Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 14:14

  RATZ

Extraits de "Voici quel est notre Dieu"

 

 

Quelqu 'un qu 'il ne faut oublier en aucun cas s'appelle Jean Bernardone, \ Ils l'ont nommé Francesco, le petit Français, parce qu'il aimait bien les\ chansons françaises. Sa vocation est une histoire touchante. Peut-on dire que \ François ait sauvé l'Eglise du naufrage ?

 

Je dirais que l'Eglise n'aurait sans doute jamais totalement sombré, ; mais, dans la grande crise qu'elle traversait, ce qu'il a fait fut décisif.Nous connaissons tous ce songe du pape : il voit la basilique du Latran s'effondrer sur lui et voici qu'arrive un homme qui la soutient. Innocent III a vu en cet homme François d'Assise et l'a fait venir chez lui.Lui, le grand politicien, a reconnu que cet homme apolitique vivant l'Evangile de manière radicale était la force qui pouvait donner à l'Eglise ce que lui-même, malgré tout son savoir-faire politique, n'a pas su lui donner. L'Eglise avait besoin d'un renouveau charismatique venant de l'intérieur, une nouvelle flamme de la foi, et pas seulement du savoir-faire et dela stratégie d'une administration et d'une organisation politique. Il est important de voir quelle fut l'efficacité de cette parole du Christ « Suis moi ! », suis-moi d'une manière radicale. Que d'impulsions et de réponses sont issues de là! L'Église espère que là où elle devient une habitude et menace de sombrer surgissent par la force de l'Esprit de nouveaux départs. Des renouveaux que personne n'avait planifiés, mais qui proviennent d'hommes en état de grâce et qui mettent en valeur de manière nouvelle la fécondité de l'Évangile.

François fut l'un de ces hommes. Après une jeunesse légère et frivole, il fut saisi subitement par l'exigence radicale de l'Évangile et l'a vécue avec enthousiasme et joie. Il ne pensait pas fonder un ordre, le monachisme lui suffisait. Dans cette situation où le christianisme était recouvert par la grisaille de l'égoïsme quotidien comme d'une chape de plomb, il voulait simplement annoncer l'Évangile et rassembler le peuple pour le Seigneur. Il ne voulait annoncer que le pur évangile, le sermon sur la

montagne, qui remue les hommes et les mobilise intérieurement et extérieurement pour le Christ.

Delà est né, presque contre son gré, ce mouvement qui, finalement, plutôt contre sa volonté, a pris la forme juridique d'un ordre. Le pape avait reconnu avec justesse que cette nouvelle présence de l'Évangile que visait François avait besoin d'outils, et qu'il fallait donc donner à ce mou­vement une constitution juridique. C'est finalement là le drame intérieur immanent de l'ordre franciscain : le désir d'une vie évangélique radicale qui fait éclater les structures institutionnelles et qui aspire à plus de liberté et plus de pauvreté, qui doit pouvoir être compatible avec la nécessité de trouver des formes qui permettent sa réalisation dans le cadre d'une com­munauté humaine normale. Mais c'est justement cette flamme intérieure, tendant à dépasser ce qui est purement institutionnel, qui a permis à l'ordre de prendre conscience de sa fonction permanente dans l'Eglise.

C'est en vérité l'Église elle-même qui vit ce dilemme : que nous devrions tous quitter plus radicalement les compromis de nos vies. Mais s'il nous faut vivre ces compromis dans le monde tel qu'il est, il faudrait du moins porter en nous l'aiguillon de cette inquiétude, et ouvrir notre vie et celle du monde à toute la grandeur de l'Evangile.

 

François ne voulut jamais devenir prêtre. Pourquoi?

 

C'était un homme très humble. Ce terme prend chez lui son sens étymologique. Il voulait être de ceux qui sont petits devant Dieu, ceux à qui il est dit par le Seigneur que l'Évangile leur est particulièrement révélé. Dans la structure corporative de son temps, le sacerdoce était apprécié dans le monde des privilégiés, et François, dans la consciente simplicité de volonté de servir, n'a pas souhaité y accéder. Il voulait rester un simple homme évangélique, le chantre et le héraut de Dieu. D'après la tradition il était toutefois diacre, celui qui, dans la liturgie, proclame l'Évangile. Il voulait être évangéliste. Le diaconat, ce sacrement du ser­vice, lui paraissait être la forme adaptée à sa vie.

Repost 0
Published by Fraternité Franciscaine Séculière - dans Formation
commenter cet article
16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 12:26

Battite

Je vous propose de vivre un temps de récollection, un temps de méditation à propos de l’obéissance en nos vies de chrétiens, de franciscains
Il ne s’agit pas d’une session. Non seulement je ne prétend pas être exhaustif, mais encore j’ai même délibérément fait le choix de ne pas aborder certains aspects. Pourquoi ? D’abord cela nous entrainerait trop loin, mais c’est essentiellement pour nous inviter à nous recentrer, à nous rassembler intérieurement autour de ce à quoi nous sommes appelés, avec la Grâce de Dieu et que nous courrons toujours un peu le risque de perdre de vue.
Que cela puise apparaître idéal n’aura rien d’étonnant. Aidons-nous à ne pas rester le nez sur le guidon. Osons avancer chacun à notre rythme, en eau profonde, encourageons-nous fortifions-nous, stimulons-nous…


Obéissance et estime de soi
Pas simple de parler aujourd’hui d’obéissance , surtout devant des parents et des grands-parents ! Pas simple d’inviter des adultes à réfléchir sur ce que pour eux-mêmes elle représente, même si ces adultes sont frères et soeurs en famille franciscaine.
Nous le savons assez et les sciences humaines sont là pour le confirmer, nos propres histoires, nos éducations ont beaucoup joué pour nous amener chacun à apprécier aujourd’hui ce que signifie obéir ; pour nous amener aussi à penser à ce que veut dire désobéir.
Je vous propose justement d’écouter un témoignage. Témoignage d’adulte, témoignage d’une femme vivant une vie communautaire (une soeur clarisse). Même si ce n’est pas ce que vous vivez exactement, je pense que vous vous y retrouverez :
Elle me disait notamment ceci : « Je n’aime pas le mot obéissance. Spontanément il évoque pour moi, autorité, pouvoir, soumission, abnégation, dépouillement. Autrefois, obéir c’était suivre des consignes, des rites, des principes. Toute autorité semblait m’imposer ses vues, souvent différentes des miennes. Peu de concertation, consultation, dialogue préalable pour échanger des points de vues, reconnaissance des raisons de l’autre, de ses manières de voir les choses. (…) Naturellement indépendante, devant certaines incompréhensions, utopies, incompétences de l’autorité, ce fut dur à vivre (…). Je l’ai ressenti comme un manque de confiance, de reconnaissance (…) Dieu soit loué, les choses ont changé aujourd’hui ; il y a une plus large marge de liberté. Chacune est davantage renvoyée à sa propre responsabilité et à sa conscience, mais c’est beaucoup plus exigeant au niveau des choix, des décisions, au risque de se tromper. Ce qui m’aide alors, c’est un climat de plus grande confiance avec l’autorité, et un plus grand respect des personnes, avec la prise en compte de nos aptitudes et de nos limites. (…)».


Une autre soeur disait ceci : « ( à propos de l’obéissance ) Si je sens qu’à ce niveau ça dévie, ou si je sens une volonté personnelle (autoritarisme) je résiste, souvent en silence, mais le dialogue est difficile. (…) Si dans ma conscience, je sens que le Seigneur me demande autre chose que l’autorité me demande, j’ai le devoir de dire non (…) ».


Autre témoignage encore, celui-là d’un jeune papa, membre d’une fraternité séculière. Voici ce qu’il m’écrivait un jour :
Sans m'attarder dans mon histoire, j'ai eu beaucoup de mal à trouver une place face à l'autre. Mes parents qui étaient paysans ont tout fait pour s'effacer, ne pas faire de remous. Comme ils le disent, ils n'avaient pas de place dans la société et faisait un métier peu reconnu de l'extérieur et même parfois méprisé à l'époque. Ils m'ont transmis cette idée que mon avis, mon ressenti n'avait pas de valeur, que finalement ma place face aux autres n'avait que peu d'importance.
Il m'a fallu du temps pour me positionner en tant que Bernard et pouvoir dire mon ressenti, mon avis.
Et aujourd'hui, j'entends souvent chez les Franciscains, il faut s'effacer, se fondre dans le désir de Dieu, être humble et discret. Fondamentalement, je ne peux pas l'accepter parce que c'est nier mon existence propre. C'est remettre en cause l'une des grandes batailles de ma vie, c'est à dire exister en vérité face à l'autre (…)»


