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A. Contexte social et économique 

  Un changement de société

  François d’Assise naît en 1181 à une époque où la société est en  pleine      mutation en Europe.

Et c’est dans cette société en mutation où l’argent devient le moteur de la vie économique et où s’établissent des rapports sociaux nouveaux, plus libres et plus égalitaires qu’est né l’idéal franciscain de fraternité. Il est impossible de séparer l’éclosion de la fraternité franciscaine et son développement rapide de ce changement de société qui les préparait.

Depuis quatre siècles, le monde vit sous le régime de la féodalité : chacun a sa place bien définie dans la hiérarchie sociale. C’est une société rurale et stable dont la stabilité s’appuie sur la propriété du sol. Personne ne peut quitter la terre sur laquelle il est établi : le serf n’a pas le droit de la déserter, le seigneur n’a pas le droit de la vendre. La société féodale est fortement structurée de haut en bas et fondée sur le servage, des relations de vassaux à suzerains.

  Le XIIème siècle est l’âge d’or du commerce

Ce renouveau des échanges fait surgir nouvelle classe sociale, celle des marchands dont le besoin prioritaire est de circuler pour faire du commerce et s’enrichir.

D’abord essentiellement ambulants (rouliers, brocanteurs, colporteurs…) ils s’associent peu à peu en guildes et finalement se fixent en certains points favorables (ports, carrefours routiers et fluviaux) ; ces points deviendront des villes. Le monde des marchands détonne par sa mobilité, son activité libre, l’esprit de gain.

Ce développement du commerce et de la classe des marchands entraîne plusieurs conséquences :

La naissance du monde des villes.

Cette concentration de marchands va donner naissance à un monde nouveau : le monde urbain.

La ville, essentiellement lieu commercial à l’origine, se transforme peu à peu en centre de production. Ce monde urbain se développe rapidement et c’est vraiment un monde entièrement nouveau qui provoque un renversement de toutes les habitudes, une transformation complète des relations humaines.

Cette société urbaine est en effet régie par de nouveaux rapports sociaux.

Un désir de liberté et de fraternité

Les structures politiques féodales ne sont plus adaptées à cette nouvelle classe des marchands qui revendiquent une plus grande autonomie. Pour faire aboutir leurs revendications, les habitants des villes se groupent en association ou commune. Ainsi naît le mouvement communal qui s’étend rapidement à travers toute l’Europe et dont le but est de libérer les villes du pouvoir seigneurial.

En s’organisant en communes, les hommes de ce temps veulent se libérer de tout système social existant. Ils veulent établir entre eux des rapports sociaux adaptés aux exigences d’une économie de marché et de libre circulation. Une de leurs aspirations principales est la liberté pour les villes de s’administrer elles-mêmes, et aussi une certaine égalité dans les rapports humains (le contrat féodal liait toujours un inférieur à un supérieur, il créait un rapport de subordination et de dépendance). Les communes rejettent toute cette hiérarchie sociale. Aux relations verticales de dépendance, elles veulent substituer des relations horizontales de solidarité. A une société établie sur la subordination, elles opposent une société fondée sur l’association. Tous les citoyens d’une même localité s’unissent par un serment d’aide mutuelle. Dans le système féodal, le serment liait deux personnes ensemble (le vassal et son seigneur), le serment communal lie la personne à un groupe, il unit des égaux. C’est proprement révolutionnaire : le caractère égalitaire du serment qui lie entre eux les membres d’une communauté. On peut dire qu’avec l’avènement des communes, l’idée de fraternité est dans l’air.

Mais si cette nouvelle société porte en elle le meilleur (élan vers plus de liberté et de fraternité) elle porte aussi le pire : l’amour de l’argent.

La priorité de l’argent qui circule plus facilement dans toute l’Europe

On assiste en effet à un réveil de l’argent. Le symbole de la richesse n’est plus seulement la terre, mais l’argent. Le développement de ces villes est dominé par le pouvoir de l’argent et la politique du profit. Et l’argent va tout gâter.

Celui-ci jour un rôle prépondérant non seulement dans l’économie nouvelle, mais aussi dans la vie politique. Il permet aux éléments les plus riches de la bourgeoisie de monopoliser les charges municipales et ainsi d’accaparer le pouvoir et de faire la loi. Ces riches bourgeois ont ainsi en main toute l’administration et toute la juridiction de la ville. Et le gouvernement des villes devient un gouvernement oligarchique, les mêmes familles se perpétuant le pouvoir.

Entre les communes les rivalités d’intérêt ne tardent pas à se manifester : dès qu’une ville s’érige en commune autonome, son premier réflexe est d’élever des remparts. A Assise, par exemple, les habitants ont construit une enceinte à leur ville avec les pierres de l’ancienne forteresse féodale qu’ils viennent de raser. Les cités voisines en font autant, chacune défie l’autre. Ce sera ainsi la guerre entre Assise et Pérouse.

Et au sein de chaque commune apparaissent de nouvelles inégalités sociales et de nouvelles formes d’oppression. Le petit peuple qui peine n’est guère avantagé par les nouvelles règles qui profitent aux riches. Les gros commerçants tiennent ainsi sous leur dépendance une foule d’artisans, suscitant de fortes tensions.

Conclusion

Tout cela montre à quel point Le passage du monde féodal à celui des libertés communales constitue un changement de société difficile :

 d’un monde rural on passe à un monde urbain,

d’un monde stable, lié à la terre, on passe à un monde en mouvement,

d’un monde basé sur la vassalité et la subordination on passe à un monde fondé sur l’esprit d’association,

mais cet esprit d’association est battu en brèche par l’esprit du gain, par la passion de l’argent et du pouvoir,

cette passion engendre de nouvelles inégalités et de nouvelles oppressions.

