l’apocalypse ? « Marana tha ! Viens Seigneur Jésus ! »

Chrétiens, nous sommes des êtres de désir ; le temps de l’avent nous le rappelle en mettant le projecteur sur ce qui vient en nous invitant à renouveler notre vigilance : veillez ! Quelque chose – non quelqu’un - va arriver, et il vous faut être prêt.

A Noël, nous allons célébrer l’anniversaire de Jésus, sa première venue, événement capital, qui engage toute la suite.

Mais Jésus nous a promis qu’il reviendrait aussi en gloire, un jour, qui sera la fin des temps. Lorsqu’il essuiera toute larme et rassemblera dans l’unité l’humanité de tous les temps et le cosmos mené à son accomplissement.

Je me pose parfois une question, qui est présente dans les évangiles : Quand aura lieu cette dernière venue, cet accomplissement ? Pourquoi tarder autant ? Jésus dit que, même lui, le Fils unique, il ne connaît pas l’heure et le jour. Pourtant, je crois que Dieu brûle de voir accomplir son royaume, qu’il souffre des gémissements de la création en enfantement de sa gloire. Oui, si ça pouvait se faire plus vite, Dieu le ferait. « He can do it ! » Alors ? Alors pourquoi n’abrège-t-il pas ces souffrances ? Qu’est-ce qui le retient ?

Cette question – et sa réponse – éclaire, je crois, le sens de notre attente en ce temps de l’Avent.

Pour comprendre, voyons peut-être ce qui s’est passé lors de la première venue :

Depuis l’origine, Dieu a choisi d’associer l’homme au destin de l’univers. Dieu a besoin de l’ouverture de l’homme et de son évolution. Ainsi la première venue, au Noël de Bethléem marque une étape. Il avait fallu des milliers d’années pour que l’humanité arrive à une certaine maturité de foi au sein du peuple d’Israël. Il avait fallu des générations pour qu’une petite jeune fille au sein de ce peuple puisse offrir à Dieu l’espace de pauvreté, d’amour et de foi où il puisse s’incarner. Oui, il a fallu une longue maturation de l’humanité pour permettre l’incarnation, et chaque homme du peuple de Dieu au long de l’histoire n’a pas perçu en quoi il était un maillon important de ces avancées.

Et en même temps, quand nous contemplons Noël, ce qui advient est absolument disproportionné à l’effort humain. Il y a eu un écart incommensurable entre ce qui était attendu de l’homme et ce que Dieu a réalisé, donné : lui-même comme un homme. Nous le voyons, autant il a fallu que l’humanité se prépare, ouvre son attente, autant ce n’est pas l’effort de l’homme qui fait naître Dieu dans le sein de la vierge Marie. L’homme ne peut que s’ouvrir à accueillir l’inouï de Dieu.

Dites, frères et sœurs, si Jésus n’est pas encore revenu, ne serait-ce pas parce qu’il attend le moment favorable, une maturation suffisante de l’histoire humaine, un degré de maturation dont lui seul connaît les critères. J’avoue être parfois découragé devant l’impression que l’humanité ne grandit pas, et parfois même qu’elle régresse. Dans le même temps, comme à Noël, il sera capable de faire émerger une réalité bonne et nouvelle au sein d’une humanité pagailleuse et surprise. Cet accomplissement, à nouveau sera sans proportion lui aussi avec ce qu’aura fait l’homme pour s’y préparer. Dieu fera toute chose nouvelle. Mais le délai, le temps qui nous est donné dit que quelque chose qui doit s’accomplir par les hommes pour que puisse advenir enfin la fin heureuse et glorieuse.

Qu’est-ce que cela signifie pour nous qui sommes dans l’entre deux de sa venue ? Cela signifie qu’il s’agit pour nous de hâter la venue définitive en aidant Dieu à advenir dans nos vies et dans nos cœurs, dans nos relations, dans notre pays, dans notre monde. Voilà la bonne nouvelle qui nous sera répétée tout au long de l’avent : nos vies, si modestes soient-elles, peuvent contribuer à la gestation de l’humanité nouvelle ; c’est ce qui fait notre grandeur.

Sa venue ne peut se réaliser qu’avec la connivence des libertés humaine : c’est cette connivence que nous avons à mettre au monde, nous les croyants : nous sommes cette humanité en enfance qui exige croissance et accomplissement. Le Christ, ne cesse de venir en nous, présent déjà dans notre attente même. Alors, faisons de la place dans nos vies, allégeons nos agendas et multiplions les gestes pour l’unité entre les hommes, à tous niveaux.

Il y a bien des manières d’attendre.

On peut attendre comme on attend un train : on est sur le quai, on s’occupe au mieux, et de toutes manières, l’arrivée de train, à l’heure ou pas, de dépend pas de nous. On peut même dormir en l’attendant, si on a le temps.
 Une toute autre manière d’attendre est la manière de vivre de la femme qui attend un enfant. Sans impatience ni fébrilité elle a mille manières de faire grandir au mieux ce qu’elle porte en elle. Elle veille à sa propre nourriture et à sa santé, et elle est capable pour cela de s’imposer des restrictions, des régimes, du repos ou, au contraire, des mouvements préparatoires à l’accouchement.
N’attendons pas la venue du Royaume de Dieu comme on attend le train ! La femme attend ce qui est déjà en elle. Nous aussi. Elle attend ce qu’elle ne peut imaginer complètement, nous non plus !

