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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 23:57
 

Journée Saint-François d’Assise

Samedi 14 Novembre 2009

Aix-en-Provence

 

 

 

Saint-François d’Assise aujourd’hui

 

 

 

Que peut-on dire de François d’Assise aujourd’hui dans un monde autre que celui du XIII° siècle, après huit cents ans d’histoire franciscaine assez mouvementée ? Mon regard et donc mon propos sur François aujourd’hui sont limités par les angles d’approche que je choisis :

 

  • Mon angle d’approche est institutionnel. C’est-à-dire qu’il s’appuie sur la vie de l’Ordre des Frères Mineurs auquel j’appartiens par le lien de la Profession Solennelle et que j’ai servi de différentes manières selon ce qui m’était demandé : la formation, le service de gouvernement local ou provincial, des missions ponctuelles de visiteur dans d’autres Provinces de l’Ordre et la participation à un certain nombre d’instances provinciales, européennes et mondiales de la vie de l’Ordre. Beaucoup de références seront puisées dans les documents officiels de l’Ordre.

  • Mon angle d’approche est marqué par l’Europe occidentale. Un frère d’un autre continent me faisait remarquer que Descartes avait été présent dans ma formation ! J’assume ! Cette appartenance européenne se vérifie tant au niveau culturel qu’au niveau ecclésial. La rencontre d’autres cultures et d’autres espaces ecclésiaux me l’ont enseigné.

  • Mon angle d’approche est lié aussi à mon lieu de vie. Depuis quelques mois, avec d’autres frères, nous revenons à Marseille avec un projet renouvelé dans le quartier de Noaîlles, quartier pluriculturel et plurireligieux.

 

 

 

1 – François et la vie selon la forme du saint-Évangile

 

 

Avec le huitième centenaire de l’approbation orale, par Innocent III, du propos de vie de François et de ses premiers frères, nous faisons mémoire de ce que François dit lui-même dans son Testament : « Et après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du saint évangile. Et moi je le fis écrire en peu de mots et simplement, et le seigneur pape me le confirma1 ». Vivre selon la forme du saint évangile, voilà le propos tout simple de vie de François et des premiers frères. Propos tout simple à énoncer mais parfois complexe à vivre. L’histoire des frères a montré qu’il était bon de revenir toujours à cette source première qu’est l’évangile et à cette deuxième source qu’est la Règle, la forme de vie, qui dit comment accueillir cette Bonne-Nouvelle de Jésus-Christ, en vivre intensément et l’annoncer à tous les hommes.

Le Concile Vatican II a invité tous les Ordres et Congrégations religieuses à opérer un retour aux sources, dans la fidélité à l’esprit du fondateur2. En effet, l’actualisation d’une forme de vie se fait toujours au carrefour de trois réalités : les sources, le contexte et la communauté. Il s’agissait donc de revisiter les sources franciscaines dans le contexte des années soixante pour la vie et la mission de la grande communauté des frères mineurs.

Ce regard sur le charisme fondateur allait soutenir et accentuer, d’une part, une recherche intellectuelle sur les écrits de François d’Assise et les sources primitives ( nous en parlerons plus loin) et promouvoir, d’autre part, une manière renouvelée de vivre soutenue par un appareil législatif renouvelé3.

Il s’agissait d’allier la « dimension juridique » de la Règle avec sa « dimension spirituelle » plutôt que de « séparer ces éléments en une alternative artificielle »4. Le Chapitre général de Madrid en 19735 a élaboré un document très important intitulé «  la vocation de l’Ordre aujourd’hui 6» qui, faisant référence à François, en dit ceci : «  Accueillant dans la foi l’Évangile du Christ, François a eu conscience d’être envoyé au monde avec ses frères, pour attester par son genre de vie et proclamer par la parole la conversion à l’Évangile, la venue du Règne de Dieu et la manifestation de son amour parmi les hommes. La conscience de cette mission lui donnait le dynamisme spirituel, la mobilité, l’audace de tous les départs, et le poussait au milieu des hommes, chrétiens ou non, pour partager avec eux, dans leur situation concrète, la toujours jeune et joyeuse Bonne Nouvelle. » et le document continue : « L’appel, adressé jadis à cet homme, nous concerne et nous interpelle aujourd’hui…7 ». Dans ces quelques phrases, nous avons le regard porté par l’Ordre sur François et les éléments qui allaient permettre d’orienter les années post-conciliaires. Je cite les têtes de chapitre et mets en écho les regards portés sur François :

