Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

Notre Conseil National de la Fraternité Séculière ayant choisi Lisieux comme siège de sa réunion annuelle, il eut été anormal que nous ne suggérions pas à notre assemblée un temps de méditation - si bref soit-il - sur les rapprochements et connivences spirituelles qui unissent deux grandes figures spirituelles, telles que Thérèse de Lisieux et François d’Assise. 
 Nous avons pris l’habitude de voir se suivre leurs fêtes au calendrier liturgique à quelques jours d’intervalle. Je me souviens qu’au Noviciat, on nous faisait se préparer à la Saint François, en méditant sur l’esprit d’enfance de Thérèse de l’Enfant-Jésus.
Et c‘est vrai que plusieurs points fondamentaux de la spiritualité de l’un comme de l’autre viennent caractériser leur démarche de foi, leur rapport à Dieu, à l’Église et au monde.

 Évidemment, ne faisons pas d’amalgame malheureux : François et Thérèse ont vécu dans des sociétés et un contexte ecclésial fort différents ! Mais leur désir ardent de trouver le Christ, de communier à sa Parole, de témoigner de son amour de l’humanité et de prier pour le salut de tout homme, - qu’il se croit mal aimé de Dieu ou oublié de lui, comme le Condamné à mort de Thérèse ou le lépreux de François, cela, et bien d’autres traits de leur spiritualité rapprochent ces deux passionnés de l’Évangile.

 Pour ce temps de méditation en préambule à notre Conseil National, je me suis inspiré d’un petit ouvrage de 125 pages du Père Stéphane-J PIAT O.F.M. publié aux Éditions Franciscaines en 1943, intitulé : « Deux âmes d’Évangile François d’Assise, Thérèse de Lisieux ». Cet ouvrage a rencontré un franc succès dès sa parution. Aujourd’hui, il garde beaucoup de sa pertinence et de sa finesse d’analyse, même si depuis, nous avons entrepris de revisiter nos sources et pris un certain recul critique nécessaire. En outre, 65 ans nous séparent de cette approche comparée de François et de Thérèse. La marque du temps se ressent dans le style, la langue, et surtout notre approche contemporaine de ces deux saints. Enfin, cet ouvrage présente l’inconvénient de citations sans références aux écrits de François ou de Thérèse. Mais vous reconnaîtrez sans peine ces sources où nous avons l’habitude de nous abreuver.

Voici donc brièvement cinq aspects convergents de leur spiritualité.
- 1 - Thérèse et François devant les Évangiles
Dès le début des 9 chapitres de son livre, le Frère Stéphane Piat marque d’emblée le trait majeur qui réunit dans une même ardeur, une même admiration, François et Thérèse : leur enthousiasme pour l’Évangile, où l’on découvre l’irrésistible ascendant de ce Maître spirituel, Jésus, le Fils bien aimé du Père, dont l’amour ardent pour notre humanité est folie.
Si Thérèse peut s’entourer de plusieurs livres de dévotion, selon l’esprit de son temps et le goût d’alors pour la multiplication des moyens dévotionnels, si elle compose volontiers elle-même des poèmes, c’est l’Évangile qu’elle nomme comme « son livre d’or et son trésor ». Mieux que tout autre discours pieux ou commentaire : méditer l’Évangile, c’est retrouver son Seigneur et communier à sa vie. Elle y revient toujours comme à la source authentique qui fait son bonheur. Elle trouve dans l’Évangile, la fraîcheur et la simplicité incomparable qui lui convient, et la totale liberté d’aimer Jésus à la folie, sans retenue. Dans la limpidité de cette source, elle trouve son repos et sa consolation, l’apaisement de ses craintes ou de ses angoisses. Car elle y rejoint son époux et son Seigneur, l’icône de la Sainte Face, dans un mystère de joies profondes et de souffrances consenties par amour.
François désigne aussi aux Frères, l’Évangile, comme livre de vie, comme la toute première Règle à observer, car on y voit les traces du Christ : voie, vérité et vie. Nous savons que François est pétri de la Parole de Dieu et que ses écrits, ses paroles, en sont une actualisation, une incarnation vivante. « Le Très Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du Saint Évangile ». A un ministre bibliophile, ou a un novice soupirant après un psautier, François dira : « Je ne veux pas, pour tous les livres, perdre le Livre de l’Évangile ». Thérèse et François sont donc d’accord pour préférer à toute autre source de lumière et de vie, l’Évangile dont ils étaient pétris. Seul l’Évangile leur montre le Christ vivant. À travers sa parole et sa vie, nous revivons les mystères de la Foi. Ainsi à Greccio, il se fait une représentation vivante de la Nativité, et à l’heure du passage, il met en scène sa propre mort à l’image de celle de Jésus.

