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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 11:57
 

Sainte Claire et les clarisses au sein de la famille franciscaine

 

Sainte Claire et les clarisses au sein de la famille franciscaine


Introduction

« C’est un unique et même Esprit qui a poussé les frères et les Pauvres Dames à vivre hors du siècle » affirmait st François. Sainte Claire, de son coté, a revendiqué avec insistance cette unité d’inspiration et sa filiation directe par rapport à François au même titre que les frères .

Pourtant clarisses et frères mineurs constituent deux ordres autonomes, au mode de vie différent ; nous ne sommes pas comme chez les cisterciens sous le régime de l’incorporation.

 

Quelle est donc la place de Claire et. des clarisses dans l’Ordre franciscain ? Je suppose que sainte Claire n’est pas totalement une inconnue pour vous et en cet anniversaire de l’Ordre, c’est plutôt sous cet angle que je voudrais orienter mon exposé.

 

Si l’on s’en tient aux présentations traditionnelles, sainte Claire est tout simplement la « petite plante de François, » comme elle se présente elle même, celle qui a reproduit sur le mode féminin monastique sa démarche de pauvreté -fraternité. Les biographes se plaisent à évoquer la belle jeune patricienne de 18 ans, fascinée par ce fils de marchand, devenu pauvre pénitent et se mettant à son école.

Claire, « petite plante de François », cette formule répétée à satiété a fini par véhiculer de Claire, une image assez inconsistante de moniale, remarquable par ses vertus et ses miracles, mais dans l’ombre de François, réplique mineure de son maître, sans grande personnalité

 

Or les rapports entre François, les premiers frères et Claire sont plus complexes. Depuis une vingtaine d’années, notamment depuis la célébration du 8ème centenaire de la naissance de Claire, en 1994, beaucoup d’historiens du franciscanisme se sont penchés sur la question. Plusieurs colloques, en particulier ceux d’Assise, en ont débattu..

Paradoxalement, il semble que c’est maintenant, après huit siècles que la personnalité de Claire émerge, et que l’on reconnaît la place qu’elle occupe aux origines du mouvement franciscain...

 

.A la lumière de ces récents, travaux, essayons de comprendre comment Claire se situe par rapport à François et quel a été l’impact de son attitude sur le développement de l’ Ordre jusqu’ à nos jours.

.

 

 

La vie de Claire

 

 

Interrogeons donc Claire et regardons-la vivre. Elle fait 32 fois référence à François dans ses propres écrits, alors que lui même ne la mentionne pas explicitement.

C’est qu’elle lui a survécu plus de vingt cinq ans et qu’elle est engagée dans une bataille pour défendre sa forme de vie. Elle se sent investie du devoir de faire mémoire de la grâce des origines alors qu’après la mort de François, les tensions dans l’Ordre des frères, risquaient de la faire tomber dans l’oubli. Elle ne dresse pas un portrait, mais, avec l’autorité d’un témoin de la première heure, elle se concentre sur quelques traits essentiels pour elle et pour la forme de vie franciscaine.

 

a) la grâce des origines

 

Claire rapporte, dans son testament, la prophétie de François concernant les Pauvres Dames .

« Au temps où le saint lui même n ‘avait encore ni frères ni compagnons, presque aussitôt après sa conversion, au temps où il reconstruisait l’Eglise de st Damien, visité là par le Seigneur et rempli de ses consolations…. il fit sur nous cette prophétie dont le Seigneur a réalisé ensuite l’accomplissement ; du haut du mur de l’église il s’adressait en français à quelques pauvres qui stationnaient là et il leur criait : « venez, aidez-moi au chantier parce qu’il y aura là des dames dont la vie renommée et la sainte conduite glorifieront notre Père céleste dans toute sa sainte Eglise »

 

Cet événement, relaté aussi par Célano, dans sa vie de saint François, est capital pour Claire. Il la situe avec ses sœurs aux origines mêmes de la vocation franciscaine,  « alors que François n’avait pas encore de frères », précise t-elle.

A cette époque Claire elle même n’a que 12 ans et François ne la connaît pas. mais on ne peut douter que depuis ce temps, son cœur ne fut aux aguets pour reconnaître celle qui pourra bien réaliser la prophétie. L’irruption de Claire dans sa vie, et, plus tard la vie de la communauté de st Damien, a du le réjouir comme un cadeau du Seigneur, qui le confortait dans ses intuitions.