  • l’Évangile et la foi : François, l’homme de l’Évangile

  • la vie en Église Fidélité et soumission de François à l’Église

  • frères parmi les hommes François, frère universel

  • serviteur de tous François, le petit, le mineur

  • disciples du Christ pauvre François, l’époux de Dame Pauvreté

  • le travail des frères une expression concrète de cette pauvreté

  • messagers de paix dans notre monde François, artisan de paix

  • sens des structures de notre fraternité François, fondateur, législateur

et surtout charismatique

 

Le dynamisme spirituel était donné. La dimension juridique allait soutenir cet élan par la révision et le vote de C.G. promulguées ensuite par le ministre général, à l’essai jusqu’au prochain chapitre général ordinaire8. Les C.G. seront approfondies et reformulées en 1985, puis toilettées au cours des chapitres suivants.

 

 

 

2 – Un choix d’orientations

 

Les thèmes développés par le document de Madrid se sont précisés en terme d’orientations à l’issue des différents chapitres généraux. Actuellement, du moins pour la période 2003-2009, le gouvernement général de l’Ordre invite les frères, à travers les projets provinciaux, locaux et personnels, à privilégier certaines priorités9 :

 

  • L’esprit de prière et de dévotion :

« une fraternité au cœur tourné vers le Seigneur pour annoncer au monde, par la vie et la parole, que Lui seul est le Tout-puissant. »

La plupart des références cités dans cette priorité proviennent de l’Écriture (N.T.) et les sources franciscaines, principalement les écrits de François. C’est donc le visage de François comme homme de Dieu qui est proposé.

 

  • La communion fraternelle :

« une fraternité dans l’obéissance charitable et le service mutuel pour témoigner de la réconciliation dans le Christ au delà de toute rupture. »

Jean-Paul II invitait, au début du nouveau millénaire, à promouvoir une spiritualité de communion. Revisitant l’Évangile et les écrits de François, l’Ordre proposait cette de vivre cette priorité, non seulement entre les frères, mais aussi avec tous les hommes, en particulier les plus nécessiteux, et avec toutes les créatures. Ce n’est pas seulement le visage de François, frère universel, qui est proposé. C’est aussi un visage plus discret de François dans sa compréhension de la complexité des personnes et des rapports humains. La fraternité s’enracine dans le fait d’être enfants du même Père. Et la fraternité se construit dans l’amour reçu et donné, dans le pardon et la miséricorde.

 

  • La minorité, la pauvreté et la solidarité :

« une fraternité de mineurs, pauvres et solidaires, pèlerine et étrangère de par le monde sur les traces de Jésus, pour proclamer la valeur de tout homme et de toute créature. »

L’articulation entre ces trois termes est importante : aucune de ces dimensions n’est isolable. Elles s’enracinent dans la kénose même de Jésus le Christ où François va contempler le mystère du Christ. Les références de ce passage ne citent pas le soin des lépreux mais plutôt la suite du Christ et la désapropriation de soi (le « sine proprio ») nécessaire à la radicalité de cette suite. La minorité, qui fait partie de notre appellation (frères mineurs), a pour source la kénose du Christ et pour symbole (ou sacrement ?) le lavement des pieds. C’est cette perspective qui sous-tend le fait de « vivre parmi », de devenir serviteur et solidaire. Le visage de François est celui de disciple du Christ (celui qui « suit » le Christ)

 

  • L’évangélisation et la mission :

« une fraternité qui se nourrit de l’Évangile pour offrir à l’humanité, inquiète et à la recherche du sens de sa vie, la Parole qui est « esprit et vie ». »