Situation de l’Eglise

Quelle est la situation de l’Eglise au sein de cette nouvelle société ?

En ce début du XIIIème siècle, elle apparaît au faîte de sa puissance. Elle est en effet une formidable puissance temporelle solidement installée sur des propriétés foncières immenses. Les évêchés et les monastères couvrent l’Europe ; les évêques et les abbés sont de véritables seigneurs féodaux.

Mais elle est en fait prisonnière du système féodal. Elle a perdu le réflexe évangélique et se comporte elle-même comme une puissance de ce monde ; elle réagit par la violence à tout ce qui s’oppose à elle. Ainsi pour défendre la foi contre l’hérésie, elle n’hésite pas à utiliser des moyens violents, comme la répression : en 1209 c’est la fameuse croisade dite des Albigeois menée contre les Cathares par le pape Innocent III.

Cette Eglise reste liée à un système féodal périmé et oppressif et est incapable de comprendre ce monde nouveau.

Face à cette Eglise riche et puissante, un malaise profond est ressenti dans le peuple chrétien et le bas clergé. Le petit peuple des villes et des campagnes se sent de moins en moins chez lui dans une Eglise dont les pasteurs sont eux-mêmes des seigneurs.

Alors naissent un peu partout des groupes, des communautés de base, qui en réaction contre la puissance et la richesse de l’Eglise veulent revenir à la simplicité et à la pauvreté de l’Evangile. Ces mouvements partent du peuple et des nouvelles couches sociales (ouvriers ou marchands), ils promeuvent des rapports plus fraternels et plus libres et se répandent très rapidement à travers toute l’Europe.

Parmi eux certains se radicalisent et en viennent bientôt à une remise en question de l’Institution.

Ce sont les groupes de pénitents dont nous reparlerons plus tard.

La place de François

C’est dans ce contexte riche d’aspirations humaines et au sein d’une Eglise dont la toute-puissance est peu à peu battue en brèche, qu’apparaît François. Il reprendra à son compte les aspirations et les espérances des hommes de son temps. Il créera effectivement la fraternité, une fraternité réelle, ouverte à tous.

François est issu de cette classe marchande enrichie. Il respire avec délice cet air de liberté, heureux de vivre dans un monde qui bouge. Il a une immense joie de vivre, aime faire la fête, a un tempérament de meneur. Il aime éblouir ses compagnons et fait partie de la classe montante. Il rêve de gloire.

Il est issu de ce monde des communes, il en partage l’idéal de liberté et de fraternité, mais il découvre aussi l’envers de ce monde : la domination de l’argent et les détresses que cela engendre. Il s’ouvre alors au monde des pauvres et des exclus.

Et vous connaissez ses conversions successives : le rêve de Spolète «qui peut te faire le plus de bien, le maître ou le serviteur ? » ; la rencontre du lépreux « ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’âme et du corps » ; l’Evangile de la saint Matthias « voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, ce que du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir » ; le crucifix de saint Damien « va et répare ma maison qui tombe en ruines » ; le dépouillement devant son père « en toute liberté désormais, je pourrai dire Notre Père qui êtes aux cieux »

François adopte rapidement une vie itinérante et très vite le Seigneur lui donne des compagnons. Il est donc appelé à incarner son idéal de vie évangélique dans une communauté humaine de plus en plus nombreuse, mais pas instant l’idée ne l’effleure de fonder un nouvel Ordre religieux. Il se présente d’ailleurs avec ses frères comme « des pénitents venus d’Assise » et il est toujours resté laïc (non clerc)

Comment se présente cette nouvelle communauté ?

Mobilité apostolique Le modèle de vie des disciples est celui de la mission ; ils sont envoyés deux par deux à travers le pays pour annoncer la paix et prêcher la conversion. Les frères sont donc des voyageurs.

Pauvreté pascale Cette mobilité les voue à la pauvreté (à la différence des grands ordres monastiques de l’époque bénédictins…), ils sont sans ressources. Pauvreté d’itinérants et de mendiants, à la suite du Christ pauvre et sans abri.

Fraternité A côté de la mobilité apostolique et de la pauvreté pascale, ce qui caractérise essentiellement la nouvelle forme de vie évangélique, ce sont les nouveaux rapports humains qui existent à l’intérieur du groupe lui-même. Tous les membres sont également frères.

Frères mineurs L’appellation ‘minores’ avait à l’époque une signification de classe, par opposition aux « majores » (les bourgeois), les minores étaient tous ceux qui n’avaient pas les premières places dans la nouvelle société ou pas de place du tout. Les frères doivent rester dans la foule de ces gens sans importance.

Soumis à l’Eglise Ils sont au cœur de l’Eglise. François ne s’érige pas en censeur de l’Eglise, il choisit de vivre l’Evangile dans l’Eglise, soumis à elle.

Des caractéristiques que nous retrouverons également dans les fraternités de pénitents de l’époque.

François était un homme libre : 

« Personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon le saint Evangile » (Test 14)

Cette liberté de vivre, François la respecte en chacun de ses frères. Il n’est pas question pour lui d’imposer un modèle.