 

En effet, quelques années plus tard, vers 1211, ainsi que Célano le raconte, Claire,« ayant entendu parler de François, car il était déjà célèbre, eut envie de le voir et de l’entendre, et François lui même, impressionné par sa réputation ne désirait pas moins la voir et lui parler» Elle ne tarda pas à décider de le prendre comme guide et de le suivre.

Claire était en fait depuis son plus jeune age attirée par le Christ et en attente d’un signe lui montrant sa volonté. L’exemple radical de François a retenti comme un appel à tout quitter non seulement sa famille, son confort mais aussi son milieu, la considération dont elle jouissait et même les murs protecteurs de sa cité, tout ce qui comptait tellement à l’époque. Elle a reconnu dans la manière de François d’imiter le Christ, la réponse à sa propre soif de le suivre radicalement.

 

Dans son testament, Claire mentionne l’exemple et l’enseignement de François mais précise bien que sa vocation lui vient du Seigneur :  « Après que le très haut Père des cieux eut daigné par sa bonté et par sa grâce, projeter en mon cœur ses lumières et m’inspirer de faire pénitence, selon l’exemple et l’ enseignement de notre bienheureux père François, c’était peu après sa propre conversion «

 C ‘est presque dans les mêmes termes que François parle de sa vocation : » Le Très haut lui même me révéla…dit-il.. dans son propre testament.

 

Tous deux ont donc reçu l’inspiration du Seigneur. Evidemment, François eut le premier, l’appel mais les deux ordres sont voulus conjointement par le Seigneur. Claire et François ont la même vocation à suivre le Christ pauvre.

Leur connivence se situe dans cette attitude fondamentale du cœur, ce même regard porté amoureusement sur le Christ qui, selon l’expression de François, « a quitté son palais royal » pour s’abaisser jusqu ‘à nous dans l’Incarnation

Plus qu’une identité de vie, ce qui compte, c’est ce même regard sur le Christ .

 

Claire mit son projet à exécution le soir des Rameaux 1212 Elle s’enfuit de la maison familiale, et rejoint François et les premiers frères à ste Marie des Anges .Là, dans la petite chapelle de la Portioncule, elle revêt un habit de pénitente ;François, en signe de sa consécration lui coupe les cheveux et la reçoit dans la fraternité.,

 

Au début Claire fait donc partie intégrante de la fraternité au même titre que les frères; cependant, comme décemment elle ne pouvait pas vivre en communauté de vie dans la promiscuité de Rivo Torto, François la conduit chez les bénédictines de la campagne d’Assise pour y mener sa vie de pénitence comme servante. Lui même, après son dépouillement devant l’évêque était allé s’employer quelque temps comme valet dans un monastère.

 

Il semble ensuite laisser Claire, seule mais en fait il reste très attentif à la suite des événements: la ferme résistance de Claire à sa famille, l’arrivée de sa sœur Catherine et leur lutte héroïque contre le clan , C’est alors qu’il conduit Claire et sa sœur à st Damien, Manifestement il a désormais reconnu celle qui réaliserait sa prophétie. Claire écrit : « voyant que nous étions faibles et fragiles de corps et que pourtant ni les privations ni la pauvreté ni l ‘effort ni les épreuves ni l‘austérité, ni le mépris des gens du monde ne nous faisaient reculer, mais que nous y trouvions au contraire notre joie, à l’exemple des saints et des frères mineurs, le bienheureux François s’en réjouit fort et dans son affection pour nous, il s’engagea à prendre de nous par lui même ou par son Ordre, un soin attentif et aussi prévenant pour nous que pour ses propres frères.( test)

 

Claire se place donc sous la protection de François et de ses successeurs au même titre que les frères . C’est tellement capital pour elle qu’elle répète presque mot pour mot ces lignes au chapitre 6 de sa règle en précisant : « Tant qu’il a vécu, il a été fidèle à sa promesse et il a voulu que ses frères y soient toujours fidèles eux aussi. »

 

Marco Bartoli qui a publié en 1989 une biographie de Claire qui est désormais l’ouvrage de référence, remarque que c’est l’insistance et la persévérance de Claire dans le désir de mener cette vie de très haute pauvreté qui ont poussé François à prendre soin d’elle.