Dans l’entre deux de nos vies et de notre histoire, toute notre vie est grosse de cette vie de Dieu qui va vers son accomplissement. Nous sommes cette humanité – corps du Christ - qui vient et advient sans cesse, patiemment, progressivement, jusqu’au jour du Christ.

Frères et sœurs, notre vigilance peut être simple : une seule parole sur nos lèvres, un seul désir dans nos cœurs, une ouverture sur chaque inspiration de notre souffle : « Maranatha : viens Seigneur Jésus ! »

Frère Eric
 

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 22:18

.. et « exemple » de l'homme dans la réflexion théologique franciscaine



Seigneur, je t'en prie, que la force brûlante et douce de ton amour prenne possession de mon âme et l'arrache à tout ce qui est sous le ciel, afin que je meure par amour de ton amour, comme tu as daigné mourir par amour de mon amour. Amen.


En reprenant le thème de la centralité du Christ dans la vie de François, il faut affirmer que toute la création révèle la beauté de Dieu pour François, mais seulement l'humilité du Christ révèle l'amour de Dieu, un amour inépuisable tout comme son humilité qui est sans mesure.

 

Dans une prière François exprime sa conscience profonde du dialogue entre le Père et le Fils : Indigents et pécheurs que nous sommes tous, nous ne sommes pas dignes de te nommer; accepte donc, nous t'en prions, que notre Seigneur Jésus­Christ, ton Fils bien-aimé en qui tu te complais, avec le Saint-Esprit Paraclet, te rende grâces lui-même pour tout, comme il te plaît et comme il lui plaît, lui qui toujours te suffit en tout, lui par qui tu as tant fait pour nous. (Première Règle 23).
François d'Assise voit en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait chair, le « modèle » que le Père avait devant ses yeux lorsqu'il a imaginé et crée l'être humain. Celui-ci donc doit reconnaître que les racines et les origines de son être trouvent un sens en Jésus Christ : modèle et « exemple » d'une vie authentique, comblée de béatitude même au cours des persécutions. Par conséquent il est tout à fait logique de vivre une « libre dépendance » à l'égard du Christ qui doit, pour François, non seulement guider mais aussi former et « façonner » la vie de ceux qui le suivent. Puisque la vie de Jésus sur terre a été un « dépouillement » par amour, la vie de l'homme doit aussi être vécue dans la « minorité ». C'est dans la minorité que l'homme rejoint la vérité de son être ; lorsque nous nous reconnaissons pauvres, dépendant de Dieu de qui nous recevons tout, nous seront capables aussi de remettre notre existence entièrement dans les mains du Père dans la louange et l'action de grâce. Cette vie « de pénitence » est pour le saint d'Assise une vie vraiment libre : libre des désirs de possession, d'accumulation des biens de cette terre, de l'anxiété de « l'avoir et de posséder », libre de vivre lai oie d'être avec le Christ louange de Dieu le Père.

 

Saint Bonaventure


Dans sa réflexion Bonaventure part de Dieu le Très Haut qui descend vers le « bas » où habitent toutes les créatures et en particulier l'homme, « issu et sorti de Dieu, pour «remonter» vers le Très Haut en Jésus Christ avec toute la Création « re-introduite » en Dieu.
Ce sont les mystères de la vie de Jésus qui révèlent de façon particulière l'amour et l'œuvre de Dieu et le chemin que l'homme doit parcourir comme réponse à l'amour reçu et accueilli. Cette réponse à l'amour jaillit d'une vie rachetée et renouvelée par l'œuvre rédemptrice du Christ qui libère en l'homme des forces vives d'amour pour pouvoir retourner à Dieu. Il arrive à définir soi-même comme «serviteur de la croix du Christ» car il voit dans le mystère de la croix le visage plus éloquent de la révélation de l'amour de Dieu. La passion et la mort de Jésus ont été un « excès » de pauvreté, d'humilité mais aussi d'amour, un amour ardent allumé dans le monde et dans l'histoire. Il n'hésite pas à dire que c'est la forma vitae proposé à tout homme pour qu'il se modèle sur le modèle divin : Jésus Christ. L' «union transformante» avec le Christ humble et crucifié permet à l'homme de vivre sa vie comme un pèlerinage - passage vers le Père (transitus).


… le Fils de Dieu ne s'est pas incarné principalement pour restaurer l'humanité déchue. Le Fils de Dieu a été le modèle de toute l'humanité créée en vue de l'incarnation qui devait révéler l'excès d'amour qui habite le cœur de Dieu. Nous en déduisons que la vie et la passion de Jésus, n'ont pas été vécue principalement pour le salut de l'homme mais comme la révélation de l'amour et de la miséricorde de Dieu.