Dans son ouvrage intitulé le « Travail de la Foi » 1p.139, Marcel LEGAUT souligne combien il est important de : « Faire prendre conscience de soi à l’individu sans le rendre individualiste. Mettre en valeur sa singularité essentielle sans faire de lui un être excessif, incapable de toute communication réelle, (…). L’ouvrir à la liberté sans le faire tomber dans l’anarchie ».
Prendre conscience de sa singularité, de l’importance de ses talents (pour faire bref). Nous le savons, il s’agit là d’un travail de longue haleine, tellement nous sommes, ou nous avons pu être exposés à la dépréciation. Le milieu dans lequel nous avons grandi, l’éducation que nous avons reçue, peut-être même la formation religieuse qui nous a été donnée, tout cela a pu contribuer à nous fragiliser au mauvais sens du mot, au point même que, parfois, sans nous l’avouer nous avons peut-être besoin de prendre notre revanche (pensez à Bernard ; pensez à propos de la question de l’obéissance à la difficulté de certains, jeunes et moins jeunes dans le rapport à l’autorité).
Faire prendre conscience de soi à l’individu : Nous touchons du doigt ici une dimension fondamentale au devenir de toute personne et ce, dès l’enfance, puisqu’il s’agit d’éducation. Eduquer vient du verbe latin educere, dégager, mettre au jour, faire paraître, faire sortir. Qu’est-ce qui va pouvoir être mis au jour ? La vérité d’une personne concrète. Sa vérité, dans le sens de sa réalité, de sa singularité.
Allons plus loin : pour connaître la vérité profonde d’une personne, il faut donner son juste sens à son histoire, à ses blessures, à ses qualités et à ses faiblesses, à ce qu’elle dit d’elle-même et à ce qu’elle ne dit pas.
  Marcel LEGAUT, Travail de la foi, Livre de Vie n°10, Seuil, 1962

Eduquer, former…

Comme le fait remarquer Amadeo CENCINI dans son ouvrage intitulé en français « Eduquer, Former, Accompagner » , « à quoi sert une formation, si l’on n’a pas d’abord aidé la personne à se connaître, à savoir ce qu’elle porte en elle ? » p.12.
Faire prendre conscience de soi à l’individu : Le risque, pour ne pas dire la tentation, c’est quand cette conscience-là qui fait que je suis unique, quand cette conscience est érigée en absolu. C’est à ce moment-là que tout peut basculer. Je m’accroche à mon point de vue, je le défends mordicus, etc., etc. ou bien je n’en fais pour ainsi dire qu’à ma tête ; je suis dans mon droit. J’ai des besoins et je veux absolument les faire valoir, sans plus considérer l’autre pour ce qu’il est réellement.
Amadeo CENCINI parle notamment à ce propos, de malentendu, et de malentendu dans le sens où l’on peut se leurrer sur soi, et du coup sur la façon dont on pense pouvoir être heureux. Il prend un exemple : « Si je m’attends à ce que les autres ne disent que du bien de moi, si j’ai besoin de reconnaissance, d’applaudissements, d’avancement, de promotion…comment pourrai-je comprendre l’Evangile qui parle du grain de blé tombé en terre ? Comment pourrai-je comprendre Jésus en marche vers le Calvaire ? » (p.32) . CENCINI ajoute :
« Tant que l’homme manquera de courage pour nommer son conflit central de façon précise, il en restera esclave, sans le savoir et sans savoir reconnaître les conséquences de cet esclavage tout comme les Hébreux qui, bien qu’étant sortis d’Egypte, gardaient toujours dans leur coeur la nostalgie de l’esclavage » (id.p.32)
Or nous sommes appelés à la liberté, à la liberté des enfants de Dieu. On verra ce que cela peut vouloir dire à propos de l’obéissance enseignée par Jésus.
Autre idée force que l’on retrouve chez Marcel LEGAUT et que rejoint la perception franciscaine : la fidélité au meilleur de soi comme gage d’obéissance à soi.
Contentons-nous pour l’instant de préciser que cette notion d’obéissance dont il s’agit, n’a rien à voir avec de l’égocentrisme, surtout si nous en vivons à la lumière de la foi.
Etre au plus près du meilleur de soi. Tâcher d’être fidèle à ce meilleur de soi tient au fait que je sois unique aux yeux de Dieu ; que je sois une histoire sacrée et qu’Il m’ait appelé par mon nom ; que je sois membre de Son Corps, que je sois temple de Son Esprit ; que je sois Son fils, Sa fille.
La fidélité au meilleur de soi est un gage d’ajustement à ce quoi Dieu m’appelle ; la marque de l’unification intérieure . Marque, ou plutôt appel à l’unification pour que la grâce divine vienne féconder tout mon être, mon désir le plus profond et ma volonté ; les dilater et que mes talents s’en trouvent multipliés au centuple, pour reprendre la parabole des talents (Cf.Mt.25, 14-30).
François d’Assise écrit ceci dans l’admonition 5 : « (1) Considère, homme, dans quelle excellence t’a placé le Seigneur Dieu : il t’a créé et formé à l’image de son Fils bien-aimé quant au corps et à sa ressemblance quant à l’esprit. (2) Et toutes les créatures qui sont sous le ciel, chacune à sa façon, servent leur créateur, le connaissent et lui obéissent mieux que toi. ».
Notons bien qu’il est question d’obéissance.
  Amadeo CENCINI, Eduquer, Former, Accompagner »(sous-titre :une pédagogie pour aider une personne à réaliser sa vocation, Edition des Béatitudes Mars 2007

Nous sommes comme toute créature, fondamentalement appelés à donner notre mesure…
Notre mesure à nous, c’est l’amour. Etant aimés par Dieu d’un amour inconditionnel, nous sommes fondamentalement, intégralement faits pour aimer. Ecoutons à nouveau François d’Assise :
« 1 R,8 Aimons tous le Seigneur Dieu de tout notre coeur, de toute notre âme, de tout notre esprit, de tout notre pouvoir et courage, de toute notre intelligence, de toutes nos forces, de tout notre effort, de toute notre affection, de toutes nos entrailles, de tous nos désirs, de toutes nos volontés. »
et Pater 5 : « Que nous t’aimions : de tout notre coeur en pensant toujours à toi ; de toute notre âme en te désirant toujours ; de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne poursuivant toujours que ta seule gloire ; de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de ton amour et de rien d’autre. Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes : en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir, en partageant leur bonheur comme s’il était le nôtre, en les aidant à supporter leurs malheurs, en ne leur faisant nulle offense. »
L’enthousiasme de François est assez incroyable. Rien ne paraît l’arrêter. Rien ne paraît devoir faire obstacle à sa foi, à son ardeur, à sa ferveur, à son dynamisme. A croire qu’il ne connaissait pas la psychologie humaine. Or au contraire François était fin connaisseur de l’âme humaine. Pensez au texte des admonitions.
Savourons pour autant son enthousiasme pour nous en abreuver, nous en nourrir.
Aujourd’hui l’on serait spontanément plus mesuré. Je pense ici à ce qu’Amadeo CENCINI écrit dans l’ouvrage déjà cité : Il parle « d’apprendre progressivement à concentrer sa vie, ses pulsions, ses limites, ses sentiments, ses instincts, ses projets, ses passions, ses rêves ses relations autour ce de centre vivant et ardent qu’est le Christ. Tout ce qu’il fait, tout ce qu’il est ! Souvenons-nous de la multiplication des pains, lorsque Jésus, après avoir fait ce miracle dit aux apôtres d’en ramasser les restes. Nous sommes appelés à faire la même chose : ramasser toute notre vie, y compris ses débris, et la concentrer autour de ce centre ardent, vivant ». (ibid.p.88).
Aimer vraiment en fait n’est pas simple. Retrouvons notre François d’Assise fin psychologue et fin spirituel : dans 2 Fid. 26-27 :
« 26 Puis, aimons notre prochain comme nous-mêmes. 27 Et si quelqu’un ne veut pas ou ne peut pas aimer son prochain comme lui-même, qu’au moins il n’aille pas lui faire du mal, mais qu’il lui fasse du bien. »
En tout cela, nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes ; ou plutôt il nous appartient de nous en remettre à Celui qui est la Source de tout Bien :
Pater 8 : « Et ce que nous ne pardonnons pas pleinement, toi, Seigneur, fais que nous le pardonnions pleinement ».

Appelés à devenir de plus en plus nous-mêmes, de plus en plus hommes et femmes, de plus en plus fils et filles de Dieu, de plus en plus frères, soeurs de Jésus, c’est en qualité de relation à Dieu que le meilleur de nous-mêmes va advenir.
Obéissance à soi donc qui est obéissance à cet appel fondamental à vivre en fils et filles de Dieu.
Voilà l’obéissance à laquelle jésus, l’aîné d’une multitude de frères nous convie.


L’obéissance chrétienne
Existe-t-il une obéissance chrétienne ? Oui. C’est celle qu’a vécu Jésus de Nazareth. C’est lui notre maître ; Lui le Chemin, la Vérité, la Vie. C’est de Lui qu’il s’agit d’apprendre.
C’est aussi pour moi une façon de nous provoquer à ne pas nous lasser de méditer ce que fut sa vie parmi nous, ses attitudes, ses choix. A ne pas nous lasser de méditer la Parole de Dieu pour s’en imprégner de plus en plus malgré que la « voie étroite » ne soit pas évidente à suivre.
Je pense aussi à ces propos de Marcel LEGAUT ( Le travail de la foi , p.136) : « Jésus, semble-t-il, en manifestant à ses disciples la grandeur de l’amour divin qui les atteint et les appelle personnellement, les a conduits, par son exemple et surtout par le rayonnement de sa vie, sur le chemin d’un accomplissement spirituel propre à chacun d’eux (…) »
Entrevoir qui fut Jésus, qui est Jésus, c’est dépasser le savoir par coeur du Jésus du catéchisme. C’est reconnaître le mystère qu’il est (St Paul parle beaucoup du Mystère du Christ). C’est découvrir la portée de sa vie humaine. C’est cheminer intérieurement vers lui, devenir son disciple en prenant davantage conscience de moi qui vais vers lui, qui me reçoit de lui. C’est m’ouvrir à son message comme à sa présence.
Avoir foi en Jésus, c’est faire mémoire de lui en communiant à sa vie, à sa mort, à ce qu’il est devenu pour mon propre accomplissement d’homme, pour l’accomplissement de chacun de nous, en nos vies d’hommes et de femmes en marche.
Je distingue l’accomplissement de l’épanouissement. Accomplir vient du latin complere qui signifie remplir et ainsi par extension réaliser complètement, achever (Cf. Le Petit Larousse)…s’accomplir revient ainsi à se réaliser. Epanouir vient de la vieille langue des francs et veut dire étendre ; d’où, par extension l’idée de se développer dans toutes ses potentialités.
L’accomplissement ne se réduit pas à l’épanouissement ; mais en quelque sorte il l’a suppose (pensez à Bernard).