Toujours dans son testament, Claire précise encore qu’ » il leur écrivit une forme de vie » Nous n’en avons pas de traces, pas plus que de la règle pour les frères approuvée oralement en 1209 mais sans doute était–elle faite pareillement de passages d’Evangile et de quelques exhortations.

 

Dans un premier temps il y a donc une grande et forte unité entre les frères et les sœurs ,tous intégrés par François dans la « fraternitas »Encore en 1216 Jacques de Vitry de passage à Assise remarque cette unité tout en notant une différence dans le mode de vie : »J’ai quand même trouvé une consolation à voir un grand nombre d’hommes et de femmes qui renonçaient à tous leurs biens et quittaient le monde pour l’amour du Christ : « frères mineurs » et « sœurs mineures » ainsi les nomme-t-on.. Les frères, le jour s’adonnent à la vie active de l’apostolat.. et la nuit ils regagnent leurs ermitages. Les femmes occupent à proximité des villes divers maisons ou refuges ;elles y vivent en communauté du travail de leurs mains ,sans accepter aucun revenu…

 

Dans son testament, on sent Claire très attachée au souvenir de ces premiers temps,…. mais assez vite une inévitable distance s’introduisit.

 

Après s’être longuement interrogé sur sa mission et avoir consulté Claire et frère Sylvestre, François opta pour une vie de prédication, sans pour autant renoncer à de longues et fréquentes stations en ermitage, tandis que la vocation de Claire l’attirait à « demeurer »dans la prière ( alors que rien ne l’aurait empêché de se lancer dans une activité caritative au service des malades comme tant de pieuses femmes de l’époque et comme sainte Elisabeth de Hongrie par exemple.)

Leur même vocation à contempler amoureusement le Christ et à le suivre dans son abaissement et sa pauvreté, allait donc s‘exprimer sous deux modes de vie propres et tous deux ,dans des conditions différentes vont donner, chacun de leur coté, une élaboration plus ample à l’intuition initiale jusqu’à constituer deux ordres autonomes mais intimement liés..

 

Car ce qui les unit est fondamental regarder, méditer, contempler le Christ dans son abaissement en particulier, le Christ enfant sans défense à la crèche, le Christ serviteur lors du lavement des pieds, le Christ réduit au rang d’esclave dans sa Passion et dans sa mort, là où il révèle l’extrême de son amour pour les hommes.

 

Sainte Claire, dans sa première lettre à Agnès de Prague, résume cette démarche spirituelle :

« Jésus Christ, qui de tout éternité régnait sur le ciel et la terre… a voulu descendre dans le sein de la Vierge et apparaître au monde, indigent, nécessiteux et pauvre afin que les hommes indigents, nécessiteux et affamés de nourriture céleste deviennent riches grâce à Lui »

De cette contemplation amoureuse résulte leur choix concret d’un même style de vie : la pauvreté enracinée dans celle du Christ, et en conséquence l’obligation d’un travail honnête pour gagner leur vie ou en cas de nécessité de mendier leur pain … la minorité liée à la kénose du Christ, l’exercice de l’autorité comme service et l’obéissance par amour, comme le Christ envers son Père, des relations fraternelles de sollicitude mutuelle…

 

 

b) Déjà, vers 1215 ou 1216 la forme de vie est arrêtée, et le temps arrive, pour Claire de l’affermissement de sa vocation

 

François, sûr de sa fidélité au charisme fondamental, fait pression pour qu’elle prenne son autonomie et accepte le titre d’abbesse.

Lui même allait être désormais très occupé par le développement de l’Ordre, par son voyage en terre Sainte, par ses prédications, par ses maladies et il fut moins présent, bien que toujours attentif..

Il revenait donc à Claire de maintenir elle même sa forme de vie. Sa situation était délicate, car elle n’avait pas de règle si ce n’est la petite forme de vie donnée par François, qui n’avait aucune valeur juridique. Aussi, pour assurer la reconnaissance de son choix de vie, elle ne put échapper à une progressive institutionnalisation.

