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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 23:45
 

Moi, à Lourdes ? Jamais, faut pas rêver !

Pendant 60 ans, j’ai proféré cette déclaration péremptoire et définitive à qui voulait bien l’entendre ! Sûre de moi et qu’on se le dise !

Et ce prénom exécré dont on me rebattait les oreilles. J’ai des souvenirs d’enfance où une vieille dame chapeautée et gantée de filoselle me demandait mon nom ; Bernadette ? Oh le joli prénom… Bernadette Soubirous bien sûr ! Hi ! Hi ! Hi !

Et bien non cela ne me faisait pas rire du tout, d’autant moins que ce prénom était repris en sept exemplaires dans ma classe et par ordre alphabétique, je me situais la dernière. Ainsi le jour de la confirmation, lasse d’entendre Monseigneur tenir le même discours aux six Bernadette, je lui dis m’appeler ‘ALINE’ ! Gloussements dans les rangs derrière moi ! Et je l’entends me répondre d’une voix emplie d’émotion : « oh, mon enfant, c’était le nom de ma mère ! Soyez douce comme elle et vous serez très aimée ! 

 

Donc, je redis haut et fort : « moi à Lourdes jamais ! »

Et voilà que par la voix de Laure, l’Esprit se manifeste dans cette toute petite phrase anodine : « tiens moi, en cette année du huitième centenaire, j’irais bien à Lourdes avec le pèlerinage franciscain ! Il faut dire que Laure et moi, nous avons une certaine complicité « sororale » et qu’ensemble, nous sommes capables de petites et grandes folies ! Comme celle d’aller à Lourdes : elle avec ses 85 ans et à peine remise d’un sournois AVC, moi avec mes 70 ans, encombrée d’un Mistler James Parkinson qui ne me lâche jamais les baskets ! Encombrée surtout par cette rébellion tenace et viscérale d’un rejet sans quartier de Lourdes et de ses bondieuseries !!

 

Ne jamais dire jamais

Inscrites en bonne et due forme, nous voyons arriver le jour du départ avec quelques appréhensions ! Laure hésite, tant sa fatigue est grande, mis elle tient à ne pas me laisser tomber, moi de même j’y vais pour ne pas la laisser tomber !

Je m’entoure de gris-gris protecteurs : un chapelet musulman, cadeau reçu à la grande mosquée de Lyon et je m’invente un personnage pour un travail d’écriture : sœur de Joseph donc belle sœur de Marie. Joseph m’envoie vérifier que Marie est consentante de porter tous les jours cette robe et ce voile bleu délavé, tellement contraire à sa culture

 

Quand faut y aller, faut y aller !

Sept heures du matin, on grelotte sur le parking de La Part-Dieu, on attend le deuxième car prévu qui n’arrivera jamais !! Ca commence bien ! « Si vous voulez, je peux laisser ma place, j’irais l’année prochaine » « Que nenni ma mie, le rendez-vous, c’est cette année »

Voyage superbe, que la nature est belle, et qu’il fait bon être ensemble ! Et moi qui craignais que l’on me bassine les oreilles avec moult « Ave, Ave, Ave Maria » ; j’e n’ai même pas eu besoin de sortir le chapelet musulman !

Arrivée à peu près dans les temps, accueil chaleureux, installation rapide, nous sommes quatre dans la chambrée, nous devenons vite copines ! Trois sourdes et quatre ronfleuses ! Cela promet de belles nuits et de doux réveils !

 

La vie à Lourdes commence

Une vie où le tordu, le boiteux, le ‘pas bien fini’ sera servi le premier ! tout est fait pour que ce bancal soit le prince du jour et des lieux… (texte de François sur le lavement des pieds)

Nous les malades et autres bancals…

. Nous ne pouvons laisser tomber la moindre petite cuiller sans que trois ou quatre bénévoles se précipitent pour la ramasser et nous en apporter une autre.

. Nous pouvons, de nos lits d’insomnie, sonner de jour comme de nuit et un ange vient vous demander ce que vous désirez. Séance tenante, on vous apporte le réconfort sollicité.