François a toujours vu Jésus comme l’envoyé du Père. C’est dire que l’envoi fait partie de la contemplation du mystère du Christ. Nous connaissons l’écho chez François de l’évangile de l’envoi en mission. Joseph Delteil l’a exprimé de façon très poétique. Mais surtout, François reprend ce passage de l’envoi en mission dans les deux Règles et dans le Testament comme une des réalités de la vie des frères : « Quand les frères vont par le monde10 ». Et au cœur de cet envoi, François retient surtout le souhait de la Paix. Les références citées nous renvoient aussi à deux autres réalités de l’évangélisation et de la mission : la prédication et la présence parmi les « Sarrasins et autres infidèles »11. La prédication, au départ, était un appel à la conversion. La prédication officielle s’est présentée peu à peu et la Règle en parle comme une réalité de la vie de l’Ordre. La mission chez les « Sarrasins » est venue assez tôt dans la vie de la communauté primitive (1219-1220). D’une part, des frères sont partis au Maroc et, d’autre part, François est parti avec les croisés à Damiette où il a rencontré le Sultan. Ces évènements fondateurs sont relus actuellement comme une invitation au dialogue inter-religieux, phénomène amplifié par la rencontre d’Assise en 1986, rencontre initiée par Jean-Paul II. Le visage de François est plus lié à des actes concrets : l’annonce de la paix, la prédication itinérante, la rencontre du sultan.

 

  • La formation et les études :

« une fraternité surgie par inspiration divine, appelée chaque jour à la conversion et à une vie nouvelle, pour croître comme « fraternité en mission ». »

François a toujours souhaité que l’expérience spirituelle soit première dans la connaissance de Dieu. Nous connaissons cependant le billet à frère Antoine où il l’encourage à enseigner la théologie à condition que cela n’éteigne pas l’esprit d’oraison et de dévotion. Ce n’est pas ce billet qui est retenu dans les références mais plutôt un passage de la Règle où il est fait mention de l’Esprit-Saint : « Mais que le frères considèrent qu’ils doivent par dessus tout désirer avoir l’Esprit du Seigneur et sa sainte opération12 ». Cette invitation est mise en écho avec la mise en garde du verset précédent : « que ceux qui ne savent pas les lettres ne se soucient pas d’apprendre les lettres13 ». Nous savons aussi que la vie de l’Ordre fera progressivement une grande place à la théologie et à la philosophie avec de grands maîtres d’Université. L’Ordre invite à toujours placer en premier cette connaissance de Dieu par l’expérience spirituelle mais aussi à se donner les moyens d’une intelligence de la foi. Cette dimension de la formation est au service des priorités mentionnées ci-dessus. Il ne s’agit pas ici d’enfermer François dans une parole de son testament : « nous étions sans instruction et soumis à tous14 » mais de le mettre en équilibre avec un autre verset de ce même testament : « tous les théologiens et ceux qui administrent les très saintes paroles divines, nous devons les honorer et les vénérer comme ceux qui nous administrent l’esprit et la vie15 ». Le visage de François est l’homme spirituel, animé avant tout par l’Esprit-Saint.

 

 

 

3 – Une présence internationale

 

 

Dès que les frères ont été quatre, ils sont partis, pour un temps, deux par deux pour annoncer l’évangile. En 1217, les Provinces sont créées permettant une certaine autonomie régionale pour la vie des frères et une certaine latitude pour penser la présence et la mission. Depuis cette date, l’expansion géographique n’a cessé de se développer, liée bien souvent à une croissance démographique de l’Ordre et à la mission de l’Église. Les structures de Provinces n’ont fait qu’accompagner ce mouvement géographique.

 

Quelques données statistiques.

Aujourd’hui, du moins au 31/12/200716, l’Ordre des frères mineurs franciscains17 est présent dans 107 nations et comprend 110 entités (provinces et custodies). Je vous donne un aperçu de la répartition géographique :

 

L’OFM comporte environ 15.000 frères dont 387 novices au 31/12/2007.

  • un tiers des frères (33 %) vit en Europe occidentale et 17 % en Europe orientale. Le total représente 50% pour l’ensemble de l’Europe. Un frère sur deux vit en Europe.

  • Le continent américain représente presque 35 % (34,75%) de l’ensemble avec une grande proportion pour l’Amérique centrale et du Sud (24% de l’Ordre, c’est à dire un frère sur quatre) et 10,75% pour l’Amérique du Nord.

  • L’Afrique et le Proche-Orient représente un peu plus de 7% de l’ensemble (7,25%).

  • L’Asie et l’Océanie représentent plus de 8% (8,65%).

 

Il est bon de relativiser ces données par deux autres références :

  • d’une part, l’évolution globale de l’OFM ces dernières années. Le nombre global de frères décroît assez fortement : plus de 20.000 dans les années 1970 (à vérifier), 15.000 aujourd’hui, soit une chute de 25%.