Son principal souci fut alors de garantir la spécificité de sa communauté naissante :c’est à dire vie en très haute pauvreté, le fait de vivre sans propriété, uniquement du travail et des aumônes :ce que l’Eglise à l’époque considérait comme impossible et inconvenant pour des femmes :

 

Elle réussit à obtenir du pape Innocent III en 1216 le privilège de très haute pauvreté c’est à dire le droit de n’être contrainte par personne à accepter des propriétés. Il y a quelques années on a contesté l’existence de ce privilège, mais au dire des spécialistes, aucun argument probant ne permet de mettre en doute l’affirmation de Claire dans son testament ; Ce serait même d’après Marco Bartoli le premier document pontifical officiel de tout le franciscanisme, tandis que les frères n ‘avaient jusque là qu’une approbation verbale »

 

Claire y tient tellement qu’elle le fait confirmer par le pape Grégoire IX en 1228, par le cardinal d’Ostie, Raynal, futur Alexandre IV, puis par Innocent( IV.

 

Le frère Pierre Brunette commente : A saint Damien, « Claire pousse donc l’inspiration de François dans toute sa radicalité, pratiquement sans son aide, au niveau du Privilège de la pauvreté. Elle renforce la garantie du projet de vie évangélique aux yeux de François, des frères et du pontificat ; Elle lègue ainsi à François son propre exemple d’observance combattive qui servira sans doute d’inspiration aux chapitres de la non possession et de la pauvreté comme héritage dans la règle franciscaine et le testament de François. Ce que l’un inspire à l’autre, l’autre lui rend et le radicalise. »

 

En même temps la communauté de st Damien grandissait et essaimait. Claire envoyait des sœurs initier d’autres communautés à sa forme de vie et par sa sainteté et sa personnalité gagnait l’estime, le respect et l’admiration des plus hautes autorités dans l’Eglise, notamment du Cardinal Hugolin, légat du pape.

 

En 1218 ce dernier entreprit de réunir en une nouvelle congrégation, à l’intérieur de l’Ordre bénédictin un certain nombre de communautés informelles créées un peu sur le modèle de st Damien, souvent à la suite de la prédication des frères, sous des dénominations et des statuts divers et fluctuant. : Ce fut la congrégation des « Pauvres Dames de la vallée de Spolète et de Toscane »

Claire dut se soumettre et accepter ses constitutions, mais elle obtint pour St Damien le maintien de la forme de vie primitive, avec le privilège de pauvreté.

 

Désormais le cadre sous lequel la communauté de st Damien allait vivre était nettement délimité : dépendance directe à l’égard du St Siège à travers le cardinal protecteur, le même que celui des frères, autonomie interne sous l’autorité de l’abbesse, lien charismatique ou spirituel mais non juridique avec les frères; l’obéissance promise au frère ministre étant celle que l’on reconnaît à un guide spirituel.

.

 

 

 

Entre François et Claire les relations s’espacent. Les frères le font du reste remarquer à François. Pourtant la connivence et l’affection restent profondes, avec la conscience de partager le même trésor de leur vocation, dans le respect, de ce que chacun avait à vivre.

 

Quand François tombe vraiment malade, quand il est soucieux pour l’avenir de son Ordre, il revient à st Damien, comme au lieu source où il retrouve l’élan des origines. C’est le lieu où il est bien, dans une communion d’esprit et de cœur, alors que dans l’Ordre il passe par un moment de dépression, se sentant marginalisé.

C’est là qu’il compose le cantique des créatures et aussi, le seul écrit qui nous reste, adressé directement aux Pauvres Dames : « audite poverelle, écoutez petites pauvres »

On connaissait l’ existence de ce texte par la légende de Pérouse mais on ne l’a retrouvé que vers 1976 dans deux manuscrits du monastère de Novaglie près de Vérone. C’est une sorte de testament à l’intention de la communauté de st Damien où François a rassemblé ce qui lui tient le plus à cœur. On devine derrière ces lignes sa joie de voir réalisé et maintenu cette forme de vie inspirée par le Seigneur. C’est une belle évocation, sous forme d’exhortation de ce qui se vivait à st Damien

 

Le texte :

 

 

Même à distance la présence de François représentait pour Claire un soutien sans prix, comme elle le dit dans son testament, il était «  notre colonne, notre unique consolation après Dieu, notre seul  appui »

Après la mort de François, la solitude de Claire se fit plus lourde.