. Nous ne pouvons quitter notre étage qu’accompagnés par une hospitalière ou un brancardier. Le pompon est le déplacement en ville et dans les sanctuaires. D’office, un brancardier costaud, jeune et bien fait1 vous prend dans ses bras et vous pose dans une carriole à capote bleue… on vous enveloppe comme un nourrisson dans une couverture à carrés de toutes les couleurs, tricotée par de pieuses dames du monde entier ! Si le temps est à la pluie, on vous met une deuxième couche de « protection » imperméable, on relève la capote pour la pluie ou le soleil et vogue la carriole, plutôt le carrosse royal, digne de toutes les « Sissi » du monde. Pendant ces huit jours, nous avons été les « Sissi du Bon Dieu et de sa douce mère » !

En ville, le brancardier suit scrupuleusement le tracé rouge sur le sol qui nous conduira aux sanctuaires par les rues commerçantes de la ville. Un magasin sur deux peut combler votre désir de souvenirs en tout genre, et il y z autant de restaurants et de café-bistrots où il fait bon siroter une menthe à l’eau ou une bonne bière au retour de La Grotte ! L’eau de Lourdes, on y croit, mais faut pas tout mélanger!

Par moment, cela prend un petit air de kermesse, pour le bonheur de tous ! Je me suis laissé dire par un brancardier alsacien chevronné que les anges2 gardiens se réjouissaient de voir cette ambiance et qu’il leur arrivait d’esquisser un pas de danse !!!

. Nous sommes réveillés dès potron-minet par une voix criarde et écorchée d’un frère qui nous invite à la prière !!! Personne ne peut y échapper car, modernité oblige, les chambres sont sonorisées avec un central au fonctionnement douteux qui coupe toutes les deux minutes !!! Nous sommes héroïques de tenter de chanter la gloire de Dieu dans ces conditions… Puis une voix qui se voudrait câline et légère, nous donne le programme de la journée. Très peu écoutent et retiennent mais l’invitation au petit déjeuner, tout le monde l’entend et la comprend ! Servis et choyés comme des coqs en pâte !3


Deux grands moments

Le passage par la piscine et le sacrement des malades… Alors là « J’ai rien à dire ou alors trop et ça serait beaucoup trop long » (Anne Sylvestre)

  • La piscine : après une longue.. longue attente, on vous emporte dans un petit, petit local et en moins de temps qu’il faut pour le dire, vous vous trouvez nue dans les bras d’une chaleureuse « Mama » italienne ou germanique, trempée dans l’eau ni froide, ni chaude, rhabillée sans être essuyée mais tout va bien et sortie toute guillerette ! un merci tout particulier à ma « Mama » qui elle portait aussi le nom de ma mère : Gabriella !!! une vraie remise au monde, deuxième sortie des eaux matricielles !

  • Le sacrement des malades ! loin d’être une extrême onction, c’est plutôt un temps convivial et festif : environ une bonne centaine de malades et accompagnateurs, cela peut faire une vraie fête !

Pour cette célébration, il m’avait été demandé de dire quelques mots de ce cheminement du Jamais à pourquoi pas… Les conditions pour préparer une « intervention » n’étaient pas vraiment requises, donc après m’être retirée pour prier, j’ai tenté de parler d’abondance du cœur, mais les larmes sont intervenues trop vite… et voilà que je pleure comme une Madeleine.. Un peu de retenue quand même !!! Devant un évêque !!! Que va penser Mgr Grallet ? Et bien, Jean-Pierre Grallet, tout Monseigneur qu’il soit, vint se mettre à mes côtés et me soutint du regard et d’un sourire ouf ! Le cocasse dans l’histoire est qu’on me félicita pour mon intervention et qu’on me demande ce papier…mais je n’ai rien dit !!! Je vous assure. Simplement ce flot de larmes a rejoint celles retenues d’une assemblée de frères et sœurs !!! 4


