Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 13:24
 

castille-2009-a.jpg

8è centenaire et historique de la Règle. FSF PACA La Castille 6-7 Juin 2009

 

Une partie du débat à propos de cette année jubilaire, 1209 – 2009, pourrait porter sur le fait d’avoir retenu un événement fondateur plus qu’un autre, celui de l’approbation de la règle par Innocent III, et d’en faire le moment de naissance de l’Ordre franciscain.

Cela va bien dans la perception officielle de lier la naissance d’une communauté nouvelle avec sa reconnaissance par l’autorité de l’Eglise. Rien de plus normal à priori, l’Etat civil fonctionne de la même manière. C’est une sécurité pour tout le monde. De plus, dans le contexte de l’époque d’un retour radical à l’Evangile, il est important pour l’Eglise de vérifier la démarche des fondateurs.

Reste une autre question en plus de la date choisie, 1209, celle de la symbolique de l’événement et du sens donné à cette célébration. Que fêtons-nous exactement : le 8è centenaire de la fondation de l’Ordre ou celui de la naissance du charisme franciscain ? Autrement dit, s’agit-il de la naissance de l’Ordre (1e, 2e, 3e) ou d’une spiritualité, voire même d’un mouvement plus large ? Célébrons-nous l’institution ou l’intuition mise en route ?

 

 

- Un événement parmi d’autres :

 

Parmi les fresques de Giotto de la Basilique supérieure d’Assise, à voir sur place ou les reproductions de l’exposition itinérante d’Ars Latina, il en est une qui retient notre attention parce qu’elle évoque bien cet événement repère du huitième centenaire : celle où François et les onze premiers frères, tous tonsurés et en habit de l’observance, remettent la règle et en reçoivent approbation de la part du pape. A regarder de près le texte que tend le pape à François, on peut lire en première ligne « Regula est bullata… ». L’épisode relaté est donc celui de l’approbation de la Règle officielle. Hors le texte qui a reçu la signature papale est celui de 1223 (par Honorius III). Et nous savons qu’en 1209, la communauté naissante ne reçoit (du pape Innocent III) qu’une approbation orale, encouragée à faire ses preuves. D’où la nécessité d’approfondir l’histoire de la Règle : 1209,1221, 1223.

 

Cet événement, aussi important soit-il, est-il celui de la naissance de l’Ordre ? Sans doute si l’on s’en tient à l’aspect canonique et juridique. Mais d’autres épisodes de la vie de François et de ses frères marquent à leur manière, la naissance du « charisme franciscain », et même la naissance de l’Ordre.

 

Les mêmes fresques, ou les biographies, pourraient nous inviter à nous fixer sur d’autres événements : l’Evangile de la Saint Matthias, l’accueil des premiers frères dont Bernard de Quintavalle qui ne serait que le second, la mise en route du petit groupe à Rivo-Torto, ou le chapitre des nattes à la Portioncule que l’on retrouvera un peu plus loin. Peut-être ne faut-il pas se limiter à l’étape de l’officialisation du mouvement. Reconnaissons toutefois à 1209 d’être un événement vécu par l’ensemble du groupe, et ne se limitant pas à l’histoire personnelle de François, comme aurait pu être l’épisode du crucifix de St Damien.

 

Célébrer ce jubilé nous renvoie donc à relire certains épisodes fondateurs ou déclencheurs du mouvement. La question est d’autant plus délicate à solutionner que François n’a pas cherché à fonder, mais il s’est trouvé sollicité par d’autres, eux-mêmes séduits par l’aventure.

 

 

- La vie de st François, un modèle de vie franciscaine (François Delmas)

 

La vie de François fut elle-même la règle de sa jeune fraternité des premiers temps. (Speculum 68). Il est devenu disciple de Jésus-Christ, et des disciples se joignent à lui. C’est dans sa manière de vivre et dans les aspirations qui l’habitent qu’il choisit les accents de sa communauté, même si certains biographes présentent l’histoire de la nouvelle communauté comme en quête des critères de la vie apostolique. L’accent le plus fort étant peut-être avec Bonaventure, faisant de François un autre Christ, entouré de ses disciples : idée qui sera largement exploitée.

 

C’est dans les années 1206-1209 que nous pouvons dater la période de la naissance et du développement des idéaux qui formèrent la base de la vie franciscaine. Au début une seule idée le hante : la volonté de quitter le monde et de se mettre inconditionnellement au service de Dieu, en vivant dans la pauvreté. C’est le geste du dépouillement devant son père, s’en remettant au Père.

Parmi les points forts, retenons son amour passionné de son Seigneur, pauvre et crucifié. De cette découverte dans sa vie, il en retient de se consacrer à Dieu, dans une fidélité à l’Evangile. Pauvreté, minorité, fraternité seront comme les trois piliers de cette vie solidement enracinée en Christ qu’il ne cesse de contempler comme chemin qui conduit au Père, le souverain Bien.

L’arrivée de compagnons qui veulent le rejoindre dans le don total va transformer le projet d’une aventure personnelle et individuelle, en aventure communautaire où la place de la relation entre les membres va elle-même devenir importante. La notion de fraternité, base de la structure du groupe, devient ce serment qui unit les frères comme membres d’une même famille.

 

Si d’autres mouvements radicaux retiennent déjà ces points forts évangéliques, au point d’aller jusqu’à fonder leur propre courant hors de la communion ecclésiale, la caractéristique de François d’Assise est bien de situer sa démarche en accord avec l’évêque (rappelant ainsi son geste de dépouillement et l’accueil de celui-ci qui le couvre de son manteau), dans l’attachement et l’obéissance à l’Eglise, motif qui justifie à lui seul l’événement retenu comme point de départ.

 

 

- L’histoire de la règle de 1209 à 1223.

 

Premiers pas vers une règle :

Dès le début de la vie de la nouvelle communauté, François doit baliser la vie du groupe naissant. N’étant plus seul, un accord minimum avec les compagnons venus se joindre à lui doit gérer la vie communautaire. Lui-même, personnalité assez forte, est rapidement confronté à des tendances qui s’expriment autour de quelques points qui font difficulté, notamment la question de l’argent, des bâtiments et de la réflexion intellectuelle.

De plus, tenant à rester au sein de l’Eglise, il tient à obtenir son autorisation pour vivre son projet, même si celle-ci souhaite qu’il se rattache à l’une ou l’autre règle de vie existante. Pourquoi créer du neuf dans toute cette agitation ? Faudrait-il autoriser chaque illuminé alors qu’existent déjà plusieurs règles, notamment monastiques François ne s’en satisfait pas. C’est à autre chose qu’il se sent appelé par le Seigneur :ni la vie monastique, ni celle de prêtre. Il choisira d’en écrire une dont il demandera approbation aux autorités. Plutôt qu’une règle qui impose et dirige, il s’agira d’exprimer la « forme de vie » adoptée.

 

Forme de la règle primitive :

Lorsque François va à Rome en 1209, il semble que ce ne soit pas la première fois. L’accès au pape n’est pas non plus des plus simples. Mais avec l’appui de l’évêque d’Assise, Guido, qui a suivi dès le départ son itinéraire, les portes s’ouvrent, et le cardinal Jean de St Paul facilitera le contact.

François vient, avec des frères, mais également avec une expérience, une pratique, si ce n’est avec une organisation structurée. Tout le début du Testament parle de l’expérience personnelle de conversion de François. « la grâce de commencer à faire pénitence , l’expérience des lépreux, la foi dans les églises »

Puis c’est l’arrivée des premiers frères « donnés » par le Seigneur qui lui dicte sa vie « selon le saint Evangile ».C’est alors qu’un texte devient nécessité. Il écrit « je fis rédiger un texte en peu de mots bien simples, et le seigneur pape me l’approuva ». La formule ne laisse pas de place au doute :l’initiative vient de François et de lui seul.

 

Que contenait ce texte et qu’est-il devenu ?

Nous n’avons plus ce texte. Que dans l’histoire difficile des premiers temps il ait été éliminé, rien de surprenant. N’étant pas reconnu canoniquement et faisant la part belle aux débuts de la fraternité, il ne devait pas satisfaire certains courants plus favorables à une plus grande reconnaissance. Comme pour d’autres mouvements, il s’agit d’un « propositum »,qui rassemble l’essentiel du projet de vie sans forcément les contraintes juridiques et canoniques qui seront incluses dans les textes suivants.

Le Testament donne quelques éléments du contenu (v.16 à 23) : distribution aux pauvres des biens, pour vêtement une seule tunique, rien de plus ». La prière est celle de l’Eglise (office), laïcs ou clercs.

Simplicité de vie et travail (ceux qui ne savent pas travailler qu’ils apprennent », et salutation de la paix du Seigneur.