S’inspirer de ce que fut la vie de Jésus, et particulièrement de son consentement à vivre de l’amour du Père, à vivre de son obéissance à cet amour, c’est accueillir à partir de là ce qui s’amorce en soi, ce qui émerge de soi et par soi ; par là aussi atteindre progressivement le sens de sa propre vie, de notre propre vie.
Sous le rayonnement de Jésus, le disciple s’ouvre à des exigences intérieures, reçoit la force de les accueillir et d’y correspondre.
Correspondre à Jésus obéissant librement, c’est s’efforcer à se pénétrer de son esprit plus qu’à se conformer à je ne sais quelle obligation ; c’est viser, par Grâce à lui ressembler. François d’Assise parle de suite du Christ, Ste Claire et St Bonaventure d’imitation du Christ. N’opposons pas ces deux notions, elles évoquent un même appel, un même destin, celui des baptisés que nous sommes.
Notre accomplissement est en Jésus. Ecoutons le cardinal BERULLE ( + 1629): « Jésus seul est notre accomplissement, et il nous faut lier à Jésus comme à celui qui est le fond de notre être par sa divinité ; le lien de notre être à Dieu par son humanité ; l’esprit de notre esprit, la vie de notre vie, la plénitude de notre capacité. Notre première connaissance doit être de notre condition, manquée et imparfaite ; et notre premier mouvement doit être à Jésus comme à notre accomplissement ; et en cette recherche de Jésus, en cette adhérence de Jésus, est notre vie, notre repos, notre force et toute notre puissance à opérer ». (Le travail de la foi, p.5)
« Notre première connaissance doit être de notre condition, manquée et imparfaite ; et notre premier mouvement doit être à Jésus comme à notre accomplissement ». Il s’agit bien de se connaître et partant de là tendre vers Jésus pour nous accomplir.
Jésus, en manifestant à ses disciples et aux disciples que nous sommes, la grandeur de l’amour divin qui les atteint et les appelle personnellement, les conduit, nous conduit en fait et par son exemple, sur le chemin de notre propre accomplissement, sur le chemin de la réalisation de nous-mêmes, et au meilleur de nous-mêmes.
Nous sommes bien en effet destinés à nous accomplir ( à réaliser notre vocation). Cet accomplissement s’opère en accueillant et vivant de l’Amour dont Dieu nous aime. Il s’opère en faisant vivre cet amour, en le partageant.
Consentir à vivre de Jésus et par Jésus, librement et docilement. C’est la docilité de Marie, notamment à l’Annonciation. Obéissance librement choisie dans la confiance.
Utilisant un langage caractéristique de notre tradition spirituelle franciscaine, accueillons ce que nous dit soeur Ilia DELIO, une soeur franciscaine américaine :
« François d’Assise voulait être un « frère mineur » pour pouvoir se courber humblement en solidarité avec toutes les créatures vivantes de la terre. Nous aussi sommes appelés à nous courber bien bas dans l’amour, pour trouver l’amour humble de Dieu dans les coeurs simples ordinaires et souvent brisés du monde. Pour ce faire, cependant, nous devons être libres de nous courber bien bas dans l’amour. Dans le Christ, Dieu nous a rendus libres. C’est à nous, comme chrétiens, de vivre dans la liberté de l’amour humble de Dieu. C’est seulement en vivant dans la liberté de l’amour que nous pouvons aider à transformer le monde en la plénitude du Christ » 3(id. p.24).
L’obéissance chrétienne nous ouvre la voie vers l’accomplissement spirituel auquel nous sommes appelés.
Ecoutons pour l’instant ces paroles fortes de l’Ecriture :
1 Jn.4, 9 Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous :Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui.
Eph.2,10 Il nous a créés en Jésus Christ, pour que nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre.
Il s’agit de devenir de plus en plus disciple de Jésus, ou plutôt non, de plus en plus époux, épouse, frère, soeur, mère de Jésus :
François d’Assise dans 1 LFid 8-10 : « Nous sommes [les époux de jésus] 8, lorsque, par l’Esprit-Saint, l’âme fidèle est unie à notre Seigneur Jésus-Christ. 9 Ses frères, lorsque nous faisons la volonté du Père qui est dans les cieux. 10 Ses mères, lorsque nous le portons dans notre coeur et notre corps par l’amour, par la loyauté et la pureté de notre conscience, et que nous l’enfantons par nos bonnes actions qui doivent être pour autrui une lumière et un exemple »
Il s’agit de le revêtir, de l’enfanter, de le manifester, de le laisser se manifester à travers nous :
Ecoutons à nouveau la soeur franciscaine :
« Bonaventure ( 1221. + 1274) réfléchissait sur l’achèvement de toutes choses dans le Christ et suggérait que la plénitude du Christ dépend de nous parce que nous sommes faits à l’image du Christ, le Verbe incarné qui est la vraie image du Père. Le mystère du Christ et celui de nos vies humaines sont entrelacés. (…) Nous sommes(…) de « petits verbes » du Verbe de Dieu. Aussi, quand tous les petits verbes de la création (nous, les humains) venons à la vérité de notre identité dans le Christ, quand nous permettons à l’image de Dieu de briller en nous, alors le mystère du Christ croît parce que Dieu prend chair en nous – jusqu’à ce que finalement Dieu devienne tout en tous. Nous sommes appelés à « revêtir le Christ », en sorte que Dieu, qui se courbe bien bas par amour, ne se courbe pas dans la seule personne historique du Christ mais dans Jésus ressuscité – le Christ- en vous et moi en qui Jésus vit. Dieu est humblement présent parmi nous parce que Dieu est intimement présent en vous et en moi » (DELIO Ilia, L’humilité de Dieu, pp.77-8).
Je parlais d’accomplissement : l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour : Rm.13, 10 « L'amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, l'accomplissement parfait de la Loi, c'est l'amour. »
Le terme même d’accomplissement évoque l’idée d’un cheminement qui aboutira à son terme, qui se réalisera dans une forme de plénitude.
3 Ilia DELIO, L’humilité de Dieu, Paris, Editions franciscaines, 2011.

Tout cela relève d’une transformation irrémédiable ; irrémédiable mais pas subite. De l’ordre d’un processus de conversion jalonné de prises de conscience qui peuvent s’avérer très marquantes (Cf. François d’Assise et ses conversions, de Pierre BRUNETTE4) ; d’un consentement continu, d’un apprentissage hasardeux (et pas toujours cohérent), d’une redécouverte aussi de ce que peut être l’abandon confiant du petit enfant (redevenir comme des petits enfants en fait pour entrer dans le Royaume de Dieu).
De ce point de vue, suivre le Christ est capital. Suivre le Christ qui, en marchant, a montré la voie étroite de l’Amour divin ; qui, en marchant, nous a dévoilé ce en quoi consistait cet amour : amour radical des siens (le lavement des pieds) et amour radical des ennemis (Le Mystère de Sa mort et de Sa Passion).
Il s’agit bien d’aimer de cet amour-là.
Heureux sommes-nous de pouvoir goûter à cette liberté qui nous fait choisir d’aimer jusque là. Mystère d’une liberté qui suppose de travailler sur soi et de laisser la Grâce féconder notre désir et notre volonté d’avancer sur ce chemin.
Vivre en obéissance est de cet ordre, de l’ordre d’un apprentissage, d’une aspiration ( « en communion avec l’obéissance de Jésus »), d’un voeu pour certain(e)s (le voeu religieux d’obéissance), d’une métamorphose, d’un retournement, d’un transformation, d’un renversement de perspective (la perspective mondaine, la perspective évangélique). Bref, d’une démarche irrémédiable de conversion.
Je voudrais ouvrir ici une parenthèse pour souligner combien ce dont il s’agit n’est ni plus ni moins qu’un appel à marcher vers la sainteté de nos vies.
Vous le savez peut-être, le pape Jean-Paul II a publié le 28 mars 1996 une exhortation apostolique sur la Vie Consacrée, intitulée « Vita Consecrata ». Dans cette exhortation, il a pris soin de rappeler à la suite du Concile Vatican II (Lumen Gentium) que tout la Peuple de Dieu, tous les baptisés étaient, par vocation appelés à la sainteté ; non seulement les prêtres et les religieux mais aussi les laïcs. Voici d’ailleurs comment il évoquait cet appel à la sainteté adressé à tous et à chacun dans notre vie de tous les jours :
« Il convient, (…) , de passer de la sainteté conférée par les sacrements à la sainteté de la vie quotidienne. ». Voilà l’enjeu : faire de notre vie quotidienne et particulièrement peut-être de notre vie de relations l’expression d’une vie dite sainte. Plus loin, le pape parle « d’ appel à persévérer sur la voie de la sainteté, à travers les difficultés matérielles et spirituelles rencontrées dans les vicissitudes quotidiennes.37 ».
Auparavant, n °35, Jean-Paul avait commencé par spécifier ce que cela pouvait supposer : « 35. Tous les enfants de l'Église, appelés par le Père à « écouter » le Christ, ne peuvent que percevoir une exigence profonde de conversion et de sainteté.
4 Pierre BRUNETTE, François d’Assise et ses conversions, Paris, Editions franciscaines,1993