« Quelle que soit la manière qui te semble la meilleure de plaire au Seigneur Dieu et de suivre ses traces et sa pauvreté, adopte-la, avec la bénédiction du Seigneur Dieu et ma permission. » (lettre à frère Léon)

B. Les laïcs associés, origine et évolution

Nous avons donc vu dans quel contexte François vivait, dans quel contexte se répandaient les groupes de pénitents, à l’origine de nos fraternités, revenons un peu en arrière sur la notion de « laïcs associés ».

Ce terme est un terme général englobant tous les laïcs qui gravitent dans l’orbite de communautés religieuses. Ce sont aujourd’hui les membres des GVE, les tertiaires, les coopérateurs (salésiens), agrégés, volontaires, amis…

Il est intéressant de constater que, de tous les temps, des laïcs se sont regroupés ainsi autour des monastères et des couvents et cela de manières très diverses.

       1- Dès le 5ème siècle, des hommes et des femmes, déjà appelés  pénitents »  
  s’engagent volontairement dans une vie chrétienne plus rigoureuse : l’état pénitentiel, état juridique reconnu par l’Eglise. Ils vivent dans leurs maisons mais sous le contrôle d’un évêque ou d’un abbé. Puis ce genre de vie disparaît peu à peu la priorité étant donnée aux clercs et aux moines.

      2- Au début du christianisme, il y avait deux manières d’être chrétien laïc ou clerc. Puis apparaît la notion de monachisme (4ème siècle en Orient, 5ème siècle en Occident saint Benoît de Nursie au mont Cassin). Les religieux, vivant selon une règle mais la plupart des moines n’étaient pas prêtres à cette époque-là. Le monachisme est vu alors comme la plus haute voie spirituelle. Une nouvelle forme de vie pour ceux qui veulent être « parfait », quitter le monde pour trouver la perfection chrétienne. La perfection chrétienne s’identifie au monachisme ; le moine est le seul à mener une vie purement spirituelle, les monastères sont le ciel sur la terre. Ceci explique le succès du monachisme et la fascination de cet idéal pour les laïcs.

      3- Les premiers efforts pour repenser la place des laïcs dans l’Eglise datent de l’époque carolingienne (Charlemagne), au début du 9ème siècle : Jonas d’Orléans
écrit un traité sur les laïcs (ordo laicorum) où il leur prescrit de mener une vie réglée, il prône le mariage monogamique et stable, la fécondité et la priorité des valeurs familiales. Mais cela ne touche que des milieux très limités, essentiellement l’aristocratie.

     4- A la fin du 11ème siècle apparaissent les convers et converses : ce sont
au départ des laïcs mis au service d’une communauté monastique. Ces convers participent à la vie conventuelle en y oeuvrant concrètement. Les monastères devenant de plus en plus importants et la liturgie prenant de plus en plus de place, les moines et moniales ne pouvaient plus en assurer le fonctionnement matériel. Ces convers étaient des laïcs séculiers, mais avaient une vie commune, leurs propres dortoirs et réfectoires, ils assistaient à certains offices, mettaient leurs biens en commun et avaient une vie religieuse intense. Une idée nouvelle pour l’époque apparaît : il n’est pas nécessaire de devenir moine pour vivre en chrétien authentique. Il suffit d’être dans la mouvance tout en gardant un statut de séculier.

Mais ce concept évolue. Les moines deviennent de plus en plus souvent prêtres.

Et peu à peu on distingue les « moines de chœur » : ceux qui savent lire le latin, ont fait des études, sont nobles et les « frères convers », qui n’ont pas fait d’études et font uniquement du travail manuel. On retrouve alors dans l’Eglise les clivages de la société et les convers deviennent des moines de seconde zone.

 


     5- Au 13ème siècle le mouvement des béguines est en pleine expansion. Depuis
le Moyen-Age il s’est développé particulièrement dans le Nord de l’Europe, en région urbanisée des Pays-Bas, dans la vallée du Rhin et le Nord de la Belgique (béguinage de Bruges). Il trouvera son apogée au 17è siècle. Ce sont des femmes qui souhaitent vivre une vie spirituelle plus authentique sans pour autant entrer dans un couvent. Elles vivent seules ou en communauté et sont souvent issues de milieu bourgeois ; ce sont des vierges ou des veuves. Elles fondent leur vie sur le travail manuel et la prière.

Mais déjà à partir de la fin du 12ème siècle on peut constater au sein de l’Eglise un réveil évangélique, la naissance de nouvelles formes de vie religieuse et une plus grande affirmation des laïcs. La vie active est réhabilitée par rapport à la vie contemplative. L’accent est mis sur les pauvres et les actes de charité. Ce réveil évangélique est centré sur la personne du Christ et la règle de salut devient : imiter le Christ. Il n’y a pas d’autre règle que l’Evangile du Christ.

C’est ainsi que naissent diverses communautés : les ordres de chevalerie, les maisons Dieu (hospices et hôpitaux menés par des laïcs), léproseries…

Dans ce contexte naît l’idéal pénitentiel

Il demande à ceux qui veulent le vivre de choisir de se convertir en changeant de vie. Cela passe par l’adoption d’un style de vie plus simple et aussi d’un « habit », d’un style d’habillement, pauvre, de qualité médiocre. Des hommes et des femmes qui restent dans le monde mais ne se comportent plus de façon mondaine.

Cet idéal peut prendre une forme individuelle ou collective.

Une forme individuelle :

On connaît des pénitentes célèbres : Elisabeth de Hongrie (1207 – 1231), Marguerite de Cortone (1247 – 1297) ont vécu pleinement cet idéal de pénitent : refus d’installation dans le monde, vie de pauvreté, ascétisme qui vise à devenir semblable au Christ souffrant.