« Accueil des recrues, démarche initiale, vêtement, prière, travail, prédication de la paix, voilà donc, avec une probabilité assez grande, les points fondamentaux de cet écrit « en peu de mots » que François et ses premiers frères emportaient avec eux pour que le Pape l’approuve. » (Th Desbonnets «  De l’institution à l’institution »)

De la règle non approuvée de 1221 à la règle définitive 1223 (Fr Delmas p.127 Processus d’institutionnalisation de la Religion Mineure.

Fin juin 1219 François, accompagné de Pierre de Catane, Illuminé et d’autres frères s’embarquent à Ancone pour Acre puis Damiette où ils rejoignent les croisés. Il y rencontrera le Sultan qu’il ne convertira pas, mais avec qui il posera un acte toujours actuel, celui d’une rencontre faite de respect de la différence et de fraternité.(à reprendre dans les défis pour aujourd’hui)

Pour gouverner en son absence François a nommé deux vicaires, Matthieu de Narni et Grégoire de Naples, l’un pour l’accueil des candidats et l’autre les visites aux frères. Ceux-ci prennent des initiatives qui tendent à aligner le mode de vie des frères sur celui de la vie monastique. Un frère laïc rejoindra François pour l’en avertir. François se tourne alors vers le pape Honorius III duquel il obtient que le cardinal Hugolin soit nommé officiellement « Protecteur des frères mineurs et des sœurs pauvres ». Entre deux, le 22 septembre 1220 le pape, voyant l’intérêt de la Fraternité pour l’évangélisation, souhaite des frères formés et décide de l’instauration d’une année de noviciat pour les candidats

 

François démissionne de sa charge, pas de l’inspiration.

Un chapitre extraordinaire est convoqué par François et Hugolin pour les derniers jours de septembre 1220. Ce chapitre annule les prescriptions ascétiques ajoutées par les vicaires à la Forme de vie au chapitre précédent. François y abandonne le gouvernement et le confie à Pierre de Catane qui devient  ministre et serviteur de toute la Fraternité. « Dorénavant je suis mort pour vous, mais voici Pierre de Catane à qui moi comme vous nous obéiront tous » (compilation d’Assise). Pierre de Catane meurt cinq mois plus tard. François nomme Elie pour lui succéder.

 

Le Chapitre des Nattes de 1221 à la Portioncule.

En raison de la croissance numérique de la Fraternité, c’est le dernier chapitre où tous les frères sont invités. Jourdain de Giano qui y participe indique qu’ils sont plus de 3000 frères auxquels il faut ajouter de nombreux visiteurs dont un cardinal, des évêques…Ne disposant pas de locaux, les frères campent dans des huttes. C’est le célèbre chapitre des Nattes ! Quant à la nourriture, elle est fournie par la générosité de la population locale.

Ce chapitre décide l’envoi de nouveaux frères en Allemagne sous la conduite de Césaire de Spire. et y « est approuvée la version finale de la Forme de vie que les frères mineurs n’ont cessé d’enrichir depuis 1209. Ce texte qu’à la demande de François Césaire de Spire a complété par de nombreuses citations des évangiles est destiné à devenir la Règle de la Religion mineure. François et Elie le soumettent au Saint Siège, mais comme il ne répond pas aux critères canoniques en vigueur, la Curie romaine refuse de l’approuver, d’où l’appellation de Regula non bullata. » (Fr Delmas,p 134)

 

Comment ne pas évoquer ce long texte de 1221, plus spirituel que juridique sans souligner l’ensemble des recommandations faites aux frères, autant dans leurs rapports que dans la manière d’être, de vivre ou de prêcher. Ne doit-on pas souligner plus particulièrement le chapitre 22 (Admonition aux frères) belle exhortation spirituelle. Que dire du chapitre 23, superbe prière et action de grâce ? La conclusion du texte est une bénédiction de François.C’est également au cours de l’année 1221 qu’est approuvé la proposition de vie de la Fraternité de la Pénitence (futur Tiers-Ordre) par la bulle « Memoriale propositi ».

 

La Regula Bullata, 1223

Si l’année 1222 semble calme au plan institutionnel, l’année 1223 est une nouvelle étape pour la Règle. Le Saint Siège ayant refusé le texte de 1221, François se retire dans l’ermitage de Fonte-Colombo. Il y séjourne entre de janvier à avril en compagnie des frères Léon et Bonizo de Bologne. Il réussit à conserver l’essentiel du contenu de la Regula non bullata dans un texte plus concis et de forme plus juridique. Celui-ci est entériné au chapitre de la Pentecôte, puis transmis à la Curie romaine. Le pape Honorius III approuve ce texte par la bulle « Solet annuere », datée du 29 nov.1223.

 

Quinze ans après sa constitution, la petite communauté de pénitents assisiates est devenue un ordre puissant, l’Ordre des Frères Mineurs, fort de plusieurs milliers de membres. Presque au même moment survient la fondation à Bologne du premier studium de théologie, dont le premier maître sera Antoine de Padoue entré dans l’ordre en 1220. C’est bien cette Regula bullata que nous promettons d’observer. Comme indiqué, elle est plus courte, plus juridique que la précédente, tout en gardant l’essentiel : « la règle de vie des frères mineurs est la suivante : observer le saint Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ, en vivant sans rien en propre et dans la chasteté ».

- D’autres Règles : Ermitages et Troisième Ordre

 

Bien qu’ayant accompagné Claire dans son désir de se consacrer elle aussi au Seigneur, à la suite de François, celui-ci ne lui a pas écrit de règle, seulement une exhortation et un engagement (inclus dans le texte de la Règle de Claire « par moi-même et par mes frères, pour vous comme pour eux, un soin attentif et une affection toute spéciale ». L’Ordre des Pauvres Dames sera le premier à avoir une règle écrite par une femme et pour des femmes. Nous savons tout l’acharnement et la détermination de Claire pour obtenir gain de cause. Elle recevra du pape Innocent IV l’approbation de la Règle l’avant veille de sa mort, le 9 août 1253. Elle meurt le 11 août.

 

Règle pour les ermitages.

On ne peut fixer avec certitude la date de cet écrit. Il existait probablement déjà en 1218. Il prouve que l’attrait de la solitude se faisait déjà sentir dès les débuts de l’Ordre, et que François l’approuvait. Nous nous souvenons de sa propre interrogation pour lui-même. Que dois-je faire ? Quelle est la volonté du Seigneur : s’adonner à la contemplation ou aller prêcher par le monde ?

La Règle prévoit bien les moyens d’un retrait, tout en maintenant que cette démarche se fait en fraternité : « les frères qui veulent mener la vie évangélique en fraternité dans les ermitages y habiteront à trois, ou quatre au plus…»

 

Règle du Tiers Ordre.

Pour évoquer cette mise en route des laïcs franciscains et de la Règle qui leur est donnée dès 1221 (déjà signalé) regardons le livre « des laïcs dans l’Eglise . La fraternité séculière de st François », la naissance du Tiers ordre est évoquée en référence à ce couple du bourg de Preggio qui devint « pénitent » en demeurant dans sa propre maison (L.P.27), et au célèbre Lucchèse vénéré comme le premier « laïc pénitent »qui entre officiellement dans la famille franciscaine. Il sera suivi de sa femme Bonnadonna et de nombreux chrétiens de la ville (p .137)

C’est à tous ces chrétiens « religieux, clercs et laïcs, hommes et femmes, pour ceux qui habitent dans le monde entier » désireux de faire pénitence, de changer de vie, et peut-être plus particulièrement aux pénitents laïcs entrés dans la mouvance franciscaine que François a adressé sa « lettre à tous les fidèles ». Document où il rassemble une série d’exhortations destinées à tous ceux qui ont décidé de se convertir à l’Evangile. (cf. 61-62)

 

 

800 ans d’une vie riche et mouvementée

 

Sans entrer dans le détail de l’histoire de ces 800 ans, nous savons la richesse d’une telle longévité et les difficultés qui ne manquèrent pas.

Si tout a commencé du temps même de François, avec la querelle entre spirituels et frères de la communauté, il nous faut considérer que l’enjeu est dès le départ, l’interprétation de la Règle. Comment ne pas rappeler ce passage à la fin du Testament de François, révélateur d’un réel problème « Que les frères n’aillent point dire : voilà une nouvelle Règle ! Non : c’est un retour sur notre passé, une admonition, une exhortation… Le ministre général, les autres ministres et les custodes sont tenus, par obéissance, de ne rien ajouter ni retrancher à ces paroles… dans tous les chapitres qu’ils tiennent, qu’ils fassent lire aussi ce texte après la lecture de la Règle. »

 

Sans cesse la tentation sera d’interpréter la Règle au profit de l’une ou l’autre tendance qui voit le jour. Tentation qui se manifeste au fil de l’histoire : que ce soit avec les courants qui naissent, ceux de l’Observance quelqu’en soit le nom suivant les origines, ou la réforme qui a persévéré jusqu’à nos jours, comme les capucins nés au XVIè siècle.

