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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 20:47

  Par le Père JP Aragon

 

 

 

« Un jour, frère Antoine, qui fait route vers l’Italie, arrive avec son compagnon, dans un village de Provence (probablement à Cuges-les-Pins qui conserve le souvenir de ce passage). Il demande l’hospitalité à une paysanne qui les reçoit volontiers et veut les honorer en leur offrant le bon vin de sa cave. Mais dans sa précipitation, elle oublie de fermer le robinet du tonneau et lorsqu’elle redescend pour chercher d’autre vin, elle trouve la cave inondée et le tonneau vide.

Elle remonte toute consternée et Antoine, voyant son malheur, lui dit de ne pas se faire de soucis et de retourner à la cave où elle retrouve le tonneau plein et le sol bien sec. La délicatesse d’Antoine avait épargné à la bonne paysanne, et à son compagnon de voyage, la gêne qui aurait pu venir de cette maladresse. »

 

 

Vous connaissez tous cet épisode de la vie d’Antoine. Huit siècles après, nous aimons le réentendre avec toujours la même fraîcheur. Antoine de Padoue est connu et vénéré dans le monde entier. La présentation d’aujourd’hui ne se veut pas un enseignement ou une catéchèse sur frère Antoine mais plutôt l’évocation de quelques passages de sa vie. Comme pour nous, Antoine connaît des événements qui vont bouleverser sa vie. Devant ces bouleversements, Antoine aura toujours la capacité de « rebondir » comme on dit aujourd’hui. Antoine va sans cesse « perdre » une manière de vivre pour en « recevoir » une autre, inattendue et pleine de vie. Je fais le choix d’évoquer quelques moments de rupture dans sa vie.

 

1° rupture : quitter les chanoines réguliers pour les frères mineurs

2° rupture : renoncer au Maroc à cause de la maladie

3° rupture : le naufrage

4° rupture : la solitude à la fin du Chapitre

5° rupture : de l’ermitage à la prédication

6° rupture : de la prédication au service des frères

 

 

1° rupture :

quitter les chanoines réguliers pour les frères mineurs

 

Fernand, chanoine régulier d’abord à Lisbonne, sa ville natale, puis à Coïmbra où il se consacre à l’étude et à la prière. Proche de là, une petite communauté nouvelle s’installe dans un ermitage dédié à Saint-Antoine du Désert. Les frères de cette communauté nouvelle viennent souvent à l’abbaye et Fernand aime les recevoir et discuter avec eux. Il est assez séduit par leur radicalité de vie et leur pauvreté. Un jour, il voit plusieurs d’entre eux partir au Maroc. Quelques temps après, la nouvelle se répand : cinq frères viennent de subir le martyre et on ramène leurs corps. Fernand est bouleversé et décide de rejoindre cette communauté nouvelle fondée à Assise. Et un jour où ces frères viennent quêter un morceau de pain à l’abbaye, Fernand leur dit :

 

« Frères, je désire vivement revêtir la bure de votre ordre, du moment que vous me promettez de m’envoyer, dès que je serai des vôtres, au pays des Sarrazins : c’est que j’espère venir partager la couronne de vos saints Martyrs. »

 

Il obtint l’autorisation de quitter son abbaye et se rendit tout joyeux à l’ermitage revêtir la bure franciscaine pour aller, comme François d’Assise et ses frères, annoncer l’Évangile sur les routes du monde. Il change de nom et reçoit celui d’Antoine. C’était en 1220, vers la fin de l’été , après huit ans passés dans cette abbaye de Sainte-Croix à Coïmbra. Antoine a 25 ou 29 ans selon les sources.

 

 

2° rupture :

Renoncer au Maroc à cause de la maladie.

 

Voilà donc Antoine en train de découvrir sa nouvelle vie avec ses nouveaux compagnons de l’Évangile. Il apprend la vie en ermitage avec peu de frères et l’alternance avec la quête en ville. Une vie toute simple et dépouillée. Son désir est de partir au Maroc pour prendre la suite de ces cinq frères partis quelques mois plus tôt. L’ensemble des frères franciscains, après leur martyre, a réfléchi à cette mission :