Une forme collective :

Dans les milieux bourgeois citadins naissants apparaissent de nouveaux ordres de Pénitents. Par exemple, les « Humiliés de Lombardie » au début du 13ème siècle à

Milan : des artisans qui se sont groupés pour vivre de façon plus évangélique en vivant dans leur propre maison mais suivant un « projet de vie » (propositum), approuvé par Innocent III dès 1201. Ils s’engagent à une vie de prière plus intense et à changer leur rapport avec la société : restituer tout bien mal acquis, renoncer à toute activité malhonnête, refuser de porter les armes. Ils se réunissent en fraternités mélangeant toutes les couches sociales mais ils restent dans le monde.

Conclusion

les mouvements de laïcs associés ont eu des formes très variées et sans cesse mouvantes

à l’initiative il y a presque toujours eu des laïcs

Le 12ème siècle a été l’âge d’or de tous ces mouvements quand tout était encore très

informel. Il était impossible pour l’Eglise d’accepter que cette vie communautaire ne soit pas une vie de clôture et elle a de nouveau enfermé les tertiaires dans des couvents par peur de ces êtres « hybrides » et par désir de faire rentrer dans le rang les laïcs. Peu à peu une volonté de structure a donc mené à une perte de substance de ces mouvements et on s’est vite retrouvé en présence de cette dichotomie entre laïcs et clercs : chacun étant renvoyé à son état.

C. François et les laïcs de son temps

Voyons maintenant à partir de ses écrits et de ceux de ses biographes comment François se situe vis-à-vis de ces mouvements de pénitents.

à partir des textes franciscains

Dans le tout début de son Testament, François nous dit : «Voici comment  le Seigneur me donna, à moi, frère François, la grâce de faire pénitence » et il ajoute peu après : « Ensuite j’attendis peu et je dis adieu au monde ». On retrouve donc ces deux éléments : pénitence et adieu au monde. Et en même temps, François ne revendique pas le statut de clerc, il reste laïc et n’a pas l’intention de devenir moine, encore moins de créer un ordre. François et ses premiers frères sont donc d’abord de ces « pénitents laïcs ». Très rapidement, le nombre des frères s’accroît et quand on leur demande d’où ils viennent, ils répondent souvent : « nous sommes des pénitents originaires de la ville d’Assise » (AP41)

Bientôt, la vie et la prédication de François touchent toutes les couches sociales et toutes les formes de vie : « hommes et femmes, clercs et religieux, couraient voir et entendre le saint de Dieu … Sous la motion de l’inspiration divine, beaucoup d’hommes, nobles ou non, clercs ou laïcs, vinrent trouver François parce qu’ils désiraient servir Dieu jusqu’à la mort sous sa direction. … Il a donné à tous une Règle de vie et selon la condition de vie de chacun, indiqua le vrai moyen de se sauver » (1 C 37)

Des couples viennent lui demander ce qu’ils doivent faire pour vivre eux aussi en suivant l’Evangile d’une manière plus authentique : « des hommes et des femmes mariés, qui n’avaient pas la possibilité de renoncer aux liens du mariage, s’engagèrent sous les conseils des frères à pratiquer une pénitence plus stricte dans leurs propres maisons » (3 S 60)

François attire des personnes de tous les âges, hommes et femmes, et de tous les milieux.

Il conseille à tous de rester fidèles à leurs engagements « séculiers » et leur donne à chacun un « Règle de vie » conforme à leur propre statut dans la société. Il les oriente vers les associations de pénitents existantes.

On pourrait aussi faire référence à la « Lettre à tous les fidèles » où François, dans sa 1ère rédaction s’adresse « à ceux qui ont choisi une vie de pénitents » et « à ceux qui refusent la vie de pénitents », faisant une distinction entre les deux. Dans cette lettre François s’adresse à ceux qui, après l’avoir écouté veulent se convertir. Dans la deuxième version de cette lettre, beaucoup plus détaillée, il y définit le style du pieux laïc. Les destinataires de cette lettre sont sans doute les chrétiens clercs ou laïcs menant une vie religieuse plus intense et peut-être liés à saint François d’une manière plus particulière. Ces milieux chrétiens sont peut-être les cellules initiales du Tiers-Ordre. Ce n’est pas une règle, mais une manière pour chacun de vivre le salut dans son état de vie.

Institutionnalisation des ordres de pénitents

Peu à peu, ces laïcs, surtout des gens des villes, s’organisent eux-mêmes en fraternités. A cette époque, ils ne sont pas sous la direction des frères, ils restent sous la juridiction de l’évêque, qui est leur garant et leur protecteur. Chaque fraternité élit deux « ministres » (serviteurs) chargés de l’animation du groupe. Ils sont assistés d’un conseil. Ils ne font pas de vœux et n’ont pas de règle à proprement parler.

1221 – 1228 : mais dès 1221 existe un texte législatif appelé « Memoriale propositi fratrum et sororum de penitentia in domibus propriis existentium » (mémoire du projet de vie des frères et sœurs de la pénitence vivant chez eux) = ce texte, attribué au cardinal Hugolin est un texte où abondent des éléments empruntés au « propositum » des Humiliés, approuvé par Innocent III dès 1201. Il est considéré comme la 1ère Règle

d’inspiration franciscaine de l’Ordre de la pénitence et donne des indications sur la manière de vivre de ces pénitents. Mais nous n’avons pas ce document. Celui que nous avons est le texte remanié en 1228 et qui donne des règles précises :

austérité dans le vêtement

simplicité de vie

jeûnes sévères

prières

interdiction de porter les armes

s’acquitter de la dîme

cotisation mensuelle pour les pauvres

responsable du groupe = ministre

obligation de faire son testament

après un an de probation, le candidat, s’il en est jugé digne, prononce sa profession perpétuelle

Mais, souplesse dans l’application des règles selon la situation de chacun.