Aujourd’hui encore, des mouvements comme les renovati en Italie, ou les franciscains du Bronx, témoignent toujours de la même vitalité d’une règle qui suscite la naissance de mouvements mettant l’accent sur l’un ou l’autre aspect d’une manière plus radicale.

 

Reconnaissons également que le texte de la Règle de François n’est pas seul en cause. Si des expressions se font jour, si des courants naissent, c’est bien souvent en fonction des personnalités qui les portent, et en fonction d’une situation ecclésiale, ou sociétal, qui en facilite l’émergence. Les réformateurs ne jaillissent pas d’une manière spontanée, mais portés par un cadre qui en facilite ou suscite l’émergence. Sans doute existe-t-il, en lien avec ces mouvements, des appuis variés qui les soutiennent

La Règle suscite réactions. Un tel texte du XIIIè n’est donc pas un texte mort. Il a toujours une actualité, et une pertinence pour notre époque.

Déjà cela a abouti à un ordre à Trois branches. Le sens d’une célébration du 8è centenaire est bien de souligner et célébrer « la grâce de nos origines » comme le rappelait la lettre du ministre général invitant à entrer dans un cheminement de 3 ans de préparation et de célébration).

 

- De la Règle au Projet de Vie


(à partir de la boîte à outils fiche 3-1)

De même pour les laïcs, le texte du départ est revu et corrigé en 1289 par le pape franciscain Nicolas IV comme la nouvelle Règle des Pénitents. Dès lors il fut appelé « Règle du Tiers Ordre ».

Il restera en vigueur jusqu’au pape Léon XIII qui l’abrège pour le rendre plus accessible. Il y inclut également la dimension de « formation sociale » pour tous les nouveaux membres.

Le 24 juin 1978, le pape Paul VI approuve la nouvelle Règle rénovée de l’Ordre franciscain séculier », notre actuel « Projet de Vie », qui remplace la Règle dite « de Léon XIII ». Elle est le fruit d’un long travail, accompli par les fraternités de laïcs et les frères du 1er Ordre dès 1966. L’Eglise la donne à tous les laïcs franciscains comme proposition de vie, comme « Projet de Vie ».

Ce texte donne à chacun des orientations pour vivre l’Evangile à la manière de François, non pas des bornes mais des jalons pour aider à suivre le chemin. C’est une manière de vivre proposée à ceux que le Seigneur a rassemblés dans la Fraternité franciscaine séculière.

 

Vers une nouvelle édition du Projet de vie de la fraternité.

Au cours des années plusieurs éditions ont vu le jour. Quelque soit la couleur ou le format (livret bleu de 1978, orange de 81, vert (Arbre), le texte est le même, mais complété pour enrichir une réflexion personnelle et un approfondissement au sein de la fraternité. Une nouvelle édition va sortir en 2009

Pour le Bureau National, Régis Laithier le présente en ces termes :

 

« Nous avons le grand plaisir de vous présenter une nouvelle édition du Projet de Vie de la Fraternité franciscaine séculière. Notre "Règle" qui est cœur de ce projet, est signée par les trois ministres généraux du premier Ordre et celui du Tiers Ordre régulier ; elle a été approuvée par le Pape Paul VI en juin 1978. Elle s'appuie sur la précédente, celle du tiers ordre franciscain, cela montre qu'elle a évolué au cours des siècles pour s'adapter aux hommes de ce temps tout en gardant son souffle d'origine, son esprit franciscain et l'approbation de l'Eglise.

Ce document, fruit d'un travail long et approfondi de la commission formation de la Fraternité, propose, en appui de chaque article, des textes permettant d'approfondir la réflexion. Il s'agit d'un document de référence pour les laïcs qui souhaitent suivre le Christ à la manière de saint François d'Assise.

Ceux qui vivent en fraternité depuis plusieurs années pourront s'y replonger avec profit pour leur vie personnelle et pour la vie en fraternité. Ceux qui souhaitent découvrir la vie des franciscains séculiers et les orientations spécifiques à la spiritualité franciscaine pourront le lire avec intérêt.

C'est bien de Vie dont il est question dans ce "Projet", de la vie de l'homme dans toutes ses dimensions humaines et spirituelles, dimensions présentes dans la perspective chrétienne et franciscaine : "quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus homme". François nous a montré un itinéraire particulier à la suite de Jésus-Christ.

Relisons aussi et gardons dans le cœur cette belle exhortation de Jean Paul II qu'il a adressée deux fois aux laïcs franciscains : "Lors de la rencontre que j'ai eue, il y a plus de vingt ans, le 27 septembre 1982, avec les participants à l'Assemblée générale de votre Conseil international, je vous exhortais: "Etudiez, aimez, vivez la Règle de l'Ordre franciscain séculier, approuvée pour vous par mon prédécesseur Paul VI. Elle constitue un authentique trésor déposé entre vos mains, en accord avec l'esprit du Concile Vatican II et correspondant à ce que l'Eglise attend de vous". Je suis heureux de pouvoir vous adresser des paroles semblables aujourd'hui: étudiez, aimez, vivez aussi vos Constitutions générales!

Enfin, laissons la parole à François qui nous invite à la persévérance afin de mieux nous encourager : "Tous ceux et toutes celles qui agiront ainsi et qui perséveront jusqu’à la fin, l'Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux son habitation et sa demeure et ils seront les fils du Père céleste." 1Let2, 48,49

 

Signalons, en complément Arbren°272, au titre évocateur de ce qu’est ce Projet de vie partagé par tous les franciscains, de l’Ordre (1-2-3…) : Etre frère. Il veut présenter la particularité de la Fraternité Franciscaine dans cette dynamique de fidélité à la Règle.


Conclusion :- Tournés vers l’avenir

 

En guise de conclusion, je voudrais évoquer deux des événements, nationaux et internationaux liés à cet anniversaire. Ils se veulent être un lien entre passé et avenir, invitation à faire mémoire et avancer pour continuer ce chemin.

 

Dans la semaine de Pâques, du 14 au 18 avril 2009 s’est déroulé à Assise un chapitre des nattes assez particulier. Pour la première fois, il a rassemblé tout l’ordre franciscain dans des rencontres, témoignages et célébrations à la Portioncule et au Tombeau de François. Les frères avaient dressé la tente devant la Portioncule, lieu si important pour tous.

Frères Mineurs, de toute obédience sont venus au lieu source. qu’ils soient franciscains, capucins ou conventuels, du TOR et de l’OFS, voire même les frères anglicans. En route vers Rome, les ministres généraux ont renouvelé devant Benoît XVI à Castel Gandolfo le geste de François devant Innocent III (1209) et Honorius III. Dans sa réponse le pape a encouragé les frères dans leur vocation.

 

Un autre événement, à venir cette fois et nous concernant tous, est à relever : le rassemblement national de la famille franciscaine de France à Lourdes. Faisant écho à toutes les manifestations régionales, artistique ou intellectuelle, un tel rassemblement doit pouvoir stimuler chacun dans son engagement à vivre l’Evangile aujourd’hui, et au cœur du monde et de l’Eglise.

 

La vocation franciscaine n’est pas uniquement objet d’étude pour ce qui est du passé, elle est pleinement d’actualité et vécue par des hommes et des femmes de tous âges et situations, baptisés dans le Christ et qui souhaitent vivre leur foi chrétienne sous l’inspiration de François et Claire d’Assise. Le Projet de vie est toujours le même, malgré le poids des ans. Il est de l’ordre du défi à relever, comme le chantait un frère à l’occasion d’un précédent rassemblement :  « L’Evangile est un défi »

 

La fidélité à la règle n’est pas un retour nostalgique sur le passsé, elle se veut tournée vers l’avenir, dans une démarche de la famille franciscaine faisant fi de ses divisions historiques. Célébrer l’anniversaire d’un enfant c’est lui signifier qu’il grandit, conscient des difficultés qui pourront survenir. C’est lui faire confiance et l’assurer de notre accompagnement.

Il en est de même pour la Règle et ceux qui promettent de la prendre pour guide. Soyons suffisamment confiants et ouverts sur le monde pour discerner, en plus des difficultés, discerner la présence de Celui qui nous invite sans cesse à sa suite.

La Règle n’a pas pris une ride, l’Evangile non plus d’ailleurs.
 

castille-2009-b.jpg

Défis et actualité du charisme franciscain 

François pour Aujourd’hui : introduction

 

Parler de Saint François d’Assise peut faire surgir en nous quelques images que la tradition chrétienne a retenues ou que la piété populaire s’est chargée de communiquer jusqu’à nous : le Cantique des créatures et le Sermon aux oiseaux pour les uns attirés par le côté écologie, l’épisode du loup du Gubbio ou encore la crèche de Greccio, pour d’autres séduits par le merveilleux. Images d’Epinal diront certains, voire un peu naïves. Mais faut-il vraiment s’en défaire ? Elles expriment des aspects bien réels de notre foi et interrogent encore aujourd’hui ?