Jean-Paul II, débutant son exhortation par une méditation sur la scène de la Transfiguration, focalise à un moment donné notre attention sur, non plus seulement la contemplation en haut de la montagne mais sur l’âpre vie quotidienne, sitôt après être descendus de la montagne : « 11. la Transfiguration n'est pas seulement une révélation de la gloire du Christ, mais une préparation à accepter sa Croix. Elle suppose une « ascension de la montagne » et une « descente de la montagne ». « 40. « Relevez-vous, et n'ayez pas peur ». Cet encouragement du Maître est évidemment adressé à tout chrétien. (…) Cela vaut spécialement chaque fois que l'on descend de la « montagne » avec le Maître pour prendre la route qui mène du Thabor au Calvaire. »
- Le pape poursuit « 38. Le chemin qui mène à la sainteté comporte (…) l'acceptation du combat spirituel. C'est une exigence à laquelle actuellement on n'accorde pas toujours l'attention qu'elle mérite. » Il y revient à deux reprises : « personne ne peut présumer de lui-même et conduire sa propre vie de manière autosuffisante. À aucune étape de la vie on ne peut se considérer comme assez sûr de soi et fervent pour exclure la nécessité d'efforts déterminés pour assurer sa persévérance dans la fidélité, de même qu'il n'existe pas non plus d'âge où l'on puisse voir achevée la maturation de la personne. » (69) Et au sujet de l’expérience de l’épreuve ; en redécouvrant le sens de l’Alliance : « La personne éprouvée parviendra ainsi à accepter la purification et le dépouillement comme des voies privilégiées pour suivre le Christ crucifié. L'épreuve elle-même apparaîtra comme un moyen providentiel de formation entre les mains du Père, comme un combat non seulement psychologique, mené par le moi dans sa relation avec lui-même et avec ses faiblesses, mais aussi religieux, marqué chaque jour par la présence de Dieu et par la puissance de la Croix. » (70).
- Je suis content de vous avoir partagé ces propos, aujourd’hui, à vous, frères et soeurs de vie séculière ; à vous dont la Règle de vie est si marquée par cet appel à la conversion et donc à la sainteté.
Enfin, ce conseil de St Bonaventure : « Fuyez les conseils empoisonnés des méchants : ils cherchent toujours à pervertir, espèrent arrêter et ne cessent de travailler à dissiper les nouveaux désirs que suggère le Saint-Esprit. Sous l’ « apparence de la bonté, ils injectent souvent le poison d’une tiédeur impie et disent : « Ce que vous entreprenez est trop grand ; ce que vous vous proposez est trop difficile ; ce que vous faites est intolérable. Les forces vous manqueront,, les énergies de la nature n’y pourront tenir. La tête s’y perd et les yeux s’y aveuglent. (…) Regardez donc ! Le voici qui se fait médecin du corps et professeur de morale, celui qui ne sait pas même régler sa propre conduite et guérir l’infirmité de son esprit » (St Bonaventure, Traité « Des 5 fêtes de l’enfant Jésus »)5.
- Cet appel si légitime à marcher et à marcher ensemble dans la sainteté , notre pape Benoît XVI y fait allusion dans son méditation du Carême à partir de He 10,24 : « Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les oeuvres bonnes (n°3) :
- « Cette expression de la Lettre aux Hébreux (10, 24), nous pousse à considérer l’appel universel à la sainteté, le cheminement constant dans la vie spirituelle à aspirer aux charismes les plus grands et à une charité toujours plus élevée et plus féconde (cf. 1 Co 12, 31-13, 13). L’attention réciproque a pour but de nous encourager mutuellement à un amour effectif toujours plus grand, « comme la lumière
5 St Bonaventure, Traité « Des 5 fêtes de l’enfant jésus » in Les oeuvres spirituelles de St Bonaventure, tome 3, le Christ Jésus, Bruxelles, Duculot, 1932,pp.36-37.

de l'aube, dont l'éclat grandit jusqu'au plein jour » (Pr 4, 18), dans l’attente de vivre le jour sans fin en Dieu. Le temps qui nous est accordé durant notre vie est précieux pour découvrir et accomplir les oeuvres de bien, dans l’amour de Dieu. De cette manière, l’Église elle-même grandit et se développe pour parvenir à la pleine maturité du Christ (cf. Ep 4, 13). C’est dans cette perspective dynamique de croissance que se situe notre exhortation à nous stimuler réciproquement pour parvenir à la plénitude de l’amour et des oeuvres bonnes.
Malheureusement, la tentation de la tiédeur, de l’asphyxie de l’Esprit, du refus d’« exploiter les talents » qui nous sont donnés pour notre bien et celui des autres (cf. Mt 25, 25s) demeure. Nous avons tous reçu des richesses spirituelles ou matérielles utiles à l’accomplissement du plan divin, pour le bien de l’Église et pour notre salut personnel (cf. Lc 12, 21b ; 1 Tm 6, 18). Les maîtres spirituels rappellent que dans la vie de la foi celui qui n’avance pas recule. ».
Ecoutons à nouveau la soeur franciscaine Ilia DELIO : « Si nous pouvions laisser tomber nos désirs égoïstes, notre besoin de contrôler et de manipuler et notre obsession de tout savoir, si nous savions être attentifs à celui que nous rencontrons et libres pour accueillir l’autre en nos vies, nous trouverions Dieu dans les rencontres ordinaires de la vie quotidienne : un petit enfant, un parent vieillissant, un voisin étranger, une soeur mourante, le chant d’une alouette, un arbre en bourgeons, une fleur comme un sourire au bord de la route. Nous percevrions la bonté débordante de Dieu parcourant les veines de la création, saturant toutes choses vivantes d’une abondante bonté, une bonté qui déborde et nous invite à la toucher et à la partager. Nous saurions voir que Dieu est humblement présent en toute créature vivante et en toutes choses parce que Dieu s’est courbé bien bas dans l’amour pour nous, sa création bien aimée, et que nous sommes entraînés, pare qu’aimés, dans l’amour extatique de la Trinité » (pp.189-190)
- « si nous savions être attentifs à celui que nous rencontrons et libres pour accueillir l’autre en nos vies ». Puissions-nous effectivement être libres de cette liberté des enfants de Dieu.
Je reprends ce que François d’Assise disait dans l’admonition 5 à propos de l’obéissance des créatures, chacune à sa façon, à leur Créateur. C’est l’ajustement du crée à ce pour quoi il est fondamentalement crée.
Ecoutons Angèle MERICI (+ 1540), cette italienne, membre du TO franciscain et qui fonda la congrégation des Ursulines :
« Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits. Un bon arbre, c’est-à-dire un coeur bon, animé par la charité, ne peut produire que des oeuvres saintes et bonnes. C’est pourquoi saint Augustin disait : »Aime et fais ce que tu veux ». Aie l’amour et la charité, et ensuite fais ce que tu veux, comme s’il disait nettement : « L’amour ne peut pas pécher ». (Sanctoral franciscain, 1985, p.29).

Frères et soeurs en fraternité séculière
Evoquer l’obéissance chrétienne aux frères et soeurs en fraternité séculière que vous êtes, c’est également pour moi vous rendre peut-être un peu plus attentifs à ce que vous avez promis de vivre et je me m’en réfère ici à l’article 10 de votre Projet de Vie , (Octobre 2009, p.35 ):
« 10. En communion avec l’obéissance rédemptrice de Jésus, qui mit sa volonté dans celle du père, ils rempliront avec fidélité les engagements propres à leur condition personnelle, dans les diverses situations de la vie6 ; il suivront aussi le Christ pauvre et crucifié lui rendant témoignage jusque dans les difficultés et les persécutions7 ».
Voici le commentaire qu’en fait vos Constitutions. D’abord l’article 12 qui évoque explicitement l’obéissance de Jésus :
Article 12
Règle 10 Avec Jésus, obéissant jusqu'à la mort, ils chercheront à connaître et à faire la volonté du Père. Ils rendront grâce à Dieu pour le don de la liberté et la révélation de la loi d'amour. Ils accepteront l'aide qui, pour faire la volonté du Père, leur est offerte, dans l'Église, par ceux qui en ont reçu le pouvoir et aussi par leurs frères. Ils assumeront, avec une sereine fermeté, le risque de choix courageux dans la vie sociale.
Ensuite l’ Article 10 qui évoque nommément le Christ pauvre et crucifié : Règle10 "
Le Christ pauvre et crucifié-", vainqueur de la mort et ressuscité, la plus grande manifestation de l'Amour de Dieu pour l'homme, est "-le livre-" dans lequel les frères, à l'imitation de François, apprennent pourquoi et comment vivre, aimer et souffrir. En lui, ils découvrent la valeur des contradictions pour la cause de la justice et le sens des difficultés et des croix de la vie quotidienne. En
6 Vatican II, Constitution sur l’Eglise, 41 : « (…)À travers les formes diverses de vie et les charges différentes, il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé de sa croix, pour mériter de devenir participants de sa gloire. Chacun doit inlassablement avancer, selon ses propres dons et fonctions, par la voie d’une foi vivante, génératrice d’espérance et ouvrière de charité(…) Ainsi donc tous ceux qui croient au Christ iront en se sanctifiant toujours plus dans les conditions, les charges et les circonstances qui sont celles de leur vie et grâce à elles, si cependant ils reçoivent avec foi toutes choses de la main du Père céleste et coopèrent à l’accomplissement de la volonté de Dieu, en faisant paraître aux yeux de tous, dans leur service temporel lui-même, la charité avec laquelle Dieu a aimé le monde.»
7 Vatican II, Constitution sur l’Eglise, 42,b. : « (…) Jésus, le Fils de Dieu, ayant manifesté sa charité en donnant sa vie pour nous, personne ne peut aimer davantage qu’en donnant sa vie pour lui et pour ses frères (cf. 1 Jn 3, 16 ; Jn 15, 13). À ce témoignage suprême d’amour rendu devant tous et surtout devant les persécuteurs, depuis la première heure, quelques-uns parmi les chrétiens ont été appelés et d’autres y seront appelés sans cesse. C’est pourquoi le martyre dans lequel le disciple est assimilé à son maître, acceptant librement la mort pour le salut du monde, et rendu semblable à lui dans l’effusion de son sang, est considéré par l’Église comme une grâce éminente et la preuve suprême de la charité. Que si cela n’est donné qu’à un petit nombre, tous cependant doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur le chemin de la croix, à travers les persécutions qui ne manquent jamais à l’Église (…) ».