  • D’autre part une nouvelle répartition géographique. Le nombre de frères décroît dans les pays dits du Nord et grandit dans les pays dits du Sud. L’étude du nombre de novices et leur répartition au 31/12/2007 permet de repérer ce changement :

    • Deux tiers des novices se situent dans la partie dite du « Sud » et un tiers dans la partie Nord.

    • La photo de famille sur 100 novices donne 35 frères d’Amérique centrale et latine, 19 frères d’Asie et d’Océanie, 19 frères d’Europe de l’Est, 14 frères d’Europe occidentale, 9 frères d’Afrique et du Proche Orient et 4 frères d’Amérique du Nord. Cette photo donne le visage de l’Ordre demain.

 

 

Projets actuels de l’Ordre.

Outre l’aspect statistique, il est bon de faire référence à différents projets de l’Ordre qui ont vu le jour ces vingt-cinq dernières années en vue d’implanter l’Ordre franciscain. Je mentionne en vrac :

  • en Asie le projet Thaïlande et le projet Chine

  • en Afrique , le projet Afrique

  • en Europe, le projet Russie

  • plus récemment le projet du Maroc.

 

Je développe un peu le projet Afrique car il a de bonnes résonances en France. Plusieurs de nos Provinces françaises ou belges avaient répondu généreusement, dans les années 50 et 60, à l’appel d’envoyer des « missionnaires » pour implanter ou accompagner des Églises locales naissantes. Ensuite des jeunes ont demandé à mieux connaître la vie franciscaine et à devenir eux-mêmes frères mineurs. En 1984, le frère John Vaughn, ministre général, a proposé un « projet Afrique » en vue d’implanter l’Ordre franciscain. Cette dynamique a ainsi permis le passage progressif de la « mission » venue souvent d’Europe à une implantation de l’Ordre sur le plan local, implantation ouverte à tous les frères qui le souhaitaient. J’ai été témoin de ce chemin pris à Madagascar et ensuite à l’Ile Maurice. Également en Afrique de l’Ouest. Actuellement, il existe 6 entités autonomes en Afrique.

 

Concernant le Maroc, un grand travail inauguré au début des années 1990 a permis dans un premier temps de fédérer des entités (custodies ou régions) dépendantes de provinces européennes et dans un deuxième temps d’ouvrir cette « fédération » à l’ensemble des frères de l’Ordre et de la placer sous la dépendance directe du ministre général. L’internationalisation de la présence des frères au Maroc s’est donc accompagnée d’un changement structurel assez significatif.

Tant en Afrique noire qu’au Maroc, la présence de l’Ordre est autonome et n’est plus liée structurellement aux anciennes puissances colonisatrices ou fondatrices.

 

Que dire du visage de François d’Assise avec cette internationalisation ? Vous devinez bien que je n’ai pas la réponse. Les valeurs franciscaines rejoignent chaque homme, quelle que soit son origine. Mais la mise en œuvre de ces valeurs et leur expression concrète sont à « inventer » dans chaque région du monde. Les rencontres de frères, à tous les niveaux, permettent de découvrir un langage commun avec des différences de mise en œuvre. Déjà, dans la Règle, François indiquait que des coutumes pouvaient différer selon les régions18.

 

 

 

 

4 – une avancée en famille franciscaine

 

 

 

En Avril 2009, s’est tenu, pour la première fois, un Chapitre des nattes international de la famille franciscaine. François d’Assise a suscité, de son temps, beaucoup de générosité et nombreux sont celles et ceux qui ont voulu vivre, en lien avec lui, la vie selon l’Évangile telle qu’il le proposait avec ses frères. La famille franciscaine était appelée « galaxie » par le journal « La Croix » au lendemain du rassemblement de Lourdes en Octobre dernier. Il s’agit d’une grande communion entre toutes ces branches19 plus que de liens de dépendance. Le frère Thaddée Matura n’hésite pas à dire que la famille franciscaine est un « lieu porteur de l’identité » franciscaine20. Le premier rassemblement français et belge francophone a eu lieu à Versailles en 1984. Il a généré le goût de travailler ensemble tant au niveau national qu’au niveau local ou régional. Beaucoup de Conseil Pléniers de la famille ont vu le jour. Sans trop de structure et sans aucun pouvoir de décision, ils ont pu faire naître et accompagner beaucoup d’initiatives locales. Le visage de François est la référence. Mais, grâce à Dieu, d’autres visages émergent : bien-sûr Claire d’Assise mais aussi Élisabeth de Hongrie, Marie de la Passion, Maximilien Kolbe, etc… François n’est plus seul ! Et tant mieux ! A la célébration de clôture du 8° Centenaire à Lourdes, des enfants ont porté les portraits de tous ce saints et ont eu un vif succès.