- 2 - « Ils ont appris l’obéissance ».
 Thérèse et François « ont appris l’obéissance » selon ce que dit la lettre aux Hébreux en parlant du Christ. Thérèse y a trouvé le lieu privilégié de sa petite voie d’humble simplicité, l’esprit d’enfance. Souvent incomprise ou humiliée, blessée dans sa sensibilité, sa culture et ses goûts par des sœurs de sa communauté, jalouses ou envieuses, Thérèse se tait ou bien sourit. Par la voie du renoncement à ses propres projets, à ses désirs de mener le calendrier de sa vie, Thérèse s’essaie à l’humilité, à l’obéissance – elle qui a une forte volonté de puissance et qui, très jeune, s’écrie : « Je veux tout, je prends tout ». Thérèse cherche « à faire plaisir à Jésus ou au Bon Dieu ». Elle conservera toujours ces mots et cette volonté de chercher le bon plaisir de son Seigneur, ou de Jésus son époux. Elle avouera même que cette obsession de « faire plaisir au Bon Dieu » la tient sans cesse en sa présence, écrit le F. Stéphane Piat. Chez elle, c’est une forme de prière continue.
Elle consent à devenir « comme une balle entre les mains de son Seigneur », à être un jouet entre ses mains, malléable pour faire sa volonté et apprendre à s’en remettre à lui. Pour avoir tout, elle apprend à se dessaisir de tout.
En choisissant pour le jour de sa fête, ce passage de l’évangile de St Matthieu : « Celui qui ne devient pas semblable aux petits-enfants, humble comme ce petit enfant, ne rentrera pas dans le royaume des cieux. », l’Église a peut-être souhaité mettre en relief tout le travail que Thérèse a dû entreprendre sur elle-même pour entrer pleinement dans l’esprit d’enfance. Les chemins de son détachement, de la purification de son amour-propre, passe beaucoup par sa volonté à se plier aux exigences de la vie communautaire, ravalant plus d’une humiliation dans sa vie au Carmel. Elle y exprime, dans le détail des services rendus à sa communauté, ce surcroît d’amour pour les sœurs les moins sympathiques ou les moins compréhensives de son état.
François lui aussi, par une succession de choix, apprend aussi le chemin de l’obéissance. Il doit couper les ponts avec sa famille, ses fréquentations de jeunesse. Sa conversion le met à part, le contraignant à la solitude et aux moqueries de beaucoup. Puis viendront de tous bords d’autres sujets d’amertume : des aléas de santé, des questions de vie fraternelle ou de priorité à donner entre la prière et l’action. Sa volonté d’être un frère mineur, soumis à tous, passe aussi par sa manière d’obéir à l’Église, à ses frères qui le contraignent à renoncer à la direction de son ordre, même s’il reste l’initiateur de sa nouvelle famille.
Avec l’Évangile de la révélation faite aux tout-petits du jour de sa fête, l’Église met en relief chez François, le fait qu’il reçoit, en cherchant à mettre ses pas dans ceux de Jésus, une révélation d’En Haut : la révélation du Christ pauvre, humble et obéissant. Et c’est ainsi qu’il nous montre le chemin de la minorité.
François, que l’on imagine volontiers plein d’initiatives et entreprenant, rejoint l’itinéraire de Thérèse. « Ne gardez rien de vous-même pour vous, afin que vous possède tout entiers le Christ qui s’est tout entier livré à vous ». Voilà le chemin de pauvreté, du dépouillement, la voie d’une purification qui permet à l’un comme à l’autre, d’aller vers le don total, la confiance absolue et sans retour. François finira même par chanter d’une voix égale : la vie et sa beauté, et la mort devenue fraternelle. Thérèse finira aussi par dire au-delà de toute nuit, de toute crainte : « Ce qui me contente uniquement, c’est de faire la volonté du Bon Dieu ».
La configuration de François au Christ Crucifié de l’Alverne, manifeste qu’il consent à devenir une victime offerte. Thérèse offre sa vie et ses souffrances de malade en holocauste, en réponse d’amour.