Lui, ils peuvent accepter la volonté du Père, même dans les circonstances les plus difficiles et vivre l'esprit franciscain de paix, dans le refus de toute doctrine contraire à la dignité de l'homme.
Si je m’en tiens à votre Projet de Vie, reste à voir ce que cela veut dire, à la fois : Remplir avec fidélité les engagements propres à vos conditions personnelles ; et suivre le Christ pauvre et crucifié.
Je m’arrête un instant sur la première partie de la phrase :
« En communion avec l’obéissance rédemptrice de Jésus, qui mit sa volonté dans celle du père, ils rempliront avec fidélité les engagements propres à leur condition personnelle, dans les diverses situations de la vie8 ».
Selon que vous soyez laïcs, mariés ou célibataires, ou clercs, diacres ou prêtres, vous êtes appelés par vocation à vivre « les engagements propres » à votre condition. Personnellement, je ne m’étendrai pas sur ce point. Si vous en avez l’occasion, penchez –vous sur les chapitres 41 et 42 de la Constitution dogmatique sur l’Eglise de Vatican II (Lumen Gentium) ; également pour vous qui êtes laïcs sur l’Exhortation apostolique post-synodale CHRISTI FIDELES LAICI (Les Fidèles laïcs) de Jean-Paul II sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Eglise et dans le monde (1987). Penchez-vous y, nourrissez-vous en… juste néanmoins une citation :
« (…)À eux [Les fidèles laïcs], en particulier, il revient de témoigner que la foi constitue la seule réponse pleinement valable, que tous, plus ou moins consciemment, entrevoient et appellent, aux problèmes et aux espoirs que la vie suscite en chaque homme et en toute société. Cela sera possible si les fidèles laïcs savent surmonter en eux-mêmes la rupture entre l'Évangile et la vie, en sachant créer dans leur activité de chaque jour, en famille, au travail, en société, l'unité d'une vie qui trouve dans l'Évangile inspiration et force de pleine réalisation » (Les Fidèles laïcs n°34).
Vivre en « En communion avec l’obéissance de Jésus », autant dire communier à Son obéissance. Entrer dans ce qu’elle fut en terme de consentement, de façon à assumer vos propres engagements, vos propres responsabilités à l’exemple de Jésus, non pas donc centrés sur vous mais avec au coeur que l’autre grandisse et que se réalise le Désir profond de Dieu. Telle fut la pointe de l’obéissance de Jésus à l’égard de son Père.
C’est ainsi qu’entre en ligne de compte ce que le texte de vos Constitutions évoque lorsqu’il fait allusion au « Don de la liberté et à la révélation de la loi d’amour ».
Liberté, loi d’amour…l’obéissance chrétienne se joue-là. C’est librement que je choisis d’obéir à la Loi d’Amour enseignée par Jésus et dont j’apprends au fil du temps à mesurer la portée. Comme le souligne vos Constitutions, en imitant François nous apprenons « pourquoi et comment vivre, aimer et souffrir ». En lui, nous découvrons « la valeur des contradictions pour la cause de la justice et le sens des difficultés et des croix de la vie quotidienne. ». Ce sens des difficultés et des croix de la vie quotidienne, nous nous y attarderons particulièrement…
8 Vatican II, Constitution sur l’Eglise, 41

A l’écoute de la Parole
Philippiens 1, 2-11
Nous sommes appelés à vivre une qualité de relation qui soit un témoignage d’unité et d’amour. Cet appel adressé à tous et à chacun suppose de tendre à vivre de l’obéissance dont a vécu le Christ.
« 01 S'il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l'on s'encourage dans l'amour, si l'on est en communion dans l'Esprit, si l'on a de la tendresse et de la pitié,
02 alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité.
03 Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes.
04 Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.
05 Ayez entre vous les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus :
Paul commence par décrire ce que suppose de vivre nos relations « dans le Christ » comme il le dit : se réconforter les uns les autres, s'encourager dans l'amour, avoir de la tendresse et de la pitié » . Tout ceci est pour ainsi dire très concret et il ajoute « être en communion dans l'Esprit ». Ce sont, comme il le dit « les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus ». Sommes-nous seulement disposés intérieurement à vivre comme cela ? Si oui il nous faut nous y aider, d’une manière et d’une autre. Nous aimer les uns les autres…désirer cette unité-là. Demander les uns pour les autres, cette grâce de l’humilité qui débusque toute prétention à avoir barre sur l’autre…
04 Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.
Dans ce domaine si délicat qu’est la vie relationnelle, être préoccupé de soi devrait pouvoir s’entendre non pas seulement du coup comme être soucieux d’être respecté mais aussi d’oser regarder la poutre qui est dans notre oeil et nous donner les moyens de nous en défaire, de nous en guérir. Voilà en tout cas une manière très saine de se préoccuper de soi. Nous saurons peut-être alors mieux ce que signifie être préoccupé des autres, les réconforter, les encourager, leur manifester de la tendresse et de la pitié ; nous réconforter, nous encourager, nous manifester de la tendresse et de la pitié. Nous obéir mutuellement passe par là, très certainement.
Le temps du Carême est un temps particulièrement propice à vivre cette attention à l’autre. Le pape Benoît XVI y fait allusion dans son message :
« Aujourd’hui aussi, Dieu nous demande d’être les « gardiens » de nos frères (cf. Gn 4, 9), d’instaurer des relations caractérisées par un empressement réciproque, par une attention au bien de l’autre et à tout son bien. Le grand commandement de l’amour du prochain exige et sollicite d’être conscients d’avoir une responsabilité envers celui qui, comme moi, est une créature et un enfant de Dieu : le fait d’être frères en humanité et, dans bien des cas, aussi dans la foi, doit nous amener à voir dans l’autre un véritable alter ego, aimé infiniment par le Seigneur. Si nous cultivons ce regard de fraternité, la solidarité, la justice ainsi que la miséricorde et la compassion jailliront naturellement de notre coeur. Le Serviteur de Dieu Paul VI affirmait qu’aujourd’hui le monde souffre surtout d’un manque de fraternité : « Le monde est malade. Son mal réside moins dans la stérilisation des ressources ou dans leur accaparement par quelques-uns, que dans le manque de fraternité entre les hommes et entre les peuples » (Lett. enc. Populorum progressio [26 mars 1967], n. 66).
Un peu plus loin, il ajoute ceci :
« Une société comme la société actuelle peut devenir sourde aux souffrances physiques comme aux exigences spirituelles et morales de la vie. Il ne doit pas en être ainsi dans la communauté chrétienne ! L’apôtre Paul invite à chercher ce qui « favorise la paix et l'édification mutuelle » (Rm 14, 19), en plaisant « à son prochain pour le bien, en vue d'édifier » (Ibid. 15, 2), ne recherchant pas son propre intérêt, « mais celui du plus grand nombre, afin qu'ils soient sauvés » (1 Co 10, 33). Cette correction réciproque et cette exhortation, dans un esprit d’humilité et de charité, doivent faire partie de la vie de la communauté chrétienne.
Les disciples du Seigneur, unis au Christ par l’Eucharistie, vivent dans une communion qui les lie les uns aux autres comme membres d’un seul corps. Cela veut dire que l’autre m’est uni de manière particulière, sa vie, son salut, concernent ma vie et mon salut. »
06 lui [Jésus] qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ;
Apprenons de Jésus, nous qui avons été crées à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il choisit de ne pas revendiquer ses droits et en l’occurrence celui d’être traité pour ce qu’il est ; au contraire, lui-même s’est dépouillé, lui-même s’est abaissé. Aussi choquant que cela puisse apparaître.
Au cas où nous n’aurions pas compris jusqu’alors par sa façon d’être, il a voulu nous provoquer à ouvrir les yeux en lavant les pieds de ses disciples… « il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur ». Par Lui-même, librement, il a pris l’initiative de ce geste si humble, pour nous dire ce que signifie vraiment nous aimer les uns les autres ; nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés.
Mais il ira, nous le savons bien plus loin en quelque sorte. En choisissant d’aimer même ces ennemis , et donc en choisissant d’aimer radicalement, jusqu’au bout, jusqu’à mourir, il va jusqu’à nous montrer que l’obéissance, la libre obéissance dont il est question est l’amour en son paroxysme.
Isaïe 50,4-9
Rien d’imposé dans tout ce qu’a vécu Jésus. Bien au contraire, et cela malgré les apparences. Jésus a librement aimé jusqu’au bout, a librement consenti jusqu’au bout ; et cela parce-que Jésus a librement écouté jusqu’au bout.
Le verbe « obéir » vient du latin oboedire «prêter l'oreille à quelqu'un», autant dire écouter.
Sur le mont Thabor, les disciples ont entendu le Père leur dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le », puis ils sont descendus de la montagne pour prendre comme le soulignait le pape « la route qui mène du Thabor au Calvaire ». Au n° 42 de Vita Consecrata, Jean-Paul II parlera « d’écoute obéissante de l’Evangile. »
L’écoute de la Parole, l’écoute attentive et confiante, l’écoute obéissante de la Parole est essentielle. Non seulement elle saura nous inspirer au moment opportun ce qui convient de dire et de faire mais encore elle nous permettra d’être confronté à l’adversité ; sans la subir , l’adversité.
Isaïe 50,4-9 :
4 - Le Seigneur Yahvé m’a donné une langue de disciple pour que je sache apporter à l’épuisé une parole de réconfort. Il éveille chaque matin, il éveille mon oreille pour que j'écoute comme un disciple.
5 - Le Seigneur Yahvé m'a ouvert l'oreille, et moi je n'ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé.
6 - J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe; je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats.
7- Le Seigneur Yahvé va me venir en aide, c'est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu.
8- Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi ? Comparaissons ensemble! Qui est mon adversaire ? Qu'il s'approche de moi!
9- Voici que le Seigneur Yahvé va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait ?
V.4 : Dieu me rejoint dans ma disposition à me tourner vers lui. Je fais le choix de me tourner vers Lui, de l’écouter et Lui, me prépare à l’entendre («Il éveille chaque matin, il éveille mon oreille »).
L’Obéissance se joue là : dans mon choix libre de me tourner vers lui, de fréquenter Sa Parole et Ses sacrements, de me mettre en méditation, en oraison, d’aller adorer Son Corps exposé, de vénérer Sa Croix, d’aimer. Ce qui importe, c’est ma confiance, mon désir et ma volonté de m’ouvrir, de m’offrir à Lui.
Pensez à Marie : « qu’il me soit fait selon Ta Parole ». Comment cette écoute active va-t-elle porter fruit ?, « Comment cela va-t-il se faire ? ». Il ne nous appartient pas de le savoir d’avance. Nous savons seulement, pour le croire dans la foi que Dieu se charge d’éveiller nos oreilles de façon à ce que nous puissions écouter ; mais pas n’importe comment : comme un disciple.
Dieu agit (Il m’a ouvert l’oreille) et je consens librement à ce qu’Il agisse, sous-entendu en moi (et moi je n’ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé) : c’est bien le Oui de Marie.
Alors tout devient possible, même d’être exposé à l’adversité parce-que je sais en qui j’ai mis ma foi et je sais que d’une manière ou d’une autre, Il sera là pour m’accompagner :
7- Le Seigneur Yahvé va me venir en aide, c'est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu.

8- Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi ? Comparaissons ensemble! Qui est mon adversaire ? Qu'il s'approche de moi!
9- Voici que le Seigneur Yahvé va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait ?
Le Seigneur va me venir en aide ; c’est l’assurance de Celui qui, parce-qu’il s’est disposé à écouter et à se laisser faire par Dieu, sait que de cette écoute obéissante n’adviendra que du bon et du bienfaisant ; par exemple, comme au verset 4 où le prophète dit : « Le Seigneur Yahvé m’a donné une langue de disciple pour que je sache apporter à l’épuisé une parole de réconfort. »


La vie franciscaine
Vie en obéissance
Vivre en obéissance équivaut à participer activement à l’unification de soi afin que la Grâce divine puisse se déployer en nous qui portons dans nos vases d’argile un trésor (2 CO 4,7), nous qui sommes appelés à enfanter le Christ (1 LFid 8-10 ) .
Cela suppose d’apprendre (de s’aider à apprendre) à ne rien retenir de soi et pour soi. (…) A ne pas se crisper, se raidir ; à se garder de ses peurs, à ne pas s’emmitoufler dans sa bonne conscience, mais à consentir à lâcher, à baisser la garde, à se décentrer de soi pour faire confiance. Certes, c’est onéreux, éprouvant, épurant, parfois même on peut ressentir une impression d’humiliation, surtout lorsque notre amour-propre est lésé dans des situations objectivement injustes.
Or c’est en ces consentements-là qu’opère peut-être particulièrement la Grâce, que ces fruits de l’Esprit que sont la Paix et la Joie profonde nous sont donnés. Dans notre tradition franciscaine nous avons ce cadeau divin à méditer qu’est l’épisode de la joie parfaite ou mieux, de la véritable joie.
La transformation, la conversion, la vie dans la pénitence se jouent là ; en cette logique de vie évangélique vers laquelle tendre avec coeur et qui confond toute logique mondaine (logique mondaine du donnant donnant, du besoin exacerbé de reconnaissance). A nous d’apprendre à vivre en cohérence avec cette logique évangélique.
Obéissance- Amour-Joie (La Salutation des vertus)
3 Dame sainte Charité, que le Seigneur te garde, avec ta soeur, sainte Obéissance.
14 Sainte Obéissance confond toute volonté propre et tout charnel attachement, et toute charnelle obstination.
15 C’est elle qui tient le corps mortifié pour qu’il obéisse à l’esprit, pour qu’il obéisse à son frère.
16 C’est elle qui rend l’homme docile et soumis à n’importe quel homme de ce monde,
17 et non seulement aux hommes, mais aux bêtes et aux fauves eux-mêmes,
18.les laissant disposer de lui comme ils le veulent, autant que d’en-haut leur permet le Seigneur.

Verset 3 : Dame sainte Charité, que le Seigneur te garde, avec ta soeur, sainte Obéissance.
François a pour ainsi dire choisi d’associer la charité, l’amour avec l’obéissance. On ne peut obéir, à la suite de Jésus que par amour, que librement par amour. Cet amour permet de se démarquer de ce que l’amour-propre génère en terme de crispation, d’obstination.
Verset 15 : « et tient son corps mortifié pour l’obéissance envers l’esprit et pour l’obéissance envers son frère ».
Tenir son corps mortifié : en langage moderne on peut dire qu’il s’agit de travailler sur soi pour devenir de plus en plus disposé à laisser l’Esprit oeuvrer en nous ; pour devenir de plus en plus capable à se décentrer de soi afin d’accueillir l’autre, mon semblable.
Vv.16-18 :
« 16. et il est soumis et subordonné à tous les hommes qui sont dans le monde ii
17. et non seulement aux seuls hommes, mais aussi à toutes les bêtes et tous les fauves,
18 pour qu’ils puissent faire de lui ce qu'ils voudront, autant qu’il leur sera donné d'en haut par le Seigneuriii.
« Et il est soumis (…) autant qu’il leur sera donné d’en haut par le Seigneur » :
Ne nous laissons pas trop impressionner par ces propos que d’aucuns pourraient qualifier de masochiste. Nous sommes chrétiens, nous croyons que Dieu nous accompagne et non seulement nous accompagne mais encore nous garde (Ps.11,6,8 :
06 - « Pour le pauvre qui gémit, le malheureux que l'on dépouille, maintenant je me lève, dit le Seigneur ; à celui qu'on méprise, je porte secours (…) 08 Toi, Seigneur, tu tiens parole, tu nous gardes pour toujours de cette engeance.»
Nous qui avons tant de prix aux yeux de Dieu. Rien ni personne ne peut dès lors véritablement agir en toute impunité contre nous. Jésus nous le rappelle : « Pas un seul moineau ne tombe à terre sans que notre Père des Cieux le veuille ». Quant à nous, même nos cheveux sont tous comptés…(Mt.20, 29-30). Autant dire que Dieu veille très délicatement sur nous.
A nous de nous laisser envahir par l’ardente conviction de St Paul :
(Rom.8,35, 37-39: « 35 Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ? la détresse ? l'angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le supplice ? (…) 37 Oui, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. 38 J'en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l'avenir, 39 ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur ».
L’amour pour Jésus chasse la peur… l’amour pour l’autre chasse la peur de l’autre. Ecoutons le patriarche Athénagoras ( élu patriarche de Constantinople en 1948. Artisan avec Paul VI de la réconciliation entre l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique. + 1972):