 

C) Ce fut le temps de la laborieuse fidélité :Il dura 27 ans, jusqu’à sa mort

 

Avec le rapide développement de l’Ordre, la majorité des frères n’ont pas connu la grâce des premiers temps et bientôt ils n’auront même pas connu François. Ils ne peuvent pas saisir le lien profond qui unissait Claire à l’Ordre ; mais Claire pouvait encore compter sur les fidèles compagnons de François notamment sur l’amitié de frère Elie, ministre général de 1232 à 1239.

 

Cependant, dans l’Ordre secoué déjà par diverses tensions, deux tendances  se dessinaient vis à vis des sœurs:

Celle des premiers compagnons de François, notamment de frère Léon qui résidait avec quelques autres à proximité de st Damien pour prêter leur assistance aux sœurs et qui défendait le modèle de st Damien fondé sur la parole et les exemples de François

Et celle de Grégoire IX( ex cardinal Hugolin,) de la curie et de nombreux frères clercs, partisans d’une normalisation de la vie monastique féminine, d’une distinction des deux composantes de l’Ordre, et d’une réglementation canonique des rapports entre eux .

 

En 1230 la bulle « quo elongati » donna satisfaction à ces derniers : non seulement la bulle ouvrait aux frères la voie aux accommodements par rapport au choix radical de la pauvreté, mais elle leur interdisait de s’occuper des moniales quelles qu’elles soient sans l’autorisation expresse du St Siége.

C’était supprimer les rapports libres et fraternels des frères, même avec la communauté de st Damien.

La réaction de Claire fut immédiate : ce que l’on a appelé sa grève de la faim : c’est à dire le renvoi des frères quêteurs, puisque dit-elle, le pape « leur enlevait ceux qui nous procurent la nourriture de la vie » Le pape alors remit la décision entre les mains du ministre général.

Déjà deux ans auparavant Claire avait fait preuve d’une même attitude à la fois respectueuse et décidée quand le pape Grégoire IX, inquiet de la très réelle précarité de vie des sœurs, lui avait proposé de la relever de son vœu de très haute pauvreté : elle avait répondu fièrement : » Très saint Père, jamais je ne désirerai qu’on me tienne quitte du bonheur de suivre le Christ » .

En 1239 frère Elie est déposé et arrivent à la tête de l’Ordre des frères étrangers à l’Ombrie et même venus d’Angleterre. Le cercle des fidèles de la première heure se restreint. La plupart des frères ne saisissent pas la différence entre st Damien et les autres communautés régies par les constitutions du cardinal Hugolin devenu le pape Grégoire IX et ils prennent de la distance vis à vis des monastères qui n’entrent pas dans les normes pontificales.

 

Claire se trouve marginalisée par rapport au développement de l’Ordre et aussi par rapport à la curie qui, tout en la respectant, s’étonne de la voir s’obstiner 20 après la mort de François à défendre la forme de vie des origines

 

St Damien apparaît peu à peu dans le mouvement franciscain comme le lieu de l‘observance fidèle, l’espace de la résistance discrète mais ferme aux accommodements divers vis à vis de la pauvreté. Claire va devenir un point de référence pour les frères attachés à la radicalité des origines. Tout en restant dans l’obéissance et attachée à l’unité de l’Ordre, elle maintient fermement sa ligne de conduite et elle poursuit son but : obtenir la reconnaissance officielle de sa forme de vie pour en assurer la pérennité.

 

Quand en 1247 le pape Innocent IV publie sa règle, et qu’il croit la satisfaire en détachant les Pauvres Dames de l’ordre bénédictin pour les admettre canoniquement dans la famille franciscaine, tout en laissant dans le flou la question de la pauvreté , elle réagit et entreprend de rédiger sa propre règle.

 

C’était audacieux et même téméraire de la part de Claire de se mettre ainsi en concurrence avec la règle pontificale et avec ce que les papes depuis plus de vingt ans s’efforçaient de mettre en place. Très habilement, elle reprend la règle bullée de François en l’adaptant avec beaucoup de liberté à sa condition monastique féminine. L’approbation fut longue et difficile à obtenir.