- 3 - Une volonté d’aimer sans mesure, à la folle mesure dont Dieu nous aime.
- La petite voie de l’esprit d’enfance pour Thérèse, se fait jour dans une confidence faite à sa sœur Léonie : « Pour moi, je trouve la perfection bien facile à pratiquer, parce que j’ai compris qu’il n‘y a qu’à prendre Jésus par le cœur ». Elle s’applique volontiers la comparaison de l’enfant qui tend d’instinct les bras vers sa mère pour être pardonné. Elle relie aussi l’image de la poule qui met ses poussins à l’abri sous ses ailes, à la miséricorde et à la tendresse de Dieu, comme François le fera en nous rappelant ce verset de St Matthieu 23,37 : « Que de fois, dit Jésus, j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! ».
Pour l’un comme pour l’autre, il ne s’agit pas d’avoir peur de Dieu, de le craindre, de redouter sa justice, mais notre drame est plutôt d’ignorer son amour et de pécher par manque de confiance ou par indifférence. « L’amour n’est pas aimé » se plaignait François. Thérèse dit aussi : « J’espère autant de la justice du Bon Dieu que de sa miséricorde… Car il connaît notre fragilité, il se souvient que nous ne sommes que poussière. Comme un père a de la tendresse pour ses enfants, ainsi le Seigneur a compassion de nous. Je ne comprends pas les âmes qui ont peur d’un si tendre Ami. » La confiance filiale de Thérèse s’exprime aussi dans cette certitude inébranlable : la logique du Cœur Divin n’est pas celle de Port Royal, du jansénisme, écrit le frère Stéphane Piat. « On n’a jamais trop de confiance envers le Bon Dieu, si puissant et si miséricordieux ! On obtient de lui tout autant qu’on en espère », écrit Thérèse ».
« La sainteté n’est pas dans telle ou telle pratique, elle consiste en une disposition du cœur qui nous rend humbles et petits entre les bras de Dieu, conscients de notre faiblesse et confiants jusqu’à l’audace en sa bonté de Père ».
François, très méfiant des pièges de la lettre sans l’esprit, habile à discerner l’orgueil, les vanités et l’hypocrisie, derrière une façade d’observance rigoureuse, rejoint pleinement Thérèse. Tous deux « ont cru à l’Amour », ils se sont confiés à Lui, perdus en Lui. L’Amour les a tous deux comblés, écrit le F. Stéphane Piat.
Une caractéristique réunit ces deux saints : Ils ont tous les deux privilégiés dans leur vie : l’incarnation du Christ avec un amour particulier pour la Nativité, l’Eucharistie et le mystère pascal, et au centre l’expérience de la Croix et son dénouement dans la résurrection et les promesses du Monde à venir.
Leur amour de Dieu est trinitaire. Ils expérimentent en eux la présence de ce Dieu qui les transforme : tendus vers le Père, prenant le chemin du Fils et habités par la joie de l’Esprit.

- 4 - Des êtres libres et joyeux, déjà entrés dans la Création nouvelle.
François et Thérèse sont les conquérants d’une liberté intérieure, gagnée sur le terrain d’une désappropriation volontaire, qui prend nom parfois de « joie parfaite », quand il faut accepter la remise de soi entre les mains des autres, ou à cause du travail sournois d’une maladie intraitable. Ils ont pour horizon la lumière de la résurrection. Mais ils la chantent souvent sans la voir, dans la foi nue, avec l’espérance de ce que l’on a pas encore, mais avec l’ardeur d’un amour et d’une fidélité d’enfant qui a tout donné.
L’un comme l’autre ont connu la nuit de la foi, une nuit mystique qui les a laissés dépourvus de secours humain, de consolation rassurante. Thérèse, dans les derniers mois de sa maladie, était assaillie de doutes au point d’avouer à ses Sœurs : « Lorsque je chante le bonheur du Ciel, l’éternelle possession de Dieu, je n’en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que JE VEUX CROIRE. »
Mais « Plus une âme est détachée d’elle-même, proche du Christ, perdue en Dieu, plus elle devient sensible à toute beauté. La charité transfigure tout, même le visage terrestre du monde », écrit-il encore. C’est bien ce qui arrive à Thérèse comme à François : transfigurés et purifiés, ils transfigurent tout ce qu’ils touchent y apportant tendresse, joie, miséricorde, fraternité, et restituant à toute chose sa place et sa beauté originelles. Quiconque renonce à tout pour Dieu, trouve Dieu en tout, et tout en Dieu, écrit-il encore. L’esprit de pauvreté rejoint, là, l’enfance spirituelle. C’est ainsi que les pauvres posséderont la terre. Après avoir refusé de s’accaparer le monde, le Créateur leur redonne le monde en partage. La création retrouvée et chantée dans le cantique des créatures n’est plus tout à fait pour François la création du temps de sa convalescence. C’est déjà la Création du monde sauvé, régénéré, réconcilié avec Dieu.
Et le F. Stéphane Piat se demande si l’on ne doit pas appliquer à Thérèse ce que Celano dit de François : « La nature lui était un clair miroir de la bonté divine, l’échelle qui l’élevait au Très Haut ».