 

Si Jean-Paul II déclara en 1979 Saint François patron de l’écologie, le 26 Octobre 1986 il invite à Assise les représentants de toutes les religions, à venir prier pour la paix. Le geste est renouvelé en 2002, avec invitation aux églises locales à faire de même. Mgr Saint-Macary, Archevêque de Rennes, demandera aux franciscains d’organiser la soirée chez les clarisses. Cela a eu pour effet de stimuler la famille franciscaine à œuvrer dans la rencontre inter-religieuse. Elle y a redécouvert un certain sens de la visite de François au Sultan, et l’urgence d’une présence accueillante à une société diversifiée.

Aujourd’hui, c’est peut-être, à travers l’action des « cercles de silence », initiée par les frères de Toulouse, que le message de François d’Assise se trouve actualisé de nouveau. Il prend toute sa dimension dans l’accueil et la défense du petit, du sans voix et sans papier. Cette action a la particularité d’être partagée cette fois avec des croyants d’autres religions certes, mais également avec des non croyants et des militants d’associations de défense des étrangers. De plus cette action ne reste pas dans l’espace religieux mais trouve son expression sur la place publique : chacun choisissant un lieu symbolique de la ville où il se trouve : le Capitole à Toulouse, la place de la Mairie à Rennes, le parvis de la Cathédrale à Rouen, le Conseil d’Etat à Paris…

 

Ces gestes, posés à vingt ans d’intervalle, reprennent les fondements de la spiritualité de François qui, au cœur des mouvements de son temps, a voulu que soit « réveillé le souvenir de celui qui était endormi » pour reprendre le texte de Celano à propos de la crèche. Avec d’autres gestes ou autres manifestations, culturelles ou artistiques, ils témoignent des défis du charisme franciscain aujourd’hui. Ils disent l’actualité de François d’Assise pour notre monde. Ils sont comme des défis pour notre société, mais peut-être d’abord des défis aux franciscains eux-mêmes.

En resterons-nous, comme membres de la famille franciscaine, à ses beaux idéaux, ou sommes-nous prêts, dans la continuité de nos sœurs et frères qui nous ont précédés, à poser des gestes nouveaux, à inventer, comme chaque époque a tenté de le faire, inventer pour proposer cette manière originale d’être à la suite du Christ et de vivre l’Evangile ? Pour cela, il nous faut sans cesse approfondir le message de celui qui un jour s’est laissé rencontrer par le Christ.

 

Car tout l’enjeu est là. Ou bien l’on retient l’aspect éclat, avec mise en valeur de tel ou tel franciscain et de son action forte qui donne à se faire voir ; ou bien, c’est le cœur de la spiritualité, le message qui l’anime, qui est au centre de la réflexion et de l’agir et qui motive la démarche publique. L’un, n’allant sans doute pas sans l’autre, il faut tenir les deux. Pour qu’un message passe, il faut bien quelqu’un pour le porter.

Pour être plus direct, je poursuivrai sur le cas du geste des « cercles de silence », d’autant plus significatif qu’il reprend en plus un mouvement historique plus ancien, celui de «la ronde des folles de la place de mai », ou celui des opposants à l’installation des fusées Pershing en Allemagne.

L’important n’est pas que des franciscains y soient repérés par leur tenue ou leur pancarte, et qu’ils soient sujets de reportages. Certes, c’est une bonne publicité que de les voir sortir de chez eux, diront certains, et qu’ils soient reconnus ! La visibilité avant tout ! De plus en interne, cela peut éveiller la conscience des frères eux-mêmes, de leur place dans la société et dans l’Eglise au cœur du monde.

Quant aux media, tant décriés et souhaités à la fois, ils répondent à la demande du public que nous sommes, un public qui aime tellement cloisonner et enfermer chacun dans un statut préfabriqué et immuable, un public qui aime également le sensationnel, l’atypique.

Ne l’oublions pas : ce qui compte dans tel ou tel engagement, c’est la cause défendue et la motivation. En la circonstance, l’enjeu est celui du présent des personnes enfermées et retenues, leurs conditions de vie dans les Centres de Rétention Administrative et leur devenir dans leur itinérance qui ressemble plus à de l’errance. De quelle manière sont-elles respectées, ou pas ? Pour reprendre deux films qui reprennent chacun à leur manière la question du déplacement et de l’accueil du déraciné, jusqu’au "délit de solidarité": « Welcome ! chez les ch’tis ! »

Notre spiritualité franciscaine ne peut nous laisser indifférents face à ces situations humaines tragiques, comme elle ne peut se taire devant toute situation de détresse qui renvoie au créateur et Père. N’y a-t-il pas à voir dans la contemplation de l’Incarnation de Dieu qui se fait le plus petit, l’un d’entre nous, une invitation au respect de la dignité de toute personne humaine. Le comment et les solutions ne sont pas de notre ressort. Mais alerter et orienter l’action des politiques est de notre responsabilité humaine, chrétienne, franciscaine.

 

Voilà une manière de poser l’intérêt et l’actualité de François d’Assise au XXIè siècle : aller à l’essentiel pour redécouvrir ce qui fait le centre de la démarche franciscaine en allant au cœur de l’Evangile. En célébrant cette année le « 8è centenaire du charisme franciscain », que ce soit vraiment cette passion de l’amour de Dieu qui nous habite. Que « le retour à l’Evangile », pour reprendre le titre du livre d’Eloi Leclerc, retour voulu et entrepris par François à son époque, soit aussi le notre aujourd’hui. Ainsi nous ferons notre l’essentiel de l’expérience de François résumée dans cette phrase de la Règle qu’il donne comme objectif à atteindre : « Que les frères soient attentifs à désirer par-dessus tout avoir l’Esprit du Seigneur et le laisser agir en eux » (2R10,8)

 

Nous pourrons reprendre les thèmes développés ça et là tout au long de cette année jubilaire, dans des manifestations variées : culturelles, artistiques, festives. Leur succès est l’attestation d’une actualité de la personne et du message de François et d’une attente de certains de nos contemporains vis-à-vis du Poverello. Les livres publiés à cette occasion rappellent combien François attire. Puissent ces manifestations interpeller ceux qui se réclament de lui, pour qui il est la manière de suivre le Christ.

 

Ainsi deux conférences récentes disaient l’actualité du message et du charisme franciscain :

 

- Le 28 avril, au collège des Bernardins à Paris : « Avec François d'Assise, des repères pour notre monde ? » Avec  Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social, François Soulage, président du Secours Catholique, François Delmas-Goyon, enseignant. C’est toute la question de la pauvreté qui fut soulevée. Dans une société particulière, face à un monde du commerce et de l’argent, face à une société qui divise et rejette (les lépreux), comment François s’est-il situé ? Et aujourd’hui, « Dans un monde traversé par de nouvelles violences, de nouvelles détresses, quel chemin de fraternité nous est ouvert par François d'Assise ? »

 

- Le lendemain, à la BNU de Strasbourg, dans un autre genre, plus proche de la recherche intellectuelle, le fr Thaddée Matura a parlé de L'influence de François d'Assise sur les maîtres franciscains du Moyen âge. Au milieu du XIIIe siècle, l'Ordre des Frères mineurs était devenu l'une des institutions les plus savantes du monde occidental. A l'époque de la redécouverte de la philosophie grecque et de la création des premières universités, émergent les figures d'Antoine de Padoue, Bonaventure, Pierre de Jean Olivi, Roger Bacon, Jean Duns Scot, Guillaume d'Ockham, les premiers maîtres de la pensée franciscaine. Cette fois, c’est plus un défi face au monde intellectuel qui est lancé : défi aux frères eux-mêmes, d’y participer et reprise des premiers débats internes de l’Ordre sur l’opportunité de ce travail intellectuel.

 

En octobre à Paris, ce sera le colloque sur Saint François…aujourd’hui. Je ne veux pas oublier de mentionner tout ce travail autour de nos sources qui doit aboutir à ce nouveau Totum. Invitation faite à chacun de retourner à la source pour se nourrir de ce qui en est la vie même.

Il y a également, et ce n’est pas fini, des spectacles au cours desquels chacun peut vibrer : Le livre Le très-bas, proclamé, l’ensemble Harmonia Sacra et sa tournée de concerts, en France et Belgique, remettant au goût du jour un franciscain conventuel du 17è s, Jacques Duponchel. Comment ne pas mentionner l’exposition des reproductions photographiques des fresques de Giotto qui continue son itinérance. Sans mentionner tout ce qui se vit ça et là…

Enfin l’année jubilaire se terminera par cette célébration à Lourdes sur 3 jours. Souhaitons que pour la famille franciscaine et tous les amis de Saint François , le défi d’un tel rassemblement soit un sommet et un départ vers les frères « commençons ».