Liens avec l Ier Ordre, tantôt recommandations aux ministres provinciaux de visiter les frères de la pénitence, tantôt mis directement sous la juridiction de l’évêque.

1289 règle de Nicolas IV les pénitents glissent dans l’orbite institutionnelle des ordres mendiants

Au sein de l’Eglise, ces groupes informels sans règle stricte, revendiquant une pauvreté absolue et le droit de ne pas porter les armes, finissent par poser problème à l’Eglise qui ne les voyait pas d’un très bon œil. Pour structurer un peu tout cela, le pape Nicolas IV par la bulle « supra montem », institue le « Tiers-Ordre de la Pénitence du bienheureux François » et en établit la « forma vitae » (forme de vie) ou « Règle » qu’il impose à tous les frères et sœurs de la pénitence comme la nouvelle règle des pénitents. Mais ce n’est pas une règle à proprement parler, plutôt une forme de vie comme son nom l’indique. C’est en quelque sorte la fondation des Tiers-Ordre.

Cette règle garde presque intact le texte du mémorial de 1228 et l’Ordre de la pénitence reste sous la direction du Ier Ordre, elle restera en vigueur jusqu’au pape Léon XIII (1883).

Rôle social de ces fraternités, expansion et fécondité, aux 13ème et 14ème siècles

Qui sont les membres des fraternités ?

Les membres de ces fraternités exprimaient la volonté de vivre dans le monde sans être totalement du monde.

Au 13ème siècle, ces fraternités de pénitents se répandent de façon spectaculaire, preuve de la vitalité du mouvement franciscain à cette époque. Leurs membres font tout pour essayer d’adapter l’idéal évangélique à la société de leur époque et trouvent également dans ce mouvement un lieu pour approfondir leur foi chrétienne. Pour ses membres il s’agissait de vivre l’idéal évangélique message d’amour et de paix, aussi bien dans la vie familiale qu’au travail et dans les préoccupations quotidiennes. Tous étant sur le même pied d’égalité : le roi et le vassal, le noble et l’homme du peuple, le lettré et l’artisan : en 1252, sur une liste de 57 laïcs de la fraternité de Bologne, on trouve des notaires, des copistes, des selliers, des barbiers, des cordonniers, des menuisiers, des papetiers, des boulangers, des pharmaciens, des tanneurs…

Tous avaient conscience d’appartenir à un « ordre » avec ses privilèges (comme en Afrique) et ses exigences.

Privilèges accordés : Auberger

en 1227, proclamé par le pape Grégoire IX immunité fiscale des biens légués aux Pénitents pour leurs œuvres. Cela donne aux fraternités un certain prestige et attire des membres de la haute bourgeoisie : marchands, banquiers, juristes, notaires… Alors qu’auparavant la fraternité recrutait en priorité parmi les artisans et les boutiquiers.

1253, le pape Innocent IV rappelle un privilège ancien : exemption des fonctions publiques, du service militaire,

l’indulgence plénière est accordée à tous ceux qui entrent en fraternité

une indulgence spéciale pour tous ceux qui se rendent aux réunions mensuelles même sans être inscrits (un encouragement pour le recrutement)

Mais ce sont aussi des laïcs qui sont bien insérés dans la société de leur temps et qui participent activement à son développement par toutes sortes d’actions sociales et politiques.

Quels types de services rendaient-ils ?

Ils contribuent fortement à la vie des cités et ont un rôle important dans la société :

Facteur d’intégration sociale : On peut constater que ce mouvement laïc fut essentiellement un phénomène urbain. Le développement de ces confréries laïques s’appuie la plupart du temps sur un noyau composé d’artisans et de membres de professions libérales (notaires, médecins, avocats). Au cours du 13è siècle, ces laïcs semblent se recruter surtout parmi les habitants des bourgs (les bourgeois) récemment établis dans les villes en pleine expansion. Ces nouveaux venus, imparfaitement intégrés dans les anciens milieux aristocratiques des vieilles cités trouvaient dans ces groupements, à la fois un lieu pour approfondir leur vie chrétienne et un moyen de mieux s’insérer dans la Cité. Ainsi, ces fraternités jouent un rôle important dans l’intégration sociale des nouveaux venus de la nouvelle société naissante.

Ils jouent aussi un rôle politique et administratif non négligeable : actifs dans la mise en place des statuts communaux de certaines villes et dans l’élaboration de traités de paix entre les cités. Leur action en faveur de la paix fut manifestement une forme essentielle de leur engagement.

Exemples : rédaction du catalogue des biens des citoyens de Pérouse, un pénitent de Pérouse est préposé à la réparation d’un « pont neuf » sur le Tibre, un autre à la construction de 25 maisons près de l’hôpital, le ministre des frères de la Pénitence doit choisir un fidèle de son Ordre pour réparer les murs et portes de Pérouse…

Ces laïcs chrétiens tentent également de faire passer au niveau des institutions et des mœurs le message évangélique : combat pour la justice sociale, fondations charitables (hospices, hôpitaux, dispensaires, léproseries…) protestation contre l’emprise croissante de l’argent.