La croix et la passion de Jésus dans leur dimension plus profonde sont pour le docteur séraphique le « sacrement de l'amour » de Dieu. Un amour débordant qui habite Dieu et qu'il a voulu manifester et réaliser « à l'extérieur » de lui­même (ad extra). La souffrance de Jésus devient alors non pas un lieu de faiblesse où on peut contempler le déchaînement de la haine de l'humanité. Elle est l'expérience concrète de l'amour, de la petite semence de grain qui est enseveli pour renaître à la vie nouvelle. La théologie de Bonaventure est extrêmement positive. Elle exalte la vie qui dot être vécue comme une réponse d'amour à l'amour même devant l'expérience douloureuse de la mort. Il rejoint ainsi les écrits et la pensée de Saint François.

 

Bienheureux Jean Duns Scot (1266 - 1308)



Ainsi l'incarnation du Fils de Dieu aurait eu lieu même si Adam n'avait pas péché car Jésus était destiné en priorité à rendre à Dieu gloire, honneur et louange dans la manière plus parfaite au nom de toutes les créatures et en particulier au nom de l'homme et la femme. Jésus nous révèle alors que chacun de nous est créé par amour. En se donnant librement en communion avec Jésus Christ, lui qui toujours suffit en tout au Père, tout homme trouve le plein épanouissement de sa personnalité. Pour ce faire l'homme doit accepter un certain « abaissement » par amour, a savoir comme l'abaissement de Jésus: « Voyez, frères, l'humilité de Dieu, et faites-lui l'hommage de vos cœurs. Humiliez-vous, vous aussi, pour pouvoir être exaltés par lui. Ne gardez pour vous rien de vous, afin que vous reçoive tout entiers Celui qui se donne à vous tout entier. » (lettre à tous l'ordre). Il s'agit d'un « abaissement » qui crucifie et enrichit en même temps. Cette révélation est celle d'un Dieu « humble et pauvre » qui se revêt de faiblesse, totalement différent d'un dieu fort, guerrier, vengeur fruit de nos fausses images de la divinité. Et pourtant c'est la faiblesse de l'amour qui sauve et qui transforme le monde. 

Les philosophes et les théologiens du moyen âge pensaient toujours que « ce qui est premier est aussi la cause et le but des autres qui suivent ». Dans cette perspective ce n'est pas l'homme qui à été le modèle de l'humanité du Fils de Dieu mais exactement le contraire ; nous avons été créés selon le modèle qui est Jésus Christ dont l'humanité en corps et âme existait depuis l'éternité dans la pensée et dans le cœur de Dieu le Père. Par conséquence, la révélation du Fils de Dieu aux hommes manifeste en même temps le visage miséricordieux de Dieu et ce que devrait devenir un être humain : ressemblant au Christ ! Il anticipe ce que le Concile Vatican II et Jean Paul II ont dit : Jésus révèle pleinement l'homme à l'homme lui-même.
L'image de Dieu que les théologiens franciscains ont diffusé est celle d'un Dieu qui est « amour communicatif ». Dieu ne garde pas en soi le bien et l'amour qu'il est en soi-même, mais il veut le partager en dehors de sa nature divine. Il s'abaisse vers les créatures pour les enrichir de son amour ; en quelque sorte il se livre à ses créatures pour les combler de ce qu'il est, sans les anéantir mais en dialoguant avec elles avec l'humilité, la douceur et la discrétion que nous contemplons en Jésus Christ. Le Fils de Dieu est celui à travers qui et en qui tous les hommes ont été aimés, créés et façonnés. Dieu le Père les a créés en utilisant comme modèle la perfection et la beauté de la deuxième personne de la Trinité.François, à partir du débout de sa conversion, veut « marcher à la suite de Jésus Christ », « mettre ses pas dans ses traces » et « observer fidèlement les Paroles, la vie, et la doctrine » de Jésus. Il choisit Jésus Christ comme point de repère précis de toute son existence. Le Christ auquel François se réfère est « le Très­ Haut et Souverain Seigneur » et en même temps « Celui qui est descendu dans le sein de sa Pauvre Mère », celui qui s'est fait pauvre et serviteur. Les « mystères » de la vie du Christ de l'incarnation à la résurrection deviennent pour le saint d'Assise les traces à suivre et auxquelles se conformer. Fondamentalement François découvre le visage de Dieu en Jésus Christ et en Jésus Christ ce que devrait être l'homme vraiment épanoui, comblé, réalisant sa vocation à vivre dans l'amour ; Jésus est pour lui chemin, vérité et vie, celui qui révèle le visage de Dieu et le visage de l'homme à l'homme lui-même. En particulier le visage de Dieu que François découvre en contemplant la vie et la personne de Jésus est le visage d'un Dieu qui se « dépouille » et se donne totalement en se donnant à l'homme dans une radicale humilité, dépourvu de sa toute - puissance. Le but de cette auto-donation de Dieu est le bien et le bonheur de l'homme, appelé à faire de ce don que Dieu lui fait le « tout » de sa vie. Dans une prière François synthétise cette dynamique
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