- 5 - Un amour ardent qui s’ouvre à la mission.
Comme François, Thérèse aspire au martyre, soit à la faveur d’un espoir d’envoi en mission à Saïgon, ou tout simplement comme elle l’écrit : « que je devienne martyre de votre amour, ô mon Dieu ! ». A l’instar de François à l’Alverne, elle aspire à une telle communion au Christ , qu’un jour, elle confie avoir bénéficiée d’une expérience similaire à celle de Ste Thérèse d’Avila et de François. Voilà ce qu’elle demande au Christ : « Aussi longtemps que tu le voudras, je demeurerai les yeux fixés sur toi, je veux être fascinée par ton regard divin, je veux devenir la proie de ton amour. Un jour, j’en ai l’espoir, tu fondras sur moi, et, m’emportant au foyer de l’amour, tu me plongeras enfin dans ce brûlant abîme, pour m’en faire devenir à jamais l’heureuse victime. » « Mourir d’amour, c’est un bien doux martyre, et c’est celui que je voudrais souffrir ».
Thérèse entre au Carmel pour sauver les âmes et prier particulièrement pour les prêtres et les missionnaires de l’Évangile. « Prier pour la conversion des pécheurs, gagner au Christ de nouvelles âmes ». C’est la même passion chez François, à la cour du Sultan ou cherchant à rendre meilleurs chrétiens des Croisés à la conduite indigne et scandaleuse. François et Thérèse sont aussi tous les deux des semeurs de paix et apportent avec eux pardon et réconciliation.
Enfin, comme François, Thérèse écrit : « Je veux être fille de l’Église et prier aux intentions du Vicaire de Jésus Christ. C’est le but général de ma vie ». Thérèse porte en elle toute la générosité de ce 19e siècle missionnaire. Mais elle se garde d’en reproduire les limites et les faiblesses, par la pureté de sa charité oblative et sa manière de déposer dans le Christ sa vie et ses projets. Heureuse de soutenir par sa prière et sa correspondance, la vocation d’un jeune prêtre partant en mission, elle participe pleinement à l’action missionnaire, au point d’être devenue « Patronne des Missions ». Elle rejoint l’action missionnaire de François demandant à ses frères d’être catholiques, et d’être des témoins du Christ d’abord par leur vie avant de chercher à implanter l’Église.

 J’achève ici cette évocation, certes rapide et incomplète, du parcours terrestre de nos deux héros.
Que par leur intercession, le Seigneur nous donne de partager ces jours-ci un peu du feu ardent dont ils rayonnaient, pour que notre monde en soit éclairé et réchauffé. Amen !
F. Gilles Rivière
Assistant national capucin sortant.
Lisieux, le samedi  13 octobre  2007

Partager cette page

Repost 0
Published by

Présentation

  • : Fraternité Franciscaine Séculière
  • Fraternité Franciscaine Séculière
  • : Pour mener une vie fraternelle et évangélique à la manière de François d'Assise, des hommes, des femmes, des foyers se rencontrent et constituent la Fraternité Franciscaine. Ceux qui veulent en faire partie, se retrouvent et construisent, jour après jour, une communauté évangélique. Ce blog est consacré à la région PACA
  • Contact

Qui sommes-nous ?

 

Recherche

L'Olivier

Archives

Site Annexe activités hors PACA

Pages