(1) Le Seigneur dit : « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. (2) Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes. » (3) Dès lors, si un frère veut aller chez les Sarrasins et autres infidèles, qu’il y aille avec la permission de son ministre et serviteur. (4) Et que le ministre leur donne la permission et ne s’oppose pas, s’il voit qu’ils sont aptes à être envoyés ; car il sera tenu de rendre compte au Seigneur si en cela ou en d’autres choses il procédait sans discernement. (5) Les frères qui s’en vont peuvent vivre spirituellement parmi eux de deux manières. (6) Une manière est de ne faire ni disputes ni querelles, mais d’être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et de confesser qu’ils sont chrétiens. (7) L’autre manière est, lorsqu’ils voient que cela plaît au Seigneur, d’annoncer la parole de Dieu, pour que (les infidèles) croient en Dieu1 tout-puissant, Père et Fils et Saint-Esprit, créateur de toutes choses, au Fils rédempteur et sauveur, et pour qu’ils soient baptisés et deviennent chrétiens, car celui qui ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit-Saint ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

(8) Cela et d’autres choses qui plaisent au Seigneur, ils peuvent le dire à eux et à d’autres, car le Seigneur dit dans l’évangile : « Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux. » (9) Et : « Qui rougira de moi et de mes paroles, le Fils de l’Homme rougira aussi de lui quand il viendra dans sa majesté, dans celle de son Père et celle des anges2. »

Le projet prend forme et quelques mois plus tard, il prend le bateau avec frère Philippe. Les voilà quelques jours plus tard à Marrakech. Antoine est heureux, son rêve d’être chez les Sarrazins se réalise.

Antoine est prêt à confesser le nom du Christ, au risque de sa vie.

Malheureusement, il tombe malade. Une fièvre grave le cloue au lit et lui interdit toute activité. Il faut se résoudre à revenir au Portugal pour se soigner. Antoine, tout tremblant de fièvre, reprend le bateau. Reviendra-t-il au Maroc ? Il ne le sait pas. Son rêve de martyre vient de s’évanouir.

 

 

3° rupture :

Le naufrage.

 

Antoine est dans le bateau mais la mer est mauvaise. Le vent s’est levé. On commençait à apercevoir les côtes de l’Espagne quand le vent se déchaîne. L’embarcation est malmenée par le vent et se trouve déroutée. Quand la tempête s’achève, une côte apparaît et se dessine : il ne s’agit plus du Portugal, ni même de l’Espagne, mais de la Sicile. Frère Antoine débarque en pays inconnu. Il est seul. Il est épuisé physiquement. Il est découragé par ce qui lui apparaît comme un échec de sa mission. Ce naufrage du bateau n’est-il pas symbolique d’un naufrage apparent de sa vie ? Il a tout laissé pour la mission au Maroc. Et le voilà malade, solitaire, sur une terre inconnue.

 

« Débarqué sur les côtes de la Sicile, Antoine se trouve dans la situation de celui qui, ayant tout perdu, est seul face à l’inconnu. Il avait rêvé d’égaler les premiers martyrs franciscains, et il est obligé de s’en retourner les mains vides. Il avait passé près de trente ans dans son pays, à l’aise avec sa propre culture, ses maîtres, et le voici dans un pays où il ignore tout, la langue, les coutumes, les gens, la géographie, l’histoire. Il était parti dans la vigueur de ses forces physiques, et le voici épuisé par la longue maladie et le voyage en mer. Heureusement, il a encore en lui suffisamment de ressources morales pour reprendre le dessus et repartir. »

 

À Messine, où il vient de débarquer, les frères franciscains l’accueillent et le soignent.

Nous sommes au début de 1221.

 

 

4° rupture :

le Chapitre d’Assise

 

Bien soigné par ses frères, Antoine se refait une santé. Mais vient bientôt le moment de repartir. Tous les frères sont invités à se réunir à Assise à la fête de Pentecôte pour un grand Chapitre. Frère François sera là, de retour de son voyage en Égypte. Frère Antoine est impatient de connaître ce frère François originaire d’Assise et dont on dit que c’est l’Évangile fait homme ! Antoine, avec effort dit-on, se met en chemin avec les autres frères, pour rejoindre Assise. Ils parcourent ensemble 600 kms en un mois, alternant des étapes de 25-30 kms et des journées de repos. Au fur et à mesure qu’ils avancent, ils rencontrent d’autres frères et font route ensemble. Arrivés à Assise, ils se rassemblent dans la plaine autour de la chapelle de Sainte-Marie des Anges que les frères aiment appeler la « Portioncule ». Ils sont près de 5.000 frères. Ils s’abritent sous des tentes formées de joncs et de nattes tressées. Autour de François, les frères se redisent leur volonté de vivre selon la forme du Saint-Evangile en suivant le Christ qui a vécu pauvre et qui a donné sa vie pour nous. À la fin de ce temps de Chapitre, les frères repartent vers différents lieux de vie et de mission. Antoine n’est pas connu et se retrouve seul, sans destination !

