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Famille franciscaine : attente des laïcs

Au cours du Chapitre d'Orsay, Brigitte Gobbé, des Fraternités séculières de Suisse, responsable du Trimestre franciscain, était invitée à prendre la parole. Voici son intervention.

D'abord     merci    pour    votre accueil.  Je  suis  dans la  famille  franciscaine depuis vingt-cinq ans, et c'est avec grande émotion que je me trouve   aujourd'hui devant vous.
Ensemble, essayons de tendre un fil rouge, celui-ci étant le même pour toutes les branches, même si l'application est différente pour chacune.

Le fil rouge
Je partirai de différents aspects de la réflexion de Marc Donzé, vicaire épiscopal à Fribourg, spécialiste de Maurice Zundel, grand connaisseur de saint François et de sainte Claire d'Assise. En cernant aujourd'hui les enjeux de l'évangélisation en Église, il rejoint la spiritualité franciscaine dans sa vocation de missionnaire avec son corollaire : l'itinérance.
Marc Donzé reprend la problématique de la proposition de la foi en termes de construction d'identité. Cela ouvre des perspectives nouvelles, car, souligne-t-il, la quête de l'identité a subi une révolution copernicienne. À notre époque, la seule pertinence qui tienne est la pertinence existentielle.
Quelle réponse l'Église offre-telle à la recherche identitaire de nos contemporains ?
Hier, l'identité personnelle était très largement prescrite par l'institution; la personne ne pouvait que très légèrement modifier, parfumer cette identité culturelle, religieuse à laquelle elle appartenait. Aujourd'hui, la synthèse est dans l'individu. Elle se tisse en son for intérieur. L'être humain devient sujet, créateur de celle-ci. Tout peut être remis en question. Nous pouvons prétendre ne pas comprendre cette réalité et refuser d'y adhérer. Mais peine perdue ! Comme le rappellent les phénomé-nologues, nous ne pouvons échapper à cette évidence : le monde dans lequel nous évoluons nous façonne, il est utopique d'imaginer nous soustraire aux questions de nos contemporains.

Naître en Christ
Le visage identitaire du christianisme se résume au dépôt de la foi exprimée sobrement dans le kérygme. Ce dernier doit être réinterprété à chaque instant à partir des réalités humaines imbibant la société d'aujourd'hui. Il doit être offert dans un dialogue constant.

Qui dit offrande, dit un contenu à présenter. Cette offre est-elle uniquement de l'ordre du discours ou de l'expérience ? L'offrande majeure que nous avons à rayonner, nous, peuple ecclésial, c'est de permettre à chacun de rencontrer le Christ, d'expérimenter intimement sa présence.
Il ne s'agit pas de sentimentalisme, ni seulement de perception, mais de faire l'expérience que ma vie se transforme en relation avec le Christ qui vit en moi. Elle prend plusieurs formes possibles : la beauté, la recherche scientifique, un cœur à cœur qui met en lien avec le mystère... Les chemins sont multiples, mais sont toujours de l'ordre d'une révélation, car rien n'est possible hors de cette expérience. Passer du discours à la révélation doit nous occuper tous. Ce qui compte c'est ce fil rouge : rencontrer intimement le Christ, personnellement et communautairement: La pastorale d'engendrement met le doigt sur notre vocation chrétienne : naître en Christ. Si nous naissons et faisons naître en Christ, alors il y aura fécondité, quels que soient les moyens. Là passe notre fil rouge pour aujourd'hui.

•  Naître en fraternité
II découle de ces affirmations que nos communautés devraient être des communautés ferventes, priantes, accueillantes, authentiques et missionnaires par le fait même de cette authenticité. Elles sont des lieux de formation initiatique qui prennent en compte les ressources profondes de l'individu, sans placage : faire advenir les ressources de chaque être, faisant apparaître le joyau du Christ en chaque personne. Tout être humain a la possibilité de vivre l'expérience franciscaine solaire par le fait même qu'il loue les capacités de l'être à révéler le Dieu de Jésus-Christ.

•  Rayonner l'Évangile de la bonté
Ou bien la bonté transpire, ou bien elle ne transpire pas. Elle traduit le Christ qui se livre en nous, et non un vague cocooning fraternel.
Ces trois points sont des dénominateurs communs à toutes les communautés. Nous, franciscains, avons toujours à revisiter ces trois axes.

Les lieux franciscains

•  L'oraison
L'oraison est plus que jamais à privilégier. C'est là progressivement que s'effectue un réel retournement, une conversion qui nous fait passer de « Narcisse à Jésus » dans un cœur à cœur, dans une identité •• altérée », c'est-à-dire dans une identité qui se reçoit d'un autre. Ainsi nous adhérons progressivement à la personne de Jésus. II faut favoriser cette richesse de la créativité de la prière dans nos lieux. L'oraison féconde, transpire, abonde au cœur de l'humain de l'homme. Elle le rejoint donc dans sa quête de bonheur. Le fruit de l'oraison, c'est la mission. Comment envisager celle-ci dans nos lieux franciscains ?