Exemples : en 1312, ils distribuaient le pain aux prisonniers à Pérouse

En 1342 ils détiennent l’unique clé d’une des deux serrures de la nouvelle prison

Ils ont la charge de s’occuper des détenus libérés à l’occasion d’une fête et aussi de veiller à ce que les fautes reprochées aux prisonniers soient suffisamment claires pour une éventuelle relaxe.

Ils ont le rôle de distribuer les aumônes aux pauvres à Pérouse

Ils contribuent beaucoup à canaliser ce vaste mouvement de piété populaire qui peut charrier le meilleur et le pire : diffusion de chants religieux et de livres de prières en langue vulgaire.

Exemples : tenaient l’office de sacristains : tenir nuit et jour une bougie allumée devant la statue de la vierge, allumer les cierges pendant la célébration de la messe, procurer l’encens.

Ainsi, c’est bien de ces fraternités de laïcs pénitents que François et ses frères avaient stimulées et multipliées, que jaillit la troisième branche de la Famille franciscaine appelée les Tertiaires ou Tiers-Ordre franciscain, et aujourd’hui la Fraternité franciscaine séculière.

 

 
    Ces fraternités, ces groupes de pénitents, évoluent ensuite au cours des siècles.

Du 14ème au 20ème siècle

Au 14ème siècle, le Tiers-Ordre de St François a largement dépassé les frontières de l’Italie. Partout où arrivent des Frères Mineurs, des laïcs veulent, à leur exemple, mais selon leur propre mode de vie, vivre aussi l’Evangile. Ainsi, un siècle après, se renouvelle ce qui s’était passé au temps même de François : des hommes, des femmes vont trouver les frères et leur demandent : « indiquez-nous un chemin qui nous aide à mieux vivre notre vie chrétienne ».

Lumières et décadence aux 15ème et 16ème siècle

Malgré la tiédeur de l’époque (néo-paganisme de la Renaissance, guerres de religion, destructions des couvents et de leur influence spirituelle), où les laïcs tertiaires sont laissés à eux-mêmes, l’héritage de St François continue à se transmettre, plus particulièrement par les « sans grades  de la sainteté » dont l’histoire n’a pas retenu les noms.

Glissement vers la pieuse confrérie du 17ème au 19ème siècle

Les innombrables groupements de tertiaires qui existent à cette époque s’occupent principalement de la vie religieuse de leurs membres et peu des œuvres extérieures en faveur des plus démunis. Trois raisons à cela : l’esprit d’individualisme qui régnait alors, l’apparition de nouvelles congrégations s’occupant des œuvres de bienfaisance (St Vincent de Paul), et enfin un recrutement qui s’étendait plutôt à la noblesse et à la bourgeoisie, peu enclines à s’orienter vers cette voie. Pour exemple, cet extrait d’un manuel de formation où l’auteur présente la Règle aux laïcs : « pour les aider à vivre dans le monde, sans y vivre selon l’esprit du monde, mais bien celui de Jésus-Christ, qui est un esprit d’humilité, de mortification et de croix. C’est ce que vous avez heureusement commencé en embrassant le Saint Ordre de la Pénitence, qui est une imitation du Calvaire et une des plus vives expressions de la vie souffrante du Sauveur ! ».

D’autre part, on peut constater un glissement également concernant la « direction » des fraternités : initialement, et partant du premier texte de la règle de 1221, les fraternités se gouvernaient elles-mêmes et élisaient ses responsables. Mais, peu à peu, les laïcs perdent toute autonomie et tombent sous la juridiction directe des frères du Premier Ordre.

Réveil au 19ème siècle

A partir de la deuxième moitié du 19ème siècle, le Tiers-Ordre connaît un renouveau extraordinaire.

Si l’action des laïcs dans l’Eglise est de tous les temps, l’organisation collective de l’apostolat est bien une innovation du 19ème siècle. C’est l’élaboration de la

« démocratie chrétienne », la naissance des mouvements de l’action catholique.

C’est aussi l’époque du pape Léon XIII, qui intervient dans le domaine social et politique (encyclique Rerum novarum sur la condition ouvrière) et pousse ainsi les laïcs à s’engager.

Léon XIII a tout particulièrement défendu le Tiers-Ordre franciscain dans lequel il mettait tous ses espoirs pour le renouveau de la société chrétienne, il voulait en faire l’instrument privilégié de sa « révolution sociale ».

Il souhaite que la Règle soit changée pour s’adapter aux exigences de la vie moderne, tout en gardant l’esprit de ses origines.

1883 Nouvelle Règle qui modifie et complète ce qui semble désuet ou rigide et conserve ce qui peut s’adapter à la vie d’un chrétien laïc :

- obligation de porter le petit scapulaire et le cordon

- nécessité de faire un an de noviciat avant la profession

- éviter les spectacles profanes

- sobriété dans les repas

- confession et communion mensuelles

- récitation quotidienne de 12 Pater et Ave Maria, Gloria

- obligation de faire à temps son testament

- examen de conscience journalier

- assistance quotidienne à la messe, à la réunion mensuelle

- quote-part volontaire pour les dépenses de la fraternité, pour l’aide aux pauvres

- renouvellement des charges tous les trois ans

- visite annuelle des religieux du Ier Ordre.

Avec Léon Harmel, en France, le Tiers-Ordre franciscain, va connaître ses heures de célébrité et d’influence.