Tout cela pour en percevoir la force et le dynamisme, il faut qu’il soit enraciné sur ce qui fait l’essentiel de notre charisme, et son actualité pour notre monde et l’Eglise. Je vais m’attarder sur 3 défis à relever à partir du charisme même de la vie franciscaine

 

A - VIVRE L’EVANGILE : 1er Défi

 

C’est le centre même de la spiritualité de François. C’est le sens même de sa vie. C’est la « forme » (ou Règle) de vie qu’il donne et qu’il propose : « Au nom du Seigneur. La Règle de vie des Frères Mineurs est la suivante : observer le saint Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l’obéissance, sans avoir rien en propre et dans la chasteté » (2R1,1). Rien d’original à cela pourrait-on dire, puisque c’est le projet de vie de tout chrétien qui au baptême est plongé dans la mort et la résurrection du Christ. Vivre l’Evangile est la base même de la vie chrétienne.

 

François en cela n’a rien inventé. Depuis plus de dix siècles des hommes et des femmes vivaient de cette Bonne Nouvelle de Dieu en Jésus-Christ. Toutefois, reconnaissons qu’à l’époque un retour à l’Evangile s’impose. A côté de l’image que donne la curie romaine ou les grandes abbayes, une exigence de purification et de plus grande authenticité s’impose à l’Eglise pour une meilleure crédibilité de la foi chrétienne. Nombreux sont alors les mouvements ou individus qui se lèvent et veulent prendre à la lettre l’Evangile. Un certain renouveau se manifeste, même si nombre des mouvements naissants ne sont reconnus par l’Eglise que comme sectes ou hérésies.

 

Ainsi, que penser de Pierre Valdo et des vaudois, des cathares et autres groupes ? Dans un souci de radicalisme et de perfection (il y a les parfaits !), ils favorisent une séparation d’avec l’Eglise à qui ils reprochent son manque d’authenticité dans sa manière de vivre le message évangélique. D’autres mouvements, moins radicaux donneront naissance à ces groupes d’humiliés ou de pénitents, dont François d’Assise semblera assez proche, jusqu’au nom même qu’il donne à son groupe naissant, les « pénitents d’Assise ». La caractéristique qui l’emporte chez lui est celle d’un dynamisme de la foi, évitant la rupture d’avec l’Eglise dont les comportements et les liens avec le pouvoir politique n’étaient pas exempts de reproches. Mais faut-il se séparer de sa mère pour autant ? François ne le veut pas.

 

François désire réussir sa vie, et pour cela fait tous les rêves de gloire. Il prend part à la vie de la jeunesse dorée d’Assise, dont il sera le roi. Il participe au combat de la commune, et à la démolition de la Rocca, renversant ainsi le pouvoir féodal. Puis ce seront les rêves militaires de guerre contre Pérouse, jusqu’au rêve de chevalerie avec le départ pour la croisade. Toutes ces aspirations ne seront effectivement que des rêves. La prison, la maladie arrêteront François qui cherchera ailleurs, auprès du Seigneur, sa vocation. « Qui vaut-il mieux servir, le maitre ou le serviteur ? » dira la voix de la vison de Spolète. « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » François découvre que le Seigneur l’appelle à autre chose que ces gloires éphémères. Il retourne à Assise et se met à l’écoute du maître, dans une longue quête de sens, faite de prière et de solitude.

 

C’est la rencontre de l’Evangile qui va déclencher son mouvement de conversion. En plusieurs épisodes, François est confirmé dans ce projet. Déjà en 1205 à St Damien il entend le crucifix lui demander « Va et répare mon Eglise. ». A la Portioncule, ce 24 février 1208, François entend l’Evangile de la St Matthias (1 Cel.22 p.209) et répond : « Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, ce que du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir ! ». Lorsqu’il va à Rome en 1209, présenter la Règle avec les premiers frères, il n’obtient qu’une autorisation verbale. « Pensez donc, vivre l’Evangile, attendons pour voir ! » semble lui dire la Curie.

 

Pourtant, dans la logique de sa contemplation du crucifix de St Damien qui exprime si bien le mystère du Christ, mort et ressuscité, François est saisi par cet amour de Dieu manifesté d’une manière si extrême en Jésus-Christ. Le don de Dieu en son Fils, venu partager notre humanité par amour, cela envahi totalement François. Ce mystère, il va le vivre en deux lieux devenus célèbres : Greccio et l’Alverne. Il s’agit même pour lui de faire le chemin de l’un à l’autre, comme le Seigneur lui-même, de l’Incarnation à la Passion.

 

Au témoignage de Celano relatant l’épisode de Greccio, François exprime ici le plus intime de sa foi. « Deux sujets surtout l’empoignaient tellement qu’il pouvait à peine penser à autre chose : l’humilité manifestée par l’Incarnation, et l’amour manifesté par la Passion » (1 Cel.84). De Greccio à l’Alverne, c’est aller du « Très Bas », selon l’expression de C. Bobin, au « Dieu plus grand », pour reprendre celle d’E. Leclerc. Et en citant Bobin, c’est croire que « rien ne peut être connu du très Haut sinon par le Très bas, par ce Dieu à hauteur d’enfance, par ce Dieu à ras de terre des premières chutes, le nez dans l’herbe » (p.37). La grandeur de Dieu est là pour François, dans sa pauvreté.

 

Pas étonnant qu’il ait voulu le voir, couché dans la mangeoire. La crèche que François n’a peut-être pas inventée, mais au moins remise à l’honneur en 1223, est cette réalité de la grandeur de Dieu dans la faiblesse de l’enfant-né. Et la grandeur de l’homme est dans ce mouvement de Dieu dans l’Incarnation. N’y-a-t-il pas là une invitation à entrer dans ce mouvement de Dieu, dans ce chemin de Dieu qui rencontre l’homme dans sa pauvreté ? Saurons-nous rencontrer Dieu dans sa pauvreté, dans cet enfant comme en tout pauvre, particulièrement l’exclu ? Et là nous pourrions reprendre l’épisode du baiser au lépreux (3 S 11// LM 1,5), comme l’insistance sur le soin des lépreux auquel François était attaché.

Pas étonnant non plus qu’il ait voulu ressentir en lui cet amour de Dieu, dans les souffrances endurées sur la croix. L’expérience de l’Alverne a lieu pendant le carême de la Saint Michel de septembre 1224 (L.M.13,1-3). François reçoit en sa chair les marques de la passion du Christ. C’est une expérience spirituelle qui le met en communion avec son Dieu. L’objectif n’est pas de souffrir, car les souffrances en elles-mêmes ne sont pas à rechercher. Ce que souhaite éprouver François, c’est quelque chose de cet amour de Dieu pour les hommes. Et cet amour s’est manifesté dans l’Incarnation jusqu’à la mort, et la mort sur la croix. C’est ce qu’il contemple dans le Christ de St Damien : le ressuscité qui a traversé la mort.

 

Une précision de Fr Bernard Forthomme peut nous éclairer dans l’approche des Stigmates : « Pour Saint Bonaventure, la stigmatisation est une autre crucifixion. La vie de François est une répétition de celle de Jésus. Rappelons que Jésus n’a pas été stigmatisé mais crucifié. Les plaies de François sont conformes aux représentations du Christ sur la croix, mais pas à la réalité des traces d’une crucifixion dans les poignets d’un homme mis à mort par ce supplice. » (B. Forthomme, Par excès d’amour. Les stigmates de François d’Assise, Ed.franc.2004)

 

L’évocation de ces quelques moments importants dans la vie de François nous fait saisir combien pour lui l’Evangile devient le centre, car le Christ le rejoint dans sa vie et il veut le suivre. Cette Bonne Nouvelle du Christ est le cœur même de ce qui le fait vivre. Toute sa vie devient Evangile vécu. Toute sa vie est contemplation de ce don merveilleux de Dieu lui-même, en Jésus, verbe fait chair. La Règle qu’il se donne est bien « observer le saint Evangile et suivre les traces de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Déjà, en 1209 le texte proposé et auquel il fait allusion dans son Testament, « en peu de mots bien simples », et que nous ne possédons pas serait une compilation de passages d’Evangile. Notons que les textes suivants que sont 1 et 2 Règle, même s’ils satisfont aux formules juridiques (surtout la 2 R), sont parsemés de citations évangéliques, en particulier le passage sur la manière de voyager (1 R 14,1 et 2 R 3,13).

 

Vivre l’Evangile, pour mieux rencontrer le Christ, tel est bien l’objectif. Voilà comment nous laisser guider par le Seigneur lui-même. Quant à la manière de le vivre, reportons-nous au Billet à frère Léon, écrit de la main même de François, à son frère et compagnon de tous les instants : « Quelle que soit la manière qui te semblera la meilleure de plaire au seigneur Dieu et de suivre ses traces et sa pauvreté, adopte-la, avec la bénédiction du Seigneur et ma permission… ».

Là est résumé l’essentiel du Projet de François pour réaliser son désir le plus cher, se mettre totalement au service de Celui « qui était riche plus que tout, a voulu, avec la bienheureuse Vierge sa mère, choisir la pauvreté… » (Lettre à tous les fidèles, 2è rédaction, 1,5).