 

« Que sais-tu faire ? lui demanda tout à coup frère Gratien, provincial de Romagne.

  • Je suis prêtre, lui répondit-il, avec humilité, sans faire nul état de ses études antérieures.

  • Voudrais-tu aller à Montepaolo, sur la montagne, face à la plaine du Nord, avec les cinq frères qui font là leur expérience de vie érémitique ? Tu y célèbreras l’eucharistie et tu les conseilleras dans leur vie spirituelle.

  • Oui, je veux bien, dit Antoine. »

 

Et il partit sur la montagne, dans ce « désert franciscain » avec pour seul bagage une grande envie de solitude et de prière.

 

« Je veux, ajouta-t-il, comme eux, connaître, rechercher et embrasser le seul Jésus crucifié. »

 

 

 

 

 

5° rupture :

de l’ermitage à la prédication

 

À son arrivée à l’ermitage de Montepaolo, Antoine découvre une grotte qu’un frère s’est aménagé pour ses moments de recueillement. Antoine la demande au frère et l’obtient sans difficulté.

 

« Ainsi, chaque jour, après avoir satisfait au devoir de la prière communautaire du matin, il s’y retire, apportant avec lui un petit bout de pain et une écuelle d’eau. Il passait ainsi sa journée dans la solitude, forçant la chair à servir l’esprit. Plus d’une fois, quand il s’apprêtait à rejoindre les autres, au son de la cloche, épuisé de veilles et harassé par le jeûne, il trébuchait sur le chemin et, incapable de se tenir debout, il s’abattait par terre… et s’il n’avait été soutenu par ses frères (c’est un témoin qui raconte) il n’aurait jamais pu rejoindre le couvent. »

 

Mais le premier biographe ajoute :

 

« Une lampe si lumineuse ne pouvait rester longtemps cachée sous le boisseau ; une ville plantée sur une si haute montagne ne pouvait passer inaperçue. »

 

Et le jour vint, fixé par la Providence, où cet homme si cultivé dont la mémoire servait de bibliothèque dut se révéler aux yeux du monde.

C’était le 24 septembre 1222, jour d’ordinations sacerdotales dans la ville de Forli. Tous les frères de Romagne étaient réunis autour de l’Évêque, avec des frères de l’Ordre de Saint-Dominique. Au moment de prononcer la conférence spirituelle d’usage, personne ne voulut accepter, les Dominicains prétextant « qu’il ne leur était ni possible ni permis d’improviser… ».

Son supérieur s’adressa alors à frère Antoine que les frères de Montepaolo avaient entendu expliquer l’Écriture et parler latin. Celui-ci, dans sa grande humilité, voulait refuser mais son gardien insista :

 

« Vous direz, lui dit-il, tout ce que l’Esprit-Saint vous suggérera. »

 

Poussé par le devoir d’obéissance, Antoine se mit à parler : ce furent d’abord des paroles simples, puis des arguments bien enchaînés, clairs, convaincants, extraits de l’Écriture, des Pères de l’Église, riches en symboles et en images ; bref un discours dans les règles de l’art, dans un langage adapté à tous, pétri de foi et d’esprit de prière, comme le voulait François.

Une véritable révélation !

Les frères n’en revenaient pas ! Ils connaissaient ses dons pour laver la vaisselle, mais pas pour prêcher d’une telle manière. Heureux et fiers, ils le félicitent. L’épisode se transmet de fraternité en fraternité. Frère Gratien, ministre provincial, confie alors à frère Antoine la mission de prêcher. Cette mission de prédicateur, depuis le concile de Latran IV, demandait toujours un discernement et était confiée comme une charge, un véritable travail pour faire face aux mouvements hérétiques de l’époque.

Frère Antoine accepte cette mission de prêcher. Une nouvelle page de vie commence pour lui. Il quitte son ermitage et va de ville en villages, châteaux et campagnes, semant partout la parole de vie, réfutant les hérésies, s’adaptant aussi bien aux humbles qu’aux savants à tel point que « des hommes de toutes conditions, classes et âges se réjouissaient d’avoir reçu de lui des enseignements appropriés à leur vie.