Léon Harmel est un industriel, patron d’une filature près de Reims, entré dans le Tiers-Ordre, il entreprend de faire de sa fabrique une sorte de communauté où les ouvriers eux-mêmes dirigent un ensemble d’œuvres destinées à les sortir de leur isolement et du paupérisme : cercles d’études, caisses d’épargne, de crédit, de secours, coopératives…Convaincu par l’encyclique « rerum novarum », sur la condition ouvrière, de la nécessité de soutenir le prolétariat, il crée dans son entreprise un « supplément familial de salaire » pour les familles dont les gains n’atteignent pas le minimum jugé indispensable pour vivre. Il est ainsi le véritable initiateur des allocations familiales, l’inventeur en étant, 25 ans plus tard, Emile Romanet, autre laïc franciscain.

Suivant les recommandations du pape Léon XIII, Harmel tente également une réforme du Tiers-Ordre franciscain : à partir de 1893 c’est la naissance de grands congrès régionaux et nationaux qui condamneront clairement les abus du capitalisme.

Le congrès de Paray-le-Monial, en 1894, est un véritable coup de tonnerre : ses délibérations, résumées en dix vœux, ancrent bien les fraternités dans les réalités sociales de l’époque. Pour exemple, quelques phrases du 13ème vœu résumant la

« mentalité franciscaine » :

« Il a la mentalité franciscaine celui qui croit que ce n’est pas par la seule aumône qu’on peut et doit remédier aux misères imméritées des travailleurs ; que l’ouvrier sobre et honnête n’est pas un pauvre ; qu’il lui est dû, non pas par charité mais en justice, le nécessaire matériellement et moralement pour qu’il puisse vivre, dans l’état normal, sans recourir à la mendicité, même dans ses vieux jours. » (des laïcs dans l’Eglise p 157)

Mais ce courant est de courte durée, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et l’anti-cléricalisme ambiant créent des divisions profondes, et c’est finalement Rome qui, dans une lettre officielle, interdit aux fraternités de traiter de problèmes sociaux. Et, paradoxalement, c’est le pape Léon XIII, l’auteur de rerum novarum qui ramène le Tiers-Ordre à un mouvement de piété populaire !

Au début du 20ème siècle, d’autres laïcs franciscains prennent le relais au sein de l’Action Catholique. C’est la création des « semaines sociales », la fondation par Joseph Folliet des « Compagnons de St François », en 1927.

Mais c’est surtout après la 2ème guerre mondiale que les changements les plus importants vont se faire remarquer.

Relecture de la vie de la Fraternité séculière en France depuis 60 ans

Il semble particulièrement intéressant d’observer l’évolution de la Fraternité séculière en France depuis les soixante dernières années : c’est dans ce terreau que s’enracinent nos fraternités d’aujourd’hui et c’est à partir de là que l’avenir se profile.

Après la guerre, des fraternités nouvelles de foyers et de jeunes :

Après la guerre naissent des fraternités nouvelles, surtout de foyers et de jeunes, à côté des fraternités anciennes du Tiers-Ordre, qui étaient séparées, hommes-femmes.

Ces fraternités plus jeunes s’établissent surtout dans les villes, elles sont mixtes et se réunissent plutôt à domicile ou dans une salle paroissiale qu’à l’église.

Elles sont souvent plus petites.

Dans les anciennes fraternités (du TO) la référence de base est la règle de Léon XIII qui tient d’avantage du règlement que de l’inspiration évangélique franciscaine. L’appartenance au TO se fait par étapes (postulat, noviciat, profession). Les temps forts sont la réunion mensuelle et la visite canonique annuelle. Au plan personnel, l’accent est mis sur la messe, quotidienne si possible, et la confession mensuelle, sur la récitation de l’office, sur le port de l’habit (scapulaire et corde) et quelques autres exercices. Le TO fait de ses membres des « super-chrétiens ».

Les rites, les obligations et le langage sont en grande partie un décalque de la vie religieuse. Le TO est plutôt un « mouvement de piété ».

Fraternités nouvelles ont toujours comme référence la règle de Léon XIII. L’appartenance se fait toujours par les étapes prévues par le rituel, mais on innove sur la forme et on assouplit la pratique. Les demandes et les attentes de ces nouveaux groupes conduisent à mettre d’avantage l’accent sur la recherche évangélique et franciscaine. La référence devient de plus en plus l’Evangile et St François, et de moins en moins la règle. Ainsi s’amorce un changement profond qui va progressivement faire muter le TO d’un « mouvement de piété » en un « groupement de vie évangélique (le Comité national des GVE s’est constitué le 3 mai 1963). Dans la foulée la dénomination va changer également, avec une insistance sur la fraternité et l’état de laïcs (Tiers-Ordre devient la Fraternité séculière de saint François).

Une nouvelle génération de « laïcs franciscains » voit le jour. C’est aussi la grande aventure de Vatican II. Ainsi, la conjonction de cette nouvelle vitalité de la Fraternité et des perspectives ouvertes par Vatican II fait apparaître pour la Fraternité l’opportunité de faire le point sur son évolution.

Le carrefour national d’Orléans : 1963

Le Conseil National d’obédience franciscaine décide d’organiser un « Carrefour national des responsables de la Fraternité franciscaine ».

Le titre des actes de ce carrefour en résume l’enjeu : « pour un laïcat évangélique franciscain ». Les accents sont ainsi mis sur ces trois aspects : laïcat, évangélique, franciscain. La règle de Léon XIII est mise en cause officiellement, en particulier par les jeunes, elle n’est plus adaptée à l’époque

Pour répondre aux attentes nouvelles et aux perspectives ouvertes par le Concile, l’idée s’impose alors d’élaborer une « nouvelle règle », dans laquelle on verrait mieux l’inspiration évangélique et franciscaine de la Fraternité. Ce travail se met rapidement en route ; le Conseil National et les fraternités de base y sont étroitement associés.