 

Une question pour nous-mêmes : sommes-nous prêts à nous nourrir et vivre de l’Evangile ? Quelle conversion cela implique-t-il ? Plus largement, quel est le centre de notre vie ? Le Christ est-il au centre de ma vie ? Quel message nous porte, dans un monde où les valeurs sont celles du bonheur pour soi ?

 

 

 

B - AVEC DES FRERES : 2e Défi

 

Rien n’a été prémédité ou programmé pour que d’autres se joignent à François. Certes, il devait avoir une multitude d’amis. L’argent de son père facilitant les choses, il attirait les jeunes de son âge pour les fêtes. Mais au lendemain de sa conversion, qui le suivrait ? Dans son Testament il reconnait « Lorsque le Seigneur m’eut donné des frères… ». Les frères sont un cadeau du Seigneur fait à François, donné les uns et aux autres, un cadeau fait à l’Eglise et au monde. Ils sont le premier lieu de cette fraternité qui est appelé à s’ouvrir.

C’est le Seigneur lui-même qui inspire à d’autres de le rejoindre sur ce chemin de conversion et de pénitence, dans cette vie de pauvreté. C’est l’action de Dieu qui opère au coeur de Bernard, Pierre, Gilles et tant d’autres… jusqu’à aujourd’hui. François ne reste pas longtemps seul. En 1209, ils sont douze à faire le voyage de Rome pour une première approbation. Puis ils deviennent rapidement un nombre important. Bonaventure nous parle d’un Chapitre des Nattes à la Portioncule où « on vit arriver une foule de plus de cinq mille frères et l’on manquait absolument de tout, mais Dieu dans sa bonté, leur vint en aide : un ravitaillement suffisant assurait la santé des corps et la joie spirituelle débordait » (L.M.4,10). Tout cela nécessite une organisation, puis une institution.

Le choix du nom que François donne à son groupe est important car motivé : l’Ordre des Frères Mineurs. Nous n’avons qu’un seul Père qui est Dieu. Aussi, on ne donnera pas ce nom, ni celui de maître ou de prieur à quiconque. Au contraire, Celano raconte : « La Règle comportait cette phrase ‘ Qu’ils soient petits ‘. Or un jour qu’on lisait la Règle, il interrompit : Je veux que notre fraternité s’appelle l’Ordre des Frères Mineurs » (1Cel 38). Pour lui l’Ordre est une famille, et François souhaite que l’on soit attentif les uns aux autres, en particuliers aux malades.

Cette relation fraternelle si présente dans les Ecrits caractérise la fraternité : que l’on regarde la Règle ou les Admonitions, conseils si précieux donnés aux frères. Les références aux frères, aux relations entre eux, à la nécessité de leur venir en aide est une caractéristique de la Règle et de ce qui est demandé aux ministres, serviteurs de leurs frères, serviteurs du Seigneur. Ainsi, comment ne pas relire la Lettre à un ministre « je vais t’expliquer comme je le puis ton cas de conscience… » (4 Let 2) et suit un ensemble de conseils de prévenance, d’écoute, d’attention à la fragilité du frère « agir envers lui avec autant de bonté qu’il en souhaiterait pour lui » (4 Let 17).

 

Un mot sur l’organisation de la fraternité qui diffère des ordres monastiques en place. Le lien avec les changements que vit la société est ici évident. Passant d’une structure féodale, avec une place prépondérante du Seigneur, à la structure communale du serment entre égaux, François semble s’inspirer de cette nouveauté. Les frères sont tous égaux qu’ils soient clercs ou non, même si on fait toujours profession dans les mains d’un « supérieur », le ministre. Il faudra attendre Bonaventure pour qu’un ministre général soit prêtre. Les charges ne sont pas à vie. Les chapitres, à périodes régulières, ont une place importante comme lieu de décision.

L’intuition de François qui manifestement n’est pas homme de gouvernement - il lui faudra s’accorder avec la curie romaine - apporte beaucoup d’originalité dans sa conception. L’institution et les clercs l’emporteront rapidement, et François démissionnera de sa charge au cours du chapitre de fin septembre 1220, avant même d’avoir écrit la Règle. Subsiste toujours cet objectif de Fraternité, vivre l’idéal des premiers chrétiens dans les Actes (partage, prière, mission), pour être signe du Royaume.

 

Mais, la fraternité ne se limite pas aux membres de l’Ordre. Dieu ne m’a pas donné que ces quelques frères. François élargit cette relation à tout homme, en particulier aux plus pauvres qui sont visage du Christ. Participant au mouvement communal il découvre que la société naissante, dominée par les bourgeois, écarte une partie, les plus faibles, les non productifs diraient-on aujourd’hui. De même, il nous invite à réentendre ce passage de l’Evangile à propos du Christ : « Il n’y avait pas de place pour eux à l’auberge ». D’où une attention de François pour les exclus de toute sorte.

 

Comment ne pas évoquer ici au moins deux catégories de « frères » auquel François veut être attentif : les lépreux qui représentent tous les malades, les brigands qui représentent les pauvres. Ils sont de ces pauvres que le Christ aime particulièrement. Rejetés à l’époque de François, aujourd’hui encore des catégories de malades ou d’exclus, sont ces frères à aimer. Prétendre à la fraternité en les ignorant, n’est pas une manière de vivre notre foi et notre engagement. A ceux-là on pourrait rajouter une troisième catégorie, les puissants : qu’ils soient Evêque, Podestat ou même Sultan.

Dans un même récit où Celano parle de la conversion de François, il relie les deux épisodes. En 1 Cel 8,16, il nous raconte comment François se trouve aux prises avec des brigands dans la forêt. Cela peut évoquer l’épisode plus tardif de Monte Casale et des brigands qui venaient « mendier » leur nourriture. Nous connaissons la suite : l’accueil que propose François, la manière de leur donner à manger… jusqu’aux entrées dans l’ordre (Fior 26).

Suit, après la parenthèse du monastère, l’épisode du baiser au lépreux (§ 17). « Par désir de totale humilité » nous dit Celano, il se rend auprès des lépreux. Celano cite ensuite la phrase du Testament qui fait référence à cet événement fondateur dans la conversion de François : »le Seigneur me conduisit parmi eux et je leur fis miséricorde ». C’est alors que le récit poursuit avec cette rencontre sur le chemin « il triompha de lui-même… s’approcha du lépreux et le baisa».

La troisième catégorie de « frères » que nous pouvons ajouter est celle des « puissants », de ceux qui ont un pouvoir. Lorsque François veut les réconcilier, il veut leur signifier qu’à eux aussi l’Evangile de la paix est annoncé. Vouloir faire la paix entre Evêque et Podestat, c’est bien montrer que la fraternité doit se vivre à tous les niveaux. « loué sois-tu mon seigneur pour ceux qui pardonnent », fait-il chanter.

Quant au Sultan, François espérait peut-être le convertir. Beau projet pour le faire entrer dans le salut. Retenons que si cet objectif n’est pas atteint, il y a au moins une rencontre de deux êtres, de deux cultures. Ce que François recherche et souhaite, il y parvient un minimum, fraterniser avec lui.

 

Pour François, vivre avec des frères ne se limite donc pas à la communauté de ceux qui ont choisi de le rejoindre. C’est avec eux en premier, et avec des exigences fortes, que l’Evangile est à vivre, la suite du Christ. C’est aussi avec la fraternité de tous les hommes, les petits et rejetés plus particulièrement, sans écarter ceux qui ont pouvoir sur d’autres. François est partie prenante de l’humanité dont il est membre. Puisque le Seigneur lui fait cadeau de frères, il les reçoit comme tels. C’est Dieu lui-même qui s’offre en cadeau pour l’homme, comme lors de l’Incarnation.

 

Une question sur le vivre en frères. Quelle participation à la vie du monde ? Sommes-nous prêts à nous engager avec nos frères en humanité, en particulier les plus petits, dans un monde où pointent réflexes identitaires et communautaristes ? Avec des frères, en Eglise ?

 

 

C - POUR LOUER DIEU : 3e Défi

 

Il fallait sans doute être un peu illuminé pour se lancer dans une louange générale, même à l’époque de François. A regarder le monde, d’hier ou d’aujourd’hui, avec ses conflits, ses luttes, ses crises économiques qui augmentent l’écart entre riches et pauvres… et que dire du « réchauffement climatique », peu de choses invitent au chant de louange. Peut-être est-ce pour cela que l’on taxe parfois François d’illuminé. Peu importe ce que l’on dit de lui, il veut chanter son Dieu et nous entrainer dans sa louange. Tout est source d’action de grâce, d’eucharistie, puisque en son centre il y a le don de Dieu en son Fils que nous célébrons. La louange ne peut être comprise sans se mouvement permanent de merci à Dieu, malgré les difficultés.