 

Les thèmes de rencontre proposés pendant cette rencontre de Lourdes disent ces traits du visage de François qui parlent :

  • l’écologie franciscaine : François patron des écologistes !

Cela est dû à son rapport à la création mais aussi à une certaine sobriété de vie.

  • le dialogue interreligieux : On retrouve la rencontre du Sultan et l’esprit d’Assise

  • l’itinérance : Thème relativement nouveau ces dernières années

  • Franciscain international : structure de la famille franciscaine présente à l’ONU concernant les questions de justice et de paix

  • la présence auprès des prisonniers 

  • les cercles de silence autour des questions de centres de rétention :

cela fait écho au lien entre prière et paix,

mais aussi cela révèle la capacité d’être en lien avec d’autres réalités associatives.

  • la jeunesse franciscaine : met en lumière la capacité de François

de susciter un chemin de vie et de le mettre en lien avec d’autres visages de sainteté (Thérèse de Lisieux entre autres).

 

André Vauchez, dans son dernier livre, fait mention de toutes les références actuelles à François et ne manque pas de poser la question : « Toutes ces références plus ou moins justifiées à François renvoient en dernière analyse à une question fondamentale : pourquoi recourt-on à lui encore aujourd’hui pour légitimer toutes sortes d’idéologies et d’aspirations, dont certaines n’ont pas grand-chose à voir avec ce que nous pouvons connaître de sa personnalité et de sa vie ?21 » Je vous laisse le soin de découvrir dans son livre la réponse de l’auteur.

Mais la question peut interpeller la famille franciscaine : quels visages de François développons-nous et sur quelles bases ?

Cette question nous permet de faire la transition avec le paragraphe suivant : les sources franciscaines.

 

 

 

5 – Les sources franciscaines

 

 

Les historiens actuels permettent de bien avancer sur cette question et donnent des clefs indispensables pour cette question. Nous nous rappelons que la première vie sur St François date de 1228 et est signée Thomas de Celano : une vie commandée au moment de la canonisation de François : c’était donc une vie de saint qu’il fallait rédiger ! Depuis cette date, François a fasciné beaucoup d’écrivains. L’époque récente a permis un travail important sur les sources : sources premières que sont les Écrits de François d’Assise et sources secondaires 22que sont les premières biographies et autres documents jusqu’à l’époque des Fioretti (environ 1350) soit un bon siècle après la mort de François.

 

Concernant les sources premières, les Écrits de François23, nous pouvons retenir trois grandes dates :

  • 1623 avec l’édition de Wadding (franciscain irlandais) dont la traduction en langue française eut lieu dans la 2° partie du XIX° siècle.

  • 1904 avec les éditions critiques de Lemmens et Boehmer, traduites dès 1905 : elles seront la source de toutes les traductions jusqu’en 1975.

  • 1976 avec l’édition critique de Kajetan Esser, qui a été présentée par les sources chrétiennes en 1981 et coéditée par le cerf et les éditions franciscaines.

 

Concernant les sources secondaires :

  • la 2° partie du XIX° siècle et le début du XX° ont été productives, notamment avec les études de Sabatier et tout le travail d’édition critique de Quarrachi, remplacé par Grottaferrata.

  • En 1968, les frères Téophile Desbonnet et Damien Vorreux publiaient, en grande première, un livre bleu intitulé « François d’Assise – Documents » et surnommé rapidement le « Totum », qui outre les écrits de Fançois, comprend les principales biographies et légendes avec des introductions, des notes, des tables de concordances et des index. Ce totum a connu deux réeditions dont l’une en 1981 avec l’ajout de l’Anonyme de Pérouse. D’autres pays ont prolongé cette édition des documents, améliorant chaque fois l’appareil critique. Le stock de ces éditions françaises arrivant à épuisement, les éditions franciscaines ont proposés de produire un nouveau totum qui « n’est pas une simple actualisation de l’ancien mais une refonte intégrale de celui-ci. Sa réalisation a mobilisé une douzaine de traducteurs durant plus de trois ans »24. De nouveaux textes apparaissent dans cette nouvelle édition avec une grande rigueur pour la traduction, les introductions et les notes. L’introduction générale sera signée par André Vauchez et Jacques Dalarun. Il devrait paraître fin 2009 ou début 2010.