 

Aussi rédige-telle encore son testament, comme une dernière tentative pour défendre sa forme de vie, comme un témoignage de ce qui se vivait à st Damien, comme un cri a-ton pu dire. « Elle confiait sa mémoire à un texte écrit avant que la mémoire des autres ne soit frappée d’amnésie » selon une formule d’un intervenant à l’un des derniers colloques d’Assise.

Enfin la règle est approuvée deux jours avant sa mort, le 9 août 1253 mais avec une portée très restreinte, seulement pour l’abbesse et les sœurs de st Damien.

Cependant l’essentiel était accompli. L’approbation de la règle consacrait son appel originel de suivre le Christ en très haute pauvreté et fraternité et en union étroite avec les frères.

L’historien de st François Raoul Manselli remarque que Claire a réussi mieux que François à maintenir son mouvement dans sa physionomie d’origine. Elle a su résister à toute pression et à toute tentative d’absorption ou de dilution.

 

Sa règle était désormais comme une pierre angulaire de l’édifice. Claire avait mené le bon combat  dans l’obéissance et la fermeté, dans une fidélité sans raideur, ne laissant jamais l’amertume assombrir sa joie de suivre le Christ. Elle pouvait achever sa course et partir sereine, en bénissant le Seigneur ;

 

Signe de l’union qu’elle a su maintenir avec tous, au moment de sa mort, le ministre provincial est auprès d’elle, aux cotés des fidèles Léon, Genièvre..  ainsi que les membres de la cour pontificale. Le pape lui même accourt à son chevet. Tous lui témoignent amitié et révérence et Innocent IV est même prêt à la canoniser sur le champ.

 

Mieux que la « petite plante », Claire a été la fidèle disciple «l’alter Franciscus » comme Marco Bartoli n’hésite pas à l’appeler car sa vie fut un constant rappel de la vocation franciscaine originelle. C’était il est vrai plus facile avec une communauté homogène qu’avec un ordre de plusieurs milliers de frères répartis dans de nombreux pays. Mais sa fidélité, loin d’être figée, fut créatrice d’une nouvelle manière de vivre la vie monastique et là se pose une autre question, celle de la fidélité des clarisses à Claire

 

 

D)….Après la mort de Claire :Le long chemin de l’appropriation de sa règle

 

Quelques semaines après la mort de Claire, le pape ordonnait l’ouverture du procès de canonisation et celle ci intervenait en 1255, avec le même bref délai de deux ans que pour François. Cependant cette gloire sembla sans lendemain.

Sur une centaine de monastères sensés se rattacher à elle, bien peu, pas plus d’une dizaine pratiquaient réellement sa forme de vie. Les autres suivaient les constitutions du cardinal Hugolin, d’autres la règle du pape Innocent IV de 1247, d’autres des statuts accordés par leur évêque, d’autres encore restaient dans le vague.

L’approbation de la règle pour st Damien, apparaissait comme une concession, un dernier hommage amical du pape mais la position de la curie vis à vis des moniales franciscaines n’avaient pas changé, pas plus que la tendance générale du premier Ordre. Pour les frères, la promesse de François de fournir aux sœurs assistance spirituelle et matérielle représentait une charge trop lourde.

St Bonaventure, ministre général à partir de 1257  y était opposé et il fit bien préciser par les monastères assistés que les frères agissaient non par obligation mais, « par pure grâce et libéralité »..

En 1259 il participa avec d’autres maîtres franciscains à l’élaboration d’une nouvelle règle pour les moniales franciscaine de l’abbaye royale de Longchamp près de Paris fondée par Isabelle de France, sœur de st Louis, construite selon une architecture somptueuse et dotée de grands biens. Cette règle reprenait en grande partie celle de 1247 .

 

Peu après en 1263 le pape Urbain IV dans un souci d’unification, entreprit de rassembler toutes les moniales franciscaines sous un seul ordre de sainte Claire et une seule règle, celle de Longchamp un peu remaniée qui devint la règle urbaniste. Celle-ci ne faisait plus mention de la pauvreté en commun et permettait de recevoir des sœurs servantes pour les besoins du monastère.