 

François veut rendre grâce car c’est le mouvement de la Foi, avec son sommet l’Eucharistie. Ce qu’il en dit dans l’Admonition 1 est le cœur de sa spiritualité. Comment ne pas citer les v 16 à 18 : « Voyez : chaque jour il s’abaisse, exactement comme à l’heure où quittant son palais royal, il s’est incarné dans le sein de la Vierge ; chaque jour c’est lui-même qui vient à nous, et sous les dehors les plus humbles ; chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre… ».

Ainsi François retient trois lieux de la manifestation de la proximité  de Dieu : l’incarnation, le quotidien, et l’Eucharistie. Cette présence du Christ est source de l’action de grâce, avec cette attention et ce grand respect à l’eucharistie, et aux prêtres, si indignes soient-ils, qui célèbrent ce sacrement. Et dans ce « quotidien », comment ne pas y reconnaitre le sacrement du frère, celui avec qui je partage la vie en communauté, mais aussi la rencontre du petit, comme on le signalait dans la partie précédente.

 

Dans un élargissement François étend sa louange de Dieu à tout ce qui l’entoure, dans une prière cosmique. Le cantique des créatures trouve là sa place et sa raison d’être. Il ne s’agit pas d’une élucubration écologique, mais bien d’

une louange de Dieu, « par » et « pour » chacune des créatures posées et offertes à l’humanité, symbolisée par l’homme et la femme du 6é jour : et « Dieu vit que cela était très bon ». La création est reflet et expression de la présence et de l’action de Dieu. Le cantique de François veut exprimer la particularité de chacune et l’harmonie de l’ensemble, pour que l’homme accueille ce don et le fasse fructifier, à la gloire du Seigneur.

 

Louer Dieu, c’est rendre à Dieu ce qui vient de lui, lui qui est source de tout bien, comme François l’écrit dans la 1 R :  « Tous les biens rendons-les au Seigneur Dieu très haut et souverain ; reconnaissons que tous biens lui appartiennent ; rendons-lui grâce pour tout, puisque c’est de lui que procèdent tous les biens » (1R17,17). Là est la grande découverte et conviction de François : simple apparemment, mais qui motive sa vie et sa prière, comme mouvement vers ce Dieu de qui tout provient et à qui tout est dû.

Il est impossible d’évoquer cette louange de Dieu par Saint François sans mentionner la place que cela tient dans nombre de ses prières. En plus de celles déjà citées, l’oraison dans 1 R, ou l’Admonition 1, il faudrait citer le long chapitre 23 de la 1Règle où l’expression « nous te rendons grâces » revient plusieurs fois (v.1,3,4…). Ce passage est parfois utilisé comme texte de Prière Eucharistique. Eloi Leclerc, dans le retour à l’Evangile (DDB 1984,p.137) commente ainsi ce texte :

 

« Rien ne donne la mesure du chant de François que ce fleuve de louange. François vient de terminer la rédaction de la Règle. Il peut maintenant laisser son âme se répandre librement en une immense prière d’action de grâce. Tous les soucis personnels sont rejetés. La pensée de François prend alors de la hauteur ; et sa vision se dilate aux dimensions du dessein de Dieu. Par son ampleur et son souffle cette prière est avec le Cantique des Créatures, l’un des plus beaux textes du pauvre d’Assise… Elle nous le montre allant au Père par le Fils dans l’Esprit, en une louange qui enveloppe tout le destin du monde, tout le dessein de Dieu et à laquelle (louange) sont associés tous les êtres du ciel et de la terre. Or dès les premières lignes, François reprend spontanément à son compte la louange de Jésus…: Père, seigneur du ciel et de la terre… Et François fait écho : Père saint et juste, nous te rendons grâce… »

Complétons en citant encore le Notre Père paraphrasé, la prière finale de la Lettre à tout l’Ordre « par nous-mêmes nous ne sommes que pauvreté… »(v.50), sans oublier les Louanges de Dieu et l’un ou l’autre passage du psautier de François (7).

Louer ne se limite pas à l’expression priante dans sa diversité, c’est également être acteur de cette création. La louange est action. Dans le récit de la Genèse, il est demandé à l’homme de coopérer à cette œuvre : en nommant les choses, en soumettant, en se multipliant, et dans le respect de sa propre place (ne pas se prendre pour Dieu en mangeant le fruit de l’arbre défendu). Cette action se poursuit dans les œuvres, dans le travail et l’engagement auprès de la création.

Cette action se traduit, bien sûr par le respect des animaux : François ne voulait pas semble-t-il écraser les vers de terre, il parlait aux oiseaux (fresque de Giotto de ce célèbre sermon) et amadouait le loup. La liste n’est pas exhaustive, mais se veut significative d’une réalité plus grande, celle d’une louange qui englobe toute la création et toute l’activité humaine. A chaque fois c’est un appel lancé à l’homme de son temps sur sa manière de se comporter et de témoigner de ce don merveilleux que Dieu fait à l’humanité. Qu’en faisons-nous ?

Et s’il nous faut être doux avec les animaux, en attente du jour où le loup et l’agneau partageront la même couche, d’après la Bible, eux aussi ont à remercier et aimer Dieu. Il va jusqu’à « exhorter tous les oiseaux, tous les animaux, les reptiles et même les créatures insensibles à louer et aimer le créateur » écrit Celano (1C21,58 cité par M. Hubaut dans ‘Approche franciscaine de l’écologie’ éd franc 2007)

Plus important, c’est le signe de cette nécessaire réconciliation de l’homme avec lui-même, avec les autres, avec son Dieu. Vivre dans le respect des personnes, créatures de Dieu, chemin de révélation de Dieu lui-même, là est la mission et la vocation chrétienne et franciscaine. Toujours le même mouvement : se tourner vers Dieu. Et nous savons l’importance pour aujourd’hui, et pour notre monde de cette démarche de louange, malgré les obstacles entre les hommes. Là nous serons artisans de paix et de réconciliation.

 

Une question sur la difficile louange aujourd’hui. Serions-nous les illuminés du siècle ? Est-il possible de louer et rendre grâce ? Par rapport à la louange du créateur pour la création, comme franciscains, comment intégrons-nous cette dimension de respect de la création et de louange du Créateur, « seul et unique souverain Bien » ?

 

 

CONCLUSION : AU CŒUR DU MONDE ET EN EGLISE

 

Ce qui vient d’être développé pourrait apparaitre comme ne concernant que l’époque et le personnage de François. Toute l’actualité de son message, de sa spiritualité, c’est qu’elle est à vivre « au cœur du monde et en Eglise ».

C’est une spiritualité incarnée, au cœur du monde, au milieu des hommes et des femmes de ce temps, malgré les difficultés et les épreuves, mais forts des avancées et des gestes de paix posés. Les franciscains sont en phase avec le monde, car dès le début ils ont voulu être présents aux frères et sœurs qui les entourent, travaillant avec eux, et pour eux (lépreux).

L’emplacement des ermitages, les Carceri ou dans la vallée de Rieti, est à la fois distant de la cité, et à vue de celle-ci. Il s’agit de se retirer, sans se couper, du monde. De même l’activité des frères est en proximité avec les gens, au moins au départ. A tel point que certains ont demandé à suivre François, tout en restant dans le monde : ainsi nait le Troisième ordre.

Là où sont les frères (du 1er ou du 3è ordre) sont souvent des lieux de fracture sociale. L’exemple en France, aujourd’hui, pourrait être celui d’engagements particuliers dans la défense et le respect des droits de l’homme et l’engagement de frères auprès de pauvres. C’est ce que nous soulignions en début d’intervention avec les cercles de silence, en particulier. Attention aux pauvres, aux déracinés, au respect de la création sont autant de points où minorité et pauvreté doivent être vécues.

C’est une spiritualité en fidélité à l’Eglise, même si tout n’est pas parfait, mais au cœur de la communauté corps du Christ. François a tenu à rester fidèle à l’Eglise, et pourtant les tentations étaient grandes. Aujourd’hui encore, avec les difficultés et les incompréhensions que cela peut poser, c’est en Eglise, non pas tant l’institution, même si cela passe par elle, c’est en Eglise Corps du Christ que nous témoignons du Christ ressuscité.

La fidélité de François à l’Eglise : elle est notre mère. Par elle, et ses sacrements dont l’Eucharistie, le Seigneur se donne à nous. Même si François ne se gêne pas pour lui rappeler ses devoirs et ses obligations, même s’il ne se gêne pas vis-à-vis de l’Evêque d’Assise. Aujourd’hui encore, malgré les divergences d’appréciation, François nous demande cette obéissance à l’Eglise et au seigneur pape.

 

Je voudrais ici reprendre la conclusion de Jacques Dalarun, historien médiéviste, cheville ouvrière de la nouvelle traduction du Totum, lors d’une émission sur KTO. Pour lui, l’actualité de François pour le monde est de: - favoriser un gouvernement de service et non un pouvoir de domination  (féodalité, commune); - rappeler à notre société que l’argent ne doit pas le monde (commerce et finances); - souligner que la terre nous porte et nous nourrit (respect de la création).