De son séjour à Rimini, on a retenu le sermon aux poissons rapporté dans les Fioretti de St François :

 

«  Un jour, saint Antoine s’en alla à l’embouchure du fleuve au bord de la mer ; et se tenant sur la rive, il commença à dire aux poissons de la part de Dieu : « Écoutez la parole de Dieu, vous… puisque les infidèles hérétiques refusent de l’entendre. » A peine eut-il ainsi parlé qu’il vint aussitôt vers lui une telle multitude de poissons, grands, petits et moyens, que jamais dans toute cette mer et ce fleuve on n’en avait vu une si grande quantité ; et tous tenaient la tête hors de l’eau et demeuraient attentifs tournés vers le visage de saint Antoine, tous en très grande paix, en très grand calme, en très grand ordre… »

 

Antoine les invite à remercier Dieu de les avoir créés, sauvés du déluge, dotés de nageoires pour se promener librement dans l’eau, multipliés et choisis comme nourriture par Jésus après sa résurrection…

 

« A ces paroles, les poissons commençaient à ouvrir la bouche et à incliner la tête, et par ces signes de respect et d’autres encore, ils louaient Dieu comme il leur était possible.

La vue du prodige ôte toute hésitation de l’esprit des hérétiques et tous, le cœur touché de componction, se jettent aux pieds d’Antoine pour entendre sa prédication… »

 

 

6° rupture :

de la prédication au service des frères

 

La qualité de la prédication de frère Antoine vient jusqu’aux oreilles de François d’Assise. Celui-ci confie à Antoine le soin de former les frères à la théologie. Il lui fait une lettre de mission que nous connaissons bien :

 

« à frère Antoine, frère François, salut.

Il me plaît que tu lises la théologie sacrée aux frères, pourvu que, dans l’étude de celle-ci, tu n’éteignes pas l’esprit de sainte oraison et de dévotion, comme il est contenu dans la Règle.

Va bien. »

 

Ainsi va naître la première école de théologie des franciscains à Bologne. D’autres suivront à Paris, Oxford, Montpellier, Toulouse.

Nouveau changement pour Antoine : il alterne l’enseignement avec la prédication. Ses qualités de prédicateur, d’enseignant et de formateur auprès des frères font que François va l’envoyer dans le Sud de la France pour y combattre l’hérésie. Le voilà qui quitte Bologne. On le retrouve à Montpellier et Toulouse où il fonde, dans chaque ville une école de théologie pour les frères.

C’est à Montpellier que la tradition situe l’épisode qui serait à l’origine du privilège attribué à Antoine de faire retrouver les objets perdus :

 

« Une nuit, un novice s’enfuit du couvent emportant avec lui le Psautier dont Antoine se servait pour ses prières et pour ses cours. Chose étrange, c’est le diable lui-même qui lui barre la route, en pleine nuit, et l’oblige à rebrousser chemin pour ramener l’objet volé à son propriétaire, Antoine. »

 

Puis il remonte vers Le Puy, Limoges, Bourges, Brive et devient responsable (custode) des frères, accueillant les nouveaux frères et fondant des communautés. Sa charge de custode ne l’empêche ni de prêcher ni de prendre des temps privilégiés d’ermitage, notamment à Brive où les grottes de Saint-Antoine sont célèbres. Un épisode s’y rattache :

 

«  A Brive, dans le couvent qu’il avait lui-même fondé, et où il avait découvert des grottes pour se recueillir et prier, le cuisinier du couvent s’aperçoit un jour qu’il n’y a rien pour préparer les repas des frères. Antoine demande alors à une dame, amie du couvent, de lui faire envoyer quelques poireaux et quelques légumes. ET la dame prie, à son tour, sa servante d’aller les cueillir dans son jardin. Mais il pleut à torrents. La servante va cueillir les légumes et s’en revient les vêtements secs ainsi que les légumes qu’elle transportait. Chaque année, à la fin du mois d’Août, à Brive-la-Gaillarde, la « foire aux oignons » rappelle encore aujourd’hui cette charmante tradition. »

 

Là aussi, Antoine devra n’être que de passage, sa mission le conduira à nouveau en Italie où, en 1227, il devient ministre provincial de Romagne jusqu’en 1230. A la fin de son mandat, il se rend à Rome pour une mission ponctuelle avec d’autres frères, concernant les points délicats de la Règle de Saint-François. Ensuite il vient vivre à Padoue où il se consacre à la rédaction de ses ouvrages (des sermons) tout en continuant la prédication. Il prêche le carême à Padoue en 1231 et épuisé, il se retire dans un ermitage proche. Il ne survivra pas à l’effort fourni pendant le carême et il meurt en 1231, le 13 Juin.

1 Litt. « croient Dieu ». L’allusion au Credo est manifeste. C’est la raison pour laquelle la plupart des manuscrits ont la leçon credant in Deum.

2 1° Règle, chapitre 16

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Published by Fraternité Franciscaine Séculière - dans Saints franciscains
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