 

C’était abandonner les deux points essentiels de la règle de Claire qui en faisait l’originalité : la très haute pauvreté et la fraternité fondée sur l’égalité des sœurs.

Cette même règle confiait la visite des monastères aux frères sous l’autorité du cardinal protecteur de l’Ordre avec des pouvoirs discrétionnaires : «  établir, et destituer, ordonner, décréter et disposer comme ils jugeront opportun devant Dieu »

Dans sa propre règle ste Claire s’étendait surtout sur les qualités que devaient avoir le visiteur et lui demandait seulement de « corriger les abus contre la forme de vie »

 

Le glissement était net du service fraternel de vigilance par rapport à la forme de vie, chez Claire et François à une dépendance institutionnelle dans la règle d’Urbain IV.

Le pape chargeait en outre les frères, d’incorporer les nouvelles communautés dans l’Ordre, de confirmer l’élection de l’abbesse, de désigner les sœurs pour les nouvelles fondations. La communion fraternelle au service d’un même idéal faisait place à des rapports disciplinaires.

Pendant un siècle et demi l’Ordre se développe numériquement, jusqu’à atteindre plus de 400 monastères à la fin du XIVè s, souvent grâce aux tertiaires qui prennent l’initiative de nouvelles fondations ou y prêtent leur concours.

 

Mais la règle de ste Claire est oubliée.. .Chez les sœurs comme chez les frères, l’abandon de la pauvreté, l’accumulation des dons et privilèges, la pression des bienfaiteurs, l’ingérence des fondateurs de monastères et de leur famille, entraînèrent la décadence et même la déchéance de nombre de communautés.

 

Pourtant, régulièrement la règle de sainte Claire refait surface. Au XVèsiècle, une modeste initiative d’un frère convers qui demanda la permission de vivre dans un ermitage d’Ombrie comme avait vécu st François inaugure la réforme de l’Observance..(Il avait choisi la méthode de François et de Claire qui, tout en restant dans l’obéissance, sans chercher à imposer leur choix aux autres, ont vécu résolument leur vocation de pauvreté –fraternité comptant simplement sur la force de l’exemplarité.)

 

La réforme se propagea et les prédications des frères observants, surtout de st. Bernardin de Sienne. ranima la flamme dans de nombreuses communautés de clarisses. Un certain nombre d’entre elles, entreprirent alors de revenir à la règle de sainte Claire ; une émulation enthousiaste parcourut les communautés réformées pour rechercher, recopier la règle de sainte Claire et surtout obtenir du pape la permission de l’adopter ,malgré la réticence des frères qui se seraient contentés pour elles d’un simple renouveau spirituel sous la règle urbaniste..

 

Simultanément, en France, Ste Colette, dirigée d’abord par des frères de l’Observance entreprend sa propre réforme fondée d’emblée sur un retour pur et simple à la règle de ste Claire et pour qu’elle ne retombe pas dans l’oubli elle en écrivit une commentaire très précis , ses constitutions qui vont être observées pendans cinq siècles par les clarisses colettines jusqu’à Vatican II. Consciente de la nécessité d’une unité de vue entre frères et sœurs, elle suscite même une réforme chez des frères les colettans.

 

Au XVIè s la réforme des capucins entraîne assez vite la naissance d’une branche féminine les capucines, qui adoptent aussi la règle de sainte Claire.

 

Mais ces réformes ne représentent qu’une minorité des communautés clarisses, qui dans leur ensemble sont urbanistes.

Avec le concile de Trente les questions d’autorité et de gouvernement prennent le pas et les relations deviennent quelquefois tendues quand les monastères oscillent entre la tutelle de l’évêque ou celle des frères , eux mêmes désormais divisés en plusieurs branches mais leur assistance n’a jamais cessé ; et, comme dans une famille, à chaque coup dur, les frères étaient là pour tenter de protéger les sœurs. Lors des guerres de religion, des invasions ou sous les persécution comme au temps de la Révolution, plusieurs risquèrent leur vie.,

 

Frères et sœurs ont donc marché ainsi de pair dans la décadence comme dans les réformes. Dés que la ferveur revient et que des réformes remettent en honneur la forme de vie primitive, on retrouve la fécondité spirituelle d’une réelle communion dans un même idéal.