« Se désarmer :
« La guerre la plus dure, c'est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer. J'ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible. Mais je suis désarmé.
Je n'ai plus peur de rien, car l'amour chasse la peur. Je suis désarmé de la volonté d'avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.
J'accueille et je partage. Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets. Si l'on m'en présente de meilleurs, ou plutôt non, pas meilleurs, mais bons, j'accepte sans regrets.
J'ai renoncé au comparatif Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur. C'est pourquoi je n'ai plus peur. Quand on n'a plus rien, on n'a plus peur.
Si l'on se désarme, si l'on se dépossède, si l'on s'ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles, alors, Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible. »
Travailler ainsi sur soi est l’oeuvre de toute une vie et de toute une vie qui s’ouvre de plus en plus explicitement à l’action de Dieu en nous
Obéir à la suite de Jésus relève, d’une décision, d’un choix d’amour, d’un consentement libre qui nous dispose à accueillir par Grâce, gratuitement, les fruits de l’Esprit.
Ecoutons à nouveau St Paul (Ga.5,22-25) :
« 22 Voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, 23 humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n'y a plus de loi qui tienne. 24 Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes. 25 Puisque l'Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l'Esprit. »
Le don de la joie véritable
Parmi ces fruits de l’Esprit, la Joie, le don divin de la Joie…
Notre tradition franciscaine est parlante à ce propos. Replongeons-nous dans l’expérience vécue par François et la relecture qu’il en a faite. Je pense à l’épisode dit de la Joie parfaite…
De « la joie parfaite » ou de la « vraie joie ». En fait, le célèbre épisode de la Joie parfaite adapte un écrit de François d’Assise en personne : la vraie joie.
Le point de départ en est un récit lié à la situation de l’Ordre franciscain au début des années 1220. Ce récit figure dans un manuscrit que l’on fait remonter au XIV ième siècle. (Cf.Sources I, p.389 et sv). Autre version : celle des Actus.7 (Sources II, p.2759 et sv )ou Fioretti 8 (Totum p.1078)…
Voici ce récit :
1.Le même [frère Léonard9] rapporta au même endroit, qu’un jour, à Sainte-Marie10, le bienheureux François appela frère Léon et dit : - Frère Léon, écris.
9 Léonard d'Assise accompagnait François au retour d'Orient (2C31) et témoigna devant Grégoire IX et les cardinaux lors du procès de François; voir CA 72.

2 Et lui répondit : - Voilà, je suis prêt.
3 - Écris, dit-il, quelle est la vraie joie. 4 Un messager vient et dit que tous les maîtres de Paris sont venus à l'Ordre11 ; écris : ce n'est pas la vraie joie. 5 De même, tous les prélats d’outre-monts, archevêques et évêques ; de même, le roi de France et le roi d'Angleterre12 ; écris : ce n'est pas la vraie joie. 6 De même, mes frères sont allés chez les infidèles et les ont tous convertis à la foi13 ; de même, j'ai de Dieu une telle grâce que je guéris les malades et fais beaucoup de miracles : je te dis qu'en tout cela n'est pas la vraie joie.
7 - Mais quelle est la vraie joie ?
8- Je reviens de Pérouse14 et, par une nuit profonde, je viens ici et c’est le temps de l'hiver, boueux et à ce point froid que des pendeloques15 d'eau froide congelée se forment aux extrémités de ma tunique et me frappent sans cesse les jambes, et du sang coule de ces blessures. 9 Et tout en boue et froid et glace, je viens à la porte, et après que j'ai longtemps frappé et appelé, un frère vient et demande : « Qui est-ce ? » Moi je réponds : « Frère François. » 10 Et lui dit : « Va-t'en ! Ce n'est pas une heure décente pour circuler; tu n'entreras pas. » 11 Et à moi qui insiste, à nouveau il répondrait : « Va-t'en ! Tu n'es qu'un simple et un illettré16. En tout cas, tu ne viens pas chez nous ; nous sommes tant et tels que nous n'avons pas besoin de toi. » 12 Et moi je me tiens à nouveau debout devant la porte et je dis : « P

ar amour de Dieu, recueillez-moi cette nuit ! » 13 Et lui répondrait : « Je ne le ferai pas. 14 Va au lieu des Croisiers17 et demande là-bas. » 15 Je te dis que si je garde patience et ne suis pas ébranlé, en cela est la vraie joie et la vraie vertu et le salut de l’âme.
10 Sainte-Marie-de-la-Portioncule, dans la plaine en contrebas d'Assise.
11 Dès 1223, les Frères mineurs avaient à Paris une communauté de trente frères.
12 Cela situe ce récit clairement après l'arrivée des frères en frères en France (1219) et en Angleterre (1224).
13 Allusion à 1Reg 16 et 2Reg 12.
14 Pérouse,Ombrie.
15 « Pendeloque » traduit le latin « dondolus », mot forgé sur l'italien « dondolo ».
16 « Illettré » traduit le mot « idiota » qu'on retrouve en Test 19 et LOrd
17 Les Croisiers furent institués comme Ordre militaire hospitalier en Italie par Alexandre III en 1169. À l'époque de François, ils tenaient un hôpital pour les lépreux, situé non loin de Rivo Torto, entre Assise et la Portioncule. C’est là que se situe l'épisode de la guérison par François du croisier Morico, qui se fera ensuite frère mineur. Chose rare, cet épisode n'est connu que par Bonaventure, LM 4,8. Voir A. FORTINI, Nova vita di san Francesco, vol. 2,

Voici à présent et comme en perspective 1 Cor.13,1-13 :
1 J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
2 J'aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien.
3 J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j'aurais beau me faire brûler vif, s'il me manque l'amour, cela ne me sert à rien.
4 L'amour prend patience ; l'amour rend service ; l'amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil ;
5 il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s'emporte pas ; il n'entretient pas de rancune ;
6 il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
7 il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
8 L'amour ne passera jamais. Un jour, les prophéties disparaîtront, le don des langues cessera, la connaissance que nous avons de Dieu disparaîtra.
09 En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.
10 Quand viendra l'achèvement, ce qui est partiel disparaîtra.
11 Quand j'étais un enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j'ai fait disparaître ce qui faisait de moi un enfant.
12 Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai vraiment, comme Dieu m'a connu.
13 Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c'est la charité. »
Je pense que vous percevez le parallèle.
Quoi que nous fassions, quoi que nous puissions réaliser, voir se réaliser à travers nous et à travers les uns et les autres, nous dit Jésus, si l’amour n’est pas au coeur de tout, alors tout le reste est pour ainsi dire inutile. Et l’amour véritable ne vient pas de nous, il est offert.
François d’Assise nous laisse entrevoir à travers son récit un écho étonnamment semblable : quoi que nous fassions, quoi que nous puissions réaliser, voir se réaliser à travers nous et à travers les uns et les autres, rien de tout cela ne peut être en réalité source de vraie joie, de joie parfaite. Et la joie véritable ne vient pas de nous, elle est offerte.
Choisir d’aimer de l’amour de Dieu en revenant à être librement exposé à l’autre et goûter en retour à la Joie de Dieu : voilà ce que permet de voir apparaître la mise en parallèle de ces deux textes si précieux.

Ces textes savent aller à l’essentiel ; dans les deux cas, cet essentiel traverse les circonstances ; il les transforme ; il ne les nie pas ; il les transforme en nous appelant à ne pas y rester rivés sur elles.
Ainsi si nous entrons dans ce qu’a vécu François, nous nous rendons vite compte que son étonnant accueil de l’attitude agressive, violente, du frère portier (acceptation que l’on peut qualifie d’obéissante) génère de la Paix, de la Joie et que cette joie traverse l’épreuve ; qu’elle transforme l’épreuve.
La volonté d’aimer en accueillant la réalité fait que François ne reste pas rivé sur ce qui aurait pu l’affecter. Il y a comme un dépassement mais en fait il s’agit d’une transformation. François choisit d’accueillir et d’aimer et par cela advient ce que le texte ici nomme la vraie joie, et ailleurs la joie parfaite.
De même que l’amour est autrement plus consistant que le sentiment (d’amour), de même le geste d’obéissance comme choix libre dépasse en quelque sorte le ressenti que ce geste peut nous faire éprouver (et qui lui n’est souvent pas agréable dans bien des circonstances). De même ici aussi de la joie . Si la joie divine est à accueillir c’est qu’elle est donnée. Elle est un don qui peut changer le regard et même la vie.
Revenons à nouveau à François en parcourant son testament, testament qu’il nous a laissé l’année de sa mort, en 1226 :
« 1 Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François, la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable. 2 Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; je les soignais de tout mon coeur ; 3 et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. Ensuite j’attendis peu, et je dis adieu au monde ».
« 3 et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps » . Vous sentez combien à travers le mot douceur, c’est de la joie qui affleure de par en par. C’est le Seigneur qui conduit François à vivre cette expérience de rencontre obéissante qui va s’avérer déterminante (« Je dis adieu au monde »)…Retournement complet de perspective.
Dans son ouvrage « François d’Assise, auteur spirituel »18 notre frère Thaddée MATURA écrit ceci :
« L’itinéraire que propose François tient compte de la complexe réalité humaine. Il consiste, dans l’humble et patiente acceptation de ce que nous sommes. Comblés de dons extraordinaires, innombrables, nous avons d’abord à les reconnaître comme bien, sans nous en emparer possessivement. Regarder en même temps avec lucidité les manques et les failles de notre être et les assumer avec confusion et difficile patience. La vie n’est pas faite que du bien : la négativité en fait également partie. Accepter cette situation contrastée, c’est entrer dans le mystère de la croix de Jésus et marcher à sa suite. Et pourtant, pour qui s’engage sur un tel chemin, peu à peu, comme pour François « ce qui était amer se change en douceur pour l’âme et pour le corps » (Test 3). Les exigences ardues de la mort à soi-même du dépouillement intérieur, de l’ouverture et du service du frère,
18 Thaddée MATURA, François d’Assise, auteur spirituel, Paris, Cerf, 1996, pp.228-229.