 

Tout ce travail sur les sources franciscaines permet d’affiner le visage de François d’Assise. Il n’est pas anodin de privilégier telle ou telle source puisque nous savons fort bien que chaque source secondaire a été écrite dans un contexte donné et qu’elle se faisait l’écho d’une problématique particulière liée à l’histoire du mouvement franciscain. Les derniers ouvrages permettent de bien dissocier

  • la spiritualité qui relève des Écrits de François lui-même, d’une part25 ;

  • de la perception du visage de François (de ses paroles et de ses actes) que l’on peut trouver dans les biographies primitives et légendes, d’autre part26.

 

 

 

 

En conclusion

 

Il en est de François d’Assise comme d’une ville avec le centre et la périphérie. Très souvent François est abordé par la périphérie. Ce qui importe, c’est de quitter la périphérie quelle que soit la porte d’entrée et d’entrer au cœur de la vie et du message de François d’Assise. Celui-ci nous conduira non pas à lui-même mais au Christ et à l’Évangile.

Je conclurai en citant un passage du Testament de Sainte Claire : « Le Seigneur nous donna notre très bienheureux père François comme fondateur, planteur et notre aide dans le service du Christ 27».

 

À la louange du Christ ! Amen.

 

 

Frère Jean-Paul Arragon ofm

 

 

1 T 14-15

2 Lumen Gentium N°45

3 cf T.Matura in François d’Assise, héritage et héritiers pp 102 et suivantes

4 Fr Constantin Koser, ministre général OFM, 01/06/1973 dans l’allocution d’ouverture du 179° Chapitre général des frères mineurs à Madrid. In « Documents du Chapitre de Madrid », Montréal 1973.

5 Ce chapitre fait suite à celui d’Assise en 1967 et à celui de Medellin en 1971.

6 Déclaration du Chapitre général 1973. In « Documents du Chapitre de Madrid », Montréal 1973, pp 68 et suivantes.

7 Doc cité ci dessus n°3, p.69

8 Prot N° 036399 du 8 décembre 1973, in « Règle et CG de l’OFM » Montréal 1974.

9 OFM Priorités 2003-2009, Rome 2004

10 Rnb 14 et Rb 3

11 appellation donnée en Rnb 16 et Rb 12.

12 Rb 10,8

13 Rb 10,7

14 T 19

15 T 13

16 pour les données statistique cf « relation du ministre général au chapitre de 2009, Rome 2009 et les « Acta Ordinis » année 2008 N°1

17 Les frères mineurs franciscains ne sont pas seuls dans le 1° Ordre. Il y a aussi les frères mineurs capucins (environ 10.000 frères) et les frères mineurs conventuels (environ 4.000)

18 cf le cas des chaussures dans Rb 2,15

19 La famille franciscaine comprend les frères mineurs (franciscains, capucins et conventuels), les moniales (clarisses, annonciades), les tiers ordre régulier (frères et sœurs), l’ordre franciscain séculier et différents groupes se référant à St François dont les Compagnons de St François.

20 T. Matura in François d’Assise, héritage et héritiers. Cerf Paris 2008. pp 118 et suivantes

21 A. Vauchez in François d’Assise. Fayard 2009. p.361

22 cf la bonne présen,tation pédagogique dans le livre de François Delmas-Goyon « Saint François d’Assise le frère de toute créature » pp 17 et suivantes

23 cf introduction de « François d’Assise – Écrits » Paris 1981

24 cl l’excellente présentation faite au rassemblement de Lourdes en Octobre 2009 et dont une partie se trouve dans le livret remis à cette occasion « Lourdes 2009 ».

25 cf T.Matura « François, maître spirituel » Paris 2000

26 cf Vauchez et Delmas-Goyon, ouvrages cités

27 T.Cl 48 (numération de Sources Chrétiennes)

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