 

Enfin, quand les clarisses se reconstituèrent après l’anéantissement lors de la Révolution, elles adoptèrent presque toutes, du moins en France la règle de sainte Claire

 

 

Actuellement.

 

Actuellement les clarisses sont environ 15000 dans le monde réparties en à peu près 900 monastères. .En France nous sommes environ 600 dans une cinquantaine de communautés.

Malgré la pénurie de vocations et la fermeture de plusieurs monastères, d’autres sont fondés ce qui témoigne de la vitalité de l’ensemble.

Ces dernières années des clarisses de Sion se sont implantées en Hongrie et en Roumanie, des clarisses italiennes ont fondé en Albanie après des siècles d’absence. D’autres sont parties d’Italie, d’Allemagne jusqu’en Corée, tandis que des clarisses philippines se préparent pour le jour où la Chine s’ouvrira réellement à la vie religieuse ; elles sont déjà à Taiwan et à Hong-Kong .En Amérique latine les clarisses se développent rapidement surtout au Mexique, et en Colombie .tandis qu’en Afrique commencent déjà les fondations de la deuxième génération, par les africaines elles même.

Les sœurs de toutes ces nouvelles fondations sont heureuses de venir renforcer temporairement les communautés d’Europe, de connaître leurs racines et de s’imprégner des traditions de l’Ordre. Aussi les échanges sont nombreux et les clarisses connaissent les effets de la mondialisation. Nos communautés deviennent souvent multiculturelles.

 

 

 

Plus que jamais la règle de sainte Claire désormais adoptée presque partout et réactualisée par de nouvelles constitutions, cimente notre unité . En France comme dans beaucoup de pays, nos communautés, toutes autonomes se trouvent sous la juridiction de l’évêque du lieu et nos rapports avec frères sont dans le cadre des relations fraternelles d’assistance spirituelle et de conseil

 

Fidèles à la promesse de François, l’Ordre a créé à Rome pour les moniales, un office confié à un frère assistant qui a pour but d’aider les communautés dans leur cheminement spirituel et de les conseiller dans la solution de leurs problèmes. Localement, chaque groupe de monastères ou fédération a aussi un frère assistant dont la visite est toujours ressentie comme un soutien précieux qui respecte en même temps toute notre liberté.

 

Toute l’évolution des dernières décennies avec les études renouvelées sur François et Claire, avec l’implication réciproque de tous les membres de la famille franciscaine dans les célébrations des divers centenaires ont ranimé la communion profonde des origines.

Notre Ministre général, frère Carballo parle d’une  :

Communion charismatique des frères et des sœurs car nés du même Esprit saint.

En promettant obéissance à François, Claire s’introduit à plein titre dans la fraternité et partage comme les frères la forme de vie bien que sur un modèle différent. Il s’agissait d’une unique fraternité où chacun ayant choisi de vivre l’Evangile l’incarnait selon son propre style ; Un même appel à la perfection du saint Evangile.

On pourrait dire la même chose de nos frères et sœurs du tiers Ordre, toujours à nos cotés au long des siècles même si leur présence est moins facilement repérable car elle s’est le plus souvent exprimée de façon personnelle et non pas institutionnelle.

Aujourd’hui, poursuit notre frère ministre, nous sommes appelés à une spiritualité de communion parce que notre charisme naît dans la communion, le partage, la participation…

Vivre l’Evangile comme franciscains signifie donc rendre visible cette appartenance charismatique commune où la réciprocité devient encouragement et soutien qui aide les diversités spécifiques à « exprimer la richesse et la beauté de notre forme de vie.

Un beau programme pour essayer de vivre à notre tour en fidélité à la grâce des origines !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : Fraternité Franciscaine Séculière
  • Fraternité Franciscaine Séculière
  • : Pour mener une vie fraternelle et évangélique à la manière de François d'Assise, des hommes, des femmes, des foyers se rencontrent et constituent la Fraternité Franciscaine. Ceux qui veulent en faire partie, se retrouvent et construisent, jour après jour, une communauté évangélique. Ce blog est consacré à la région PACA
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