ouvrent paradoxalement à la joie des Béatitudes et au règne paisible des vertus : pauvreté, pureté du coeur, pais et par-dessus tout sagesse, expérience et goût de Dieu ». (pp.228-229)
En guise de conclusion…
Au terme de ce parcours, de cette longue méditation, tout reste à vivre. C’est le oui de tous les jours à ce que je suis et à ce que je suis appelé à devenir.
Je et nous.
Chacun est rejoint en son intime et c’est ensemble, parce-que fils et filles d’un même Père que nous avancerons d’une manière et d’une autre.
Chacun reçoit la Grâce de l’Esprit pour le Bien du Corps entier.
Chacun apprend à son rythme ce que c’est que d’être aimé de l’Amour divin et de faire vivre cet Amour divin.
Chacun peut apprendre de l’autre ce que notre si Bon Dieu opère, suscite, fait advenir en chacun précisément.
Comment l’obéissance, comment le fait de choisir de vivre de plus en plus librement dans l’obéissance (Rb1,1) et dans l’obéissance à la Grâce est le chemin par excellence de l’accomplissement auquel nous sommes appelés, et cela quelles que soient les circonstances de notre vie, à chacun.
Frère Batitte ofm (Marseille)
Foyer de Charité de Branguier
3-4 mars 2012
i Mc 12 30. _
ii Voir 1P2 13
iiiiii Voir Jn 19 11

Repost 0
Published by Fraternité Franciscaine Séculière - dans Formation
commenter cet article
13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 14:55

 

Le TAW

 

 

Yahvé lui répondit: " Aussi bien, si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois."Et Dieu mit un signe sur Caïn afin que le premier venu ne le tue pas.

Quelle mansuétude envers ce fratricide sans pitié! Dieu décide donc que quiconque s'en prendrait à la vie de Caïn, attirerait sur lui le malheur jusqu'à la septième génération, de quoi y réflechir à deux fois. Et pour que nul ne l'ignore, le voici marqué d'un signe sur le front, un signe qui repousse l'ennemi.

Quel est ce signe?

Les rabbins ont beaucoup épilogué sur le sujet, formulant de nombreuses hypothèses parmi lesquelles la lèpre notamment. Toutefois, la plus judicieuse semble être l'imposition de la dernière lettre des vingt-deux que compte l'alphabet hébraïque, le taw qui ressemble à une potence dont l'un des piliers descend au-dessous de la ligne d'écriture. En effet, le nom de la lettre taw signifie signe, marque et même sceau en ce qu'elle est la dernière du mot emeth, la Vérité qui a donné notre Amen par lequel le Christ scelle ses propos: "Amen, amen, je vous le dis..." Cette consonne taw, la dernière, l'oméga de l'alphabet hébraïque, est en même temps celle qui commence le mot teshouva qui signifie conversion. Ainsi, en imprimant cette lettre sur le front de Caïn, Dieu manifeste pour lui la possibilité du retour et du salut. Non seulement le taw est l'initiale de teshouva, la conversion, mais elle l'est aussi de torah, la loi écrite et tefilah, la prière qui sont les piliers du judaïsme, mais aussi de tichri, le septième mois (septembre-octobre) qui sert tout entier de cadre aux fêtes d'automne: Rosh-Hachanah, (la tête de l'année, le 1er tichri qui est le jour de jugement), Yom Kippour (jour d'expiation ou s'exercent le verdict et le pardon pour tous ceux qui ont mis à profit les dix jours "terribles" qui séparent les deux solennités pour amender leur conduite) et Soukkot, la fête des Tentes où s'exprime la joie d'un peuple qui a renouvellé son alliance avec Dieu. Pour la pensée juive, le "début est enraciné dans la fin et la fin dans le début", dit le Séfer Yétsirah. Le taw est ainsi à l'origine puisqu'il est à la fin. Il récapitule à lui seul toute l'histoire du salut. Et ce, d'autant plus que sa valeur numérique est 400, le carré de 20, la plus haute valeur qu'une seule lettre puisse atteindre. Or, 400 est le nombre de pièces d'argent avec lequel Abraham acquit la grotte de Makpéla, embryon de la terre promise. Donc ce taw sur le front de Caïn prophétise qu'un jour la malédiction de l'errance prendra fin. Mais 400 est aussi le nombre des années prévues pour l'exil en Egypte, creuset dans lequel Dieu va faire grandir son peuple. Enfin, le tawest l'équivalent de notre T, qui adopte spontanément la forme de la croix dont les bras s'étirent dans les quatre directions pour accueillir toute l'humanité.

Dieu apparait rempli de mansuétude sans pour autant être faible. Déjà il avait promis à Adam et Eve une descendance qui écraserait la tête du serpent et les avait vêtus d'habits de peau pour couvrir la honte de leur nudité. A nouveau, il fait alliance avec Caïn. Le signe sur son front, signe de la croix, c'est le signe des chrétiens dont saint Jean parle dans l'Apocalypse: " Attendez, dit Dieu aux quatre anges, debout aux quatre coins de la Terre, que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu" afin qu'ils soient épargnés par le cataclysme qui va déferler sur la Terre. Ce taw, cette croix est un signe d'espérance pour tous les pécheurs. C'est comme si elle faisait de nous les citoyens de la Jérusalem céleste, marqués du sceau de Dieu, expression synonyme du baptême dans l'église primitive.

Caïn, marqué du signe qui le protège d'une mort certaine et de la vindicte de tous, va se retirer de la présence de Yavhé et séjourner au pays de Nod, à l'orient d'Eden. Ce pays nous est inconnu, mais en hébreu, Nod est très proche de nadqui signifie errant. C'est donc la condition nouvelle de Caïn qui est ici soulignée. Partout, il serra errant, étranger, sans lieu où reposer la tête, comme dira le Seigneur Jésus de lui-même lorsqu'on le traite de paria.

Repost 0
Published by Fraternité Franciscaine Séculière - dans Formation
commenter cet article
13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 13:47





 Paris, le 22 novembre 2008

Formation : Comment utiliser la 'boîte à outils' ?

 
Le fascicule "Outils pour une formation franciscaine" publié en 2007 a eu un très grand succès. Il répond bien à un besoin, un besoin d'informations, un besoin de pistes pour transmettre ou approfondir la spiritualité franciscaine et la connaissance de la Fraternité séculière.
Volontairement, il ne propose pas un parcours de formation clés en main car chaque personne, chaque groupe, est différent et a besoin d'un parcours spécifique adapté à ses attentes.
Nous  proposons une journée de formation pour découvrir ce livret, apprendre à l'utiliser et expérimenter des manières de travailler à partir des fiches.
 
le samedi 28 mars 2009
de 9 H 30 h à 17H
Monastère Ste Claire
1454, chemin de la Verdière
  84140 Montfavet

Public concerné 
toute personne (laïc, religieux, religieuse) appelée à faire découvrir le chemin de la spiritualité franciscaine et de la Fraternité franciscaine séculière : responsables de formation, accompagnateurs spirituels et assistants, responsables de fraternités ;
tous ceux qui voudraient travailler dans leur fraternité locale à partir de ce livret.
 
Contenu de la journée
Un premier temps plutôt centré sur une réflexion à partir de notre identité franciscaine et de ce qu’est la formation ; réflexion préalable nécessaire avant toute transmission possible.
Un second temps à partir des fiches du livret : travail très concret en petits groupes. Comment se les approprier et les utiliser ensuite dans nos fraternités ?
Un temps de questions et d’évaluation pour conclure la journée.
 
Intervenantes
Sœur Bernadette Maréchal et Marie-Odile Blanty, toutes deux membres de l’équipe de rédaction du livret et de la commission formation.

Hébergement   (pour ceux qui arrivent la veille):

- soit au monastère Ste Claire   44 €  Repas du soir, nuit et petit déjeuner, et repas du samedi midi ) , 
- soit chez des membres de la fraternité
 
Prix de la journée (repas de midi ,)                   22 €

Arrivée  (accès uniquement en voiture)            En train (préciser heure d’arrivée à Avignon)                            
                                                        
                 
 Inscription :  pour le 20 mars 2009  au plus tard, à retourner avec un acompte d’un minimum de 15 €. 
Chèque à l’ordre de la Fraternité de St François. Le complément sera demandé sur place.


Apporter le livret "outils pour une formation franciscaine" et de quoi écrire


 

Inscription à retourner 27, rue Sarrette 75014  Paris, avant le 20 mars 2009  avec le chèque d’acompte de 15 €, à l’ordre de la Fraternité de St François.

Nom : ....................................................... Prénom : ............................... ...
Laïc (que)     Religieux      Religieuse   

Ancienneté et éventuellement responsabilité dans la fraternité

…………………………………………………………………………..

Adresse : ................................................................................................................

................................................................................................................

Téléphone : ..........................................

Courriel........................................................


Arriverai
   Le vendredi 27 mars avant dîner (19h)  après dîner 
   Le samedi 28 mars pour 9 H 30 h  

 

Repost 0
Published by Fraternité Franciscaine Séculière - dans Formation
commenter cet article

Présentation

  • : Fraternité Franciscaine Séculière
  • Fraternité Franciscaine Séculière
  • : Pour mener une vie fraternelle et évangélique à la manière de François d'Assise, des hommes, des femmes, des foyers se rencontrent et constituent la Fraternité Franciscaine. Ceux qui veulent en faire partie, se retrouvent et construisent, jour après jour, une communauté évangélique. Ce blog est consacré à la région PACA
  • Contact

Qui sommes-nous ?

 

Recherche

L'Olivier

Archives

Site Annexe activités hors PACA

Pages