Deux autres grands moments

Plus privés : un matin, je demande à P. brancardier sympa, sympa, de m’emmener dès la pointe du jour à la grotte. J’espérais arriver avant tout le monde, avoir pour moi toute seule et la grotte, et la vierge et les cierges et tout et tout et tout ! Raté ! Allez ma belle, retour à la case départ. Trempés par une pluie tenace nous courons nous mettre à l’abri du côté des cierges ! Là, aucun pèlerin mais l’homme d’entretien qui nettoie les plateaux. Comme deux gamins qui jouent avec des allumettes, nous jetons notre dévolu sur un cierge tout malingre, remisé dans un coin parce que tordu et bancal lui aussi !! . Ici à Lourdes, il a quand même ses chances. Alors, à cette heure encore fort matinal, grelotant sous la pluie, nous avons égrené notre litanie perso en alternance : la sienne, la mienne. La flamme de notre cierge était bien vacillante comme notre foi mais vaillante quand même malgré le froid et la pluie!

Et ça durait, et ça durait ! Toute la parentèle a défilé… et Karim et Floriane, tous les voisins, les amis. Nous étions gelés « et si nous avions de l’eau dans les yeux ce n’était pas que de la pluie ! »

Vite, vite retour au centre pour un petit déjeuner-réconfort puis départ officiel pour la piscine

«  Dis, pourquoi dans la vie de tous les jours, on ne vit pas plus souvent ces temps de communion ? Pourquoi on court toujours après le temps, après le fric ??? Pourquoi, on doit toujours être au top niveau ?? » Questions essentielles. « Et pourquoi, je suis malade, pourquoi moi ??? »

 

Et mon enquête ?

Il me faut remplir le contrat avec Joseph, je ne voudrais pas le décevoir.

Le jeudi de l’ascension, quartier libre à condition de rester avec son brancardier. Ayant oublié sur ma table de nuit à Lyon tous mes papiers et argent, et n’ayant pas du tout l’intention de faire du lèche vitrine, ni de retourner dans les lieux pieux, je prie mon brancardier JF de faire plutôt dans l’insolite !

Le temps est splendide.

Et nous voilà pour plus d’une heure sur la terrasse peu connue du centre N D. avec une vue à 360 ° à vous couper le souffle ! Plus de parole, plus de bruit, plus d’agitation, seulement le silence de la contemplation et de la louange

 

Cerise sur le gâteau

JF, à qui j’ai conté mes réticences, excellent pédagogue, m’emmène pour un fabuleux et inoubliable rendez-vous ! Je resterai sobre, mais sachez que Marie, ce jour là portait une robe blanche, un peu rustique, un peu rugueuse, tricotée dans de la laine de mouton… la laine des moutons des Pyrénées, elle m’a autorisé à mettre ma main sur son ventre et j’ai senti les vibrations de la vie comme pour toutes les femmes du monde.

 

Que dire de plus ???

Ah si si !!!

Des franciscains en fête, c’est rigolo ! Les bures virevoltent dans tous les sens ! Des franciscains qui causent, c’est souvent très intéressant, des franciscains qui chantent, c’est souvent très gai, des franciscains qui prient c’est admirable, mais le top du top ce sont des franciscains qui prennent soin de l’autre, qui lavent les pieds comme le Seigneur et François leur ont montré… si, si, ça existe !alors, là c’est beau à en mourir !!!!

 

 

Moi, à Lourdes ? J’en rêve ! Vivement l’année prochaine ! Et oui, souvent femme varie !!!

 

Merci Laure !

Merci l’homme des rendez-vous !

Bernadette Wecxsteen

Francheville (69)

1 Idée reçue n° Les bénévoles qui vont à Lourdes sont tous moches et vieux

2 Idée reçue n° à Lourdes, on y va pas pour rigoler !

3 Idée reçue n° à Lourdes, on mange mal. Mais si on pense aux pauvres.. pauvres, cela passe mieux !

4 Idée reçue n° on ne pleure pas en public, c’est indécent !

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