Une collaboration plus étroite s’établit entre les deux obédiences. Qui aboutit à

La Champfortière : 1968

Pour la 1ère fois se retrouvent réunis les deux Conseils Nationaux (laïcs et frères) des deux obédiences, capucine et franciscaine. La décision la plus importante (qui se préparait déjà depuis quelques années) a pour objet la déclaration de l’unité et de la personnalité de la Fraternité séculière de St François. Elle donne lieu à un document qui a pour titre : « Déclaration commune des responsables nationaux de la Fraternité séculière de St François ».

Cette déclaration affirme de nouveau l’unité du laïcat franciscain et la personnalité propre de la Fraternité séculière : au moment où l’Eglise attend que les laïcs prennent de plus en plus leur pleine responsabilité, la Fraternité séculière doit affirmer et assumer sa responsabilité propre. Elle le fait en complémentarité et en réciprocité avec les autres branches de la Famille franciscaine

Au niveau de la structure, la Fraternité est prise en charge par les laïcs.

Les frères du Ier Ordre changent de dénomination, de pères directeurs, ils deviennent des « frères assistants ».

Conséquences concrètes :

Adaptation des structures : un seul CN, des conseils régionaux communs (la France est divisée en régions), des conseils locaux communs, une seule revue pour tous « Arbre ».

Adoption du « livret bleu » en 1971 comme document de référence commun.

En 1971 voit donc le jour le « livret bleu » : une proposition de vie en neuf chapitres. L’appartenance à la Fraternité se fait toujours par étapes mais on ne reprend plus les termes postulat, noviciat, profession. On leur préfère ceux de cheminement, adhésion à une fraternité, engagement de vie évangélique. On n’en précise pas la forme, on dit seulement qu’elles « s’expriment dans des cérémonies liturgiques adaptées ». Un texte qui n’est pas juridique, pas de préceptes, c’est une « inspiration »

Objectif 84

C’est alors une époque riche en vitalité et dynamisme. Témoin de cela le grand rassemblement à la porte de Versailles.

Les fraternités se veulent accueillantes à tous. L’esprit évangélique de François est bien mis en évidence et est bien au cœur. La réflexion et le travail des textes sont mis à l’honneur, mais la conscience d’appartenir à un Ordre plus large n’est plus très vive. Le Projet de vie, l’engagement dans la Fraternité séculière ne sont pas toujours proposés. Certains frères et sœurs entrés en fraternité à cette période n’en ont jamais entendu parler…

Parallèlement la FFS prend de plus en plus conscience de l’importance de vivre en Famille franciscaine. Les frères, les sœurs et les laïcs sont tous porteurs du charisme franciscain, chacun à leur manière, dans leur vocation propre.

1980 : création du Comité permanent franciscain, qui deviendra ensuite le CPFF.

Le grand rassemblement de Fraternité 2000 à Nantes est bien le témoin de cette volonté de se rencontrer et de témoigner ensemble.

Différentes actions sont menées en Famille : la création d’un site Internet, l’action auprès des jeunes (coordination franciscaine), le Service de communication franciscaine (SCF), les éditions franciscaines, Franciscans international, JPIC et le comité interreligieux. Il n’est pas toujours facile d’agir en Famille. Cela prend du temps et les responsables ne sont pas toujours disponibles…

Aujourd’hui

Les fraternités sont vieillissantes, mais quelle fidélité chez les « anciens » ! Les nouveaux arrivants sont souvent des retraités qui, entrant dans une nouvelle période de leur vie, souhaitent approfondir leur vie spirituelle ; ou des personnes seules qui souhaitent, entre autres, trouver une dimension fraternelle, remède à leur solitude. On y trouve aussi des personnes en marge de l’Eglise, heureux d’y trouver un lieu d’accueil et de fraternité.

Les jeunes essaient de se structurer en une jeunesse franciscaine.

L’engagement est remis à l’honneur : les nouveaux y adhèrent assez facilement, les anciens découvrent son sens et un certain nombre souhaite célébrer cette démarche.

Survol du chemin parcouru :

« En 50 ans la Fraternité a fait une évolution extraordinaire. Elle est passée :

d ‘un « mouvement de piété » à un « mouvement de vie évangélique »,

d’un accent porté par la Règle de Léon XIII sur des pratiques religieuses à la mise en forme d’une inspiration évangélique et franciscaine à partir du livret bleu puis de la « Proposition de Vie » de Paul VI,

d’une recherche de « sanctification personnelle » (en particulier par des exercices de piété) à une démarche d’apprentissage de la vie évangélique à la manière de François,

d’une « vie religieuse dans le monde » à une vie authentiquement laïque inspirée par l’Evangile,

d’une mentalité de « super-chrétiens » au niveau de la pratique religieuse à une fraternité largement ouverte à des gens en recherche,

d’une fraternité qui propose un chemin tracé, balisé par des étapes successives à une fraternité inventive qui permet à chacun de trouver son propre chemin,

d’une fraternité qui a déjà défini son identité et sa mission à une fraternité qui ne cesse de la découvrir à partir de l’Evangile et de St François. » Ephrem, Nantes, 1998

 

 

 

 

 

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  • : Fraternité Franciscaine Séculière
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  • : Pour mener une vie fraternelle et évangélique à la manière de François d'Assise, des hommes, des femmes, des foyers se rencontrent et constituent la Fraternité Franciscaine. Ceux qui veulent en faire partie, se retrouvent et construisent, jour après jour, une communauté évangélique. Ce blog est consacré à la région PACA
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