Mgr Rouet disait au C.N. de Poitiers en octobre 2008, comme points d’attention que les franciscains devaient sans cesse rappeler au monde et à l’Eglise : importance de la pauvreté, de la gratuité de Dieu qui invite à la joie, de la fraternité des hommes (on a besoin des autres), et importance de l’accueil (accueillir, c’est recevoir de l’autre).

 

La visite du Ministre Général des franciscains est venu en France du 8 au 14 février 2009, et celui des conventuels à Lourdes à la même période l’interview à La Croix du 18 février. « Non pas trop peu de chrétiens, mais trop peu chrétiens »

 

Quelques défis :

Engagement et fidélité à la suite du Seigneur

Rapport à l’argent (sans rien en propre)

Gouvernement de service (fraternité et minorité)
Artisan de paix

 

Actualité

Cercle de silence : et frère de tous et non violence

Inter religieux : dimension religieuse (Dieu rejoint l’homme)

Ecologie : frère universel, création

Eglise : attachement à l’Eglise

castille-2009-c.jpg
 

Témoignage personnel : « fils de frat, devenu frère, et heureux de l’être»

 

Avant même de vous entretenir de l’actualité du charisme franciscain, je souhaite témoigner ici de la pertinence de la fraternité séculière comme témoignage de vie qui peut en entraîner d’autres sur cette voie, peu importe le choix de l’état de vie. Ce sera une manière de me présenter, en situant ma vocation franciscaine dans une histoire, qui est avant une histoire familiale. C’est plus tard que j’ai découvert l’importance et l’influence de la spiritualité franciscaine dans ma propre famille. Aujourd’hui, je veux avec vous rendre grâce, comme je l’ai déjà fait dans un des derniers numéros d’Arbre.

 

Je sais que ce n’était pas le but premier, mais que cela pouvait être un objectif possible, que la fraternité séculière ou le T.O. comme on disait à l’époque, maintenant on parle de l’Ordre Franciscain Séculier, suscite des vocations pour le Premier Ordre. Après tout, si la vie franciscaine est bonne pour certains, pourquoi ne pas inviter des plus jeunes à s’y engager dans la forme de la vie religieuse du Premier Ordre. Reconnaissons que pour le second Ordre, beaucoup plus proche de la vie monastique, cela n’était pas aussi clair.

 

Je suis donc né dans une famille chrétienne et pratiquante, 3è enfant sur 4 (3 garçons et une fille, la dernière arrivée). Très tôt dans leur vie de couple, mes parents ont recherché un mouvement, un groupe qui pourrait être soutien dans leur vie chrétienne.

 

Mon père, de famille ouvrière, avait fait de la JOC (Congrès de 1936, comme les congés payés !), puis s’engagera dans l’ACGH. Ma mère, fille d’industriel de la chaussure, participait à l’animation du patronage. Bien qu’ayant un lien de parenté, ils n’étaient pas tout à fait du même bord, mais se retrouvaient dans la foi chrétienne, avec ce sens de l’engagement au service des autres et en Eglise. Ce qu’ils ont d’ailleurs sût nous transmettre, même si chacun des enfants le vit à sa manière.

 

Toujours est-il que voulant réfléchir sur leur foi chrétienne, ils se trouvent embarqués par un prêtre de la paroisse dans l’aventure de la famille franciscaine dont ils avaient pu entendre parler par l’un ou l’autre membre de la famille qui en faisait partie. Il s’agissait encore de l’ancienne formule du Tiers-Ordre. Et l’aventure des « foyers franciscains » commence avec l’accompagnement de celui qui en est, à l’époque, l’initiateur dans l’ouest, le Père Raymond Moisdon. Son intuition pastorale est simple mais quelque peu novatrice pour l’époque : là où les hommes se réunissaient séparément des femmes, faisons des réunions de foyers puisqu’ils sont unis par le mariage. En somme, naît une pastorale franciscaine des couples, pastorale familiale franciscaine, puisque les enfants ne seront pas oubliés dans l’animation. Nous sommes vers 1950, bien avant le concile Vatican II.

 

Je me souviens de ces venues régulières du « Père » à la maison, de ces rencontres dominicales parfois, et de ces « camps de foyers » l’été, comme à Bodilis (29), avec la participation de plusieurs frères franciscains. Temps fort de l’été de ressourcement où nos parents aimaient se retrouver chaque année pour un « carrefour d’Evangile ». Et puisque les couples logeaient chez l’habitant ou dans une école, ceux-ci étaient conviés à la veillée du soir : déjà une évangélisation des gens rencontrés.

Les enfants étaient encadrés par des plus grands, et le soir nous présentions à nos parents une scénette d’Evangile, que nous leur avions préparé. Des amitiés se sont liées, des noms sont inscrits dans la mémoire. La transmission de ce vécu et de quelque chose d’important est perceptible chez chacun des enfants, même si tous nous n’avons pas suivi le même chemin. Dois-je préciser qu’il s’agit là d’un véritable bain dans la foi chrétienne vécue dans la fraternité de François d’Assise.

 

Un autre souvenir : le livre, « La harpe de Saint François » reste gravé dans ma mémoire. Je n’ai pas de peine à le voir sur la petite table de la chambre de mes parents, à Vitré. Ce sera l’époque, je suis en 7è, où le Père Henri Bodin vient régulièrement à la maison pour la réunion de foyers. C’est à lui que mes parents feront part de mon désir d’être franciscain. Les choses s’enclencheront ensuite et j’irai en 6è à St Nazaire, puis Bernay et Nantes, lieux de formation dépendant des franciscains bien que mon père aurait préféré que je fasse une scolarité dans les mêmes établissements que mes frères. « Pourquoi une éducation différente : il choisira plus tard ! »

 

Plus tard, je participerai à deux camps de jeunes de la Fraternité, avec d’autres frères (dont Gilles Rivière) : St Jouin de Bruneval (1971), Liffré (1970 ?) qui sera un temps fort dans la prise de décision de mon orientation vers la vie religieuse franciscaine, avec le texte de l’Evangile, l’onction de Béthanie.

 

L’histoire est ainsi faite que, devenu franciscain, je deviens assistant de fraternité à partir de 1985, assistant régional de Normandie à partir de septembre 1986,puis d’autres régions au fil des nominations : Pays de Loire, Versailles-Pontoise, Bretagne, jusqu’au national depuis octobre’ 2007.

Il n’y aura que 3 années où je ne serai pas « Régional », mais cela ne m’empêchera pas d’accompagner une équipe de base.

La variété des lieux me permettra de constater la particularité, liée aux habitudes et à l’histoire, de la Fraternité là où elle est implantée. Certes la variété est aussi liée aux générations et aux influences reçues par chacune d’entre elles. Il nous faut en tenir compte, mais parfois les dépasser pour une vision plus globale et universelle.

 

Conclusion

Ce temps consacré à la Fraternité me semble un juste retour des choses, et une évolution naturelle dans le choix des ministères. Il s’agit également d’un apport à l’universalité de l’Eglise riche de toutes les spiritualités, même si dans d’autres ministères c’est une position de retrait (ou d’enfouissement) qui l’emporte pour ne pas tomber dans le prosélytisme au service de sa « boutique ».

 

La fraternité séculière est si importante pour ma vie personnelle et familiale qu’il me semble tout à fait normal, logique, et même une juste restitution, que de se consacrer aux laïcs franciscains. Elle est un lieu de l’expression de ma spiritualité.

 

N’est-ce pas également la préoccupation que de tout baptisé que de porter ce souci missionnaire, et de partage non seulement de la foi qui nous anime, mais de la spiritualité qui la colore.

Les laïcs ont demandé à François de marcher avec lui à la suite du Christ, il y a une responsabilité des frères à soutenir les laïcs dans leur cheminement, et de ceux-ci à leur être proches. C’est ce qu’on appelle la « réciprocité vitale ».

 

Enfin, l’appartenance à une même famille, quelque soit les Ordres (1,2 ou 3) nous invite à vivre cette unité dans le respect des différences et des spécificités. Que chacun vive pleinement son état de vie, sans jouer ni copier l’autre.

castille-2009-d.jpg

Partager cet article

Repost 0
Published by - dans PACA
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Fraternité Franciscaine Séculière
  • Fraternité Franciscaine Séculière
  • : Pour mener une vie fraternelle et évangélique à la manière de François d'Assise, des hommes, des femmes, des foyers se rencontrent et constituent la Fraternité Franciscaine. Ceux qui veulent en faire partie, se retrouvent et construisent, jour après jour, une communauté évangélique. Ce blog est consacré à la région PACA
  • Contact

Qui sommes-nous ?

 

Recherche

Archives

Site Annexe activités hors PACA