L'itinérance
Il y a un enjeu entre l'expérience franciscaine dans l'histoire et les attentes missionnaires pour l'Église aujourd'hui. L'itinérance n'est pas uniquement d'ordre spatial, mais de l'ordre d'un déplacement intérieur, d'une démaîtrise permanente. Fondamentalement : ne pas mettre sous le mot "Dieu" une réalité clôturée, mais une réalité de don total, de dépossession exprimée dans le mystère trinitaire. L'itinérance est une expérience de l'être, celle de recevoir le don de se donner; expérience de déplacement, de déconstruction, de dépouillement
Ce n'est pas par hasard si les grands mystiques sont pétris d'incertitude dans leur certitude : doute et foi sont jumelles dans cette quête du Christ. Simone Weil disait qu'elle avait une grande chance dans son expérience des camps de concentration ; elle a découvert qu'elle ne devait pas mêler la foi à l'amour du prochain, qu'il ne fallait pas aimer à cause des qualités que l'autre a ou n'a pas. Peu importe que je sois sûr de l'existence de Dieu si ce qui me fait vivre est l'expérience de cet amour.
L'itinérance est importante dans le dialogue avec la pensée contemporaine. Une de ses dimensions est celle de la finitude qui traverse aussi tout croyant. Ce n'est pas parce que l'on est chrétien que l'on échappe à l'expérience de la finitude, de la mort. Le chemin pascal nous permet de dire dans les mots d'aujourd'hui ce qui questionne nos contemporains habités par l'absurde, le néant, le scepticisme...
Dans le chemin pascal, nous trouvons toutes ces dimensions. Jésus, vrai homme, a vécu l'angoisse, la solitude, le questionnement, le désir de voir s'éloigner la coupe, l'inconnu, l'abandon, l'acceptation, la remise de l'Esprit. Ce n'est pas signifiant de nous plonger tout de suite dans la résurrection. D'ailleurs, se laisser ressusciter suppose l'accueil de la croix, le consentement à ce que mon lieu d'accomplissement soit un lieu où je ne veux pas être. Ainsi, l'itinérance du ressuscité que je suis, va rejoindre la quête de bonheur, le désir d'une vie qui « tienne debout » qui révèle que l'amour est la seule substance. L'itinérance conjugue donc l'expérience intérieure de déplacement et de dialogue constant avec la pensée contemporaine.
Je n'aborderai pas, les questions anthropologiques, cernant aujourd'hui l'humanité de I'homme, son devenir, ses liens avec le cosmos, faute de temps.

Les attentes des laïcs envers les religieux

•  La disponibilité
Peu importe le nombre des frères, leur compétence, ce qui compte c'est leur disponibilité, leur vigilance, leur bonté, leur témoignage de vie personnelle et communautaire enracinée en Christ. Les laïcs peuvent ainsi repartir accomplir leur mission dans le monde.

•  L'accompagnement spirituel
« Nous ne pouvons pas prier autant que les religieux, mais nous avons besoin d'eux pour relire notre quotidien à la lumière de l'Evangile, dans une dynamique de conversion permanente ». Ainsi s'expriment plusieurs laïcs rencontrés.

•  La compréhension des mutations de nos sociétés
Très souvent, nous entendons ces réflexions dans les fraternités: «La différence de générations entre nous est telle que nous ne nous comprenons plus. Il y a une trentaine d'années nos membres des fraternités étaient des militants qui voulaient changer le monde par leurs idées, à coup de doctrines et de volontarisme. L'expérience centrale de la rencontre avec le Christ n'était pas forcément leur priorité mais leur engagement social sur le terrain était garant de leur engagement de chrétiens. Aujourd'hui toutes les questions concernant l'humanité de l'homme, sa relation à l'univers, son devenir, le sens de sa vie, sont prioritaires. Le succès des livres de Jean-Claude Guillebaud, d'Edgar Morin, évoquant les profondes mutations survenues ces dernières décennies en est la preuve. Les laïcs ont besoin de savoir comment les religieux évoluent dans le monde d'aujourd'hui, vivent leur foi, intègrent le réel philosophique, religieux, économique, sociologique. Ils ont aussi le vif désir de confronter leur chemin spirituel à l'aune de l'expérience fraternelle des religieux. Des repères leur sont nécessaires dans une société désécurisante.

Conclusion
Croire le monde sauvé plutôt que de vouloir, à la force du poignet le sauver, tel est le message franciscain aux chrétiens d'aujourd'hui.
Nous, franciscains, n'oublions jamais que la joie centrée sur le mystère pascal est au cœur de notre charisme. Ne pratiquons pas une lecture désenchantée du monde contemporain. N'ayons pas un regard pessimiste sur lui : « II est notre cloître ». ' Dieu est à l'œuvre dans toutes les réalités de l'histoire.
Chers frères, ne soyons pas désespérés. Que vous soyez deux, trois ou plus, les laïcs sauront goûter les fruits de la grâce en vos lieux. •
Brigitte GOBBÉ
Un autre article de Brigitte Gobbé également sur le site de Sherbrooke au Canada

la liberté franciscaine... la fraternité.. Brigitte Gobbé

http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-23991459.html

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