Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 12:58

JEAN-FRANCOIS FOURNEL

Dans le cadre du 8e centenaire de la fondation des franciscains, des reproductions des fresques de Giotto représentant la vie du « poverello » d’Assise circulent dans les prisons françaises. Reportage à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy

Le petit groupe s’avance presque timidement vers la première fresque. À dessein, le conférencier a choisi, pour commencer, un panneau représentant le jeune François au tribunal, accusé par son père, le riche marchand de draps Pietro Bernardone, de lui avoir volé une étoffe pour financer la restauration d’une vieille chapelle. « Un saint au tribunal ? Ça c’est dingue… », s’exclame Jacques (1). La conférencière, une laïque membre des Fraternités franciscaines, visiteuse de prison pour l’occasion, saisit la balle au bond. « Eh oui ! Il n’a pas eu la vie toujours facile. En plus, il a été prisonnier pendant un an, lui aussi. Alors, la détention, il a connu. »

Jacques hoche la tête en silence ; on ne saura pas ce qu’il pense au fond de lui, mais il ne quittera plus la guide d’une semelle, passionné par ce qu’il apprend dans cette drôle de bande dessinée accrochée dans la salle polyvalente de la prison de Bois-d’Arcy (Yvelines). Comme lui, près de 80 détenus se sont relayés par petits groupes autour de ces panneaux reproduisant les nuances délicates des fresques du maître italien Giotto, qui révolutionna la peinture européenne au XIV siècle.

L’initiative en revient à Élisabeth de Balanda, responsable des éditions Ars Latina, spécialisées dans les expositions et les beaux livres sur le monde latin. « Je m’intéresse depuis toujours au patrimoine intransportable, celui qui ne peut quitter son lieu de création. J’ai donc imaginé ce procédé de reproduction, qui permet à toute sorte de gens de profiter de ces œuvres magnifiques sans faire le voyage. C’est en écoutant l’émission “Le téléphone du dimanche” sur Radio Notre-Dame que j’ai eu l’idée d’en faire bénéficier les détenus. En découvrant la détresse de ces familles envoyant par l’intermédiaire de la radio des messages à leurs proches, je me suis dit que, même derrière les barreaux, on avait droit à la beauté. »

L’idée de l’exposition a tout de suite recueilli l’adhésion des franciscains.

L’idée recueille immédiatement l’adhésion des franciscains auxquels elle la soumet, dans le cadre du 8e centenaire de l’ordre né de saint François. « Nous avons dit oui immédiatement, souligne le P. Thierry Gournay. Cette initiative est dans la droite ligne de l’Évangile : Dieu ne considère pas un homme pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il peut devenir. Les lieux de crise et d’exclusion comme les prisons sont aussi ceux qui disent le mieux l’Évangile. Il suffit d’un regard pour transformer un brigand en frère. Cela, notre fondateur nous l’a appris quand il a recommandé à ses amis de donner à manger à des voleurs qui les effrayaient : ensuite, les voleurs ont suivi la communauté. »

Transformer des loups en anges ? « N’exagérons rien », tempère Yannick Le Corre, visiteur de prison et président de l’association éducative et sportive de Bois-d’Arcy, qui a assumé une bonne partie de l’opération. « Mais les détenus ont fait preuve d’une attention incroyable à l’occasion de ces visites guidées qui duraient une heure et demie, une durée exceptionnelle pour ce type de public. Moi qui organise depuis des années des spectacles en détention tournant parfois à la récréation, je peux vous dire que maintenir aussi longtemps leur intérêt tient de l’exploit. »

Magie de la vie et du message de saint François, mais aussi qualité des intervenants choisis pour animer les visites. À Bois-d’Arcy, l’exposition a été organisée à la demande de l’aumônerie, et les commentaires sont sous la responsabilité de personnes extérieures, toutes membres de la famille franciscaine. « Au-delà de la beauté des fresques, ce qui compte, c’est la qualité de l’échange avec les détenus. Et pour cela, la vie de François est un formidable support, explique Violette Canelle, présente ce jour-là. Il a renoncé à une existence facile de gosse de riche pour épouser une vie misérable ; il a défendu les plus pauvres, les exclus… Croyez-moi, ce message-là passe cinq sur cinq avec les prisonniers. »

Jacques, qui saisit le dialogue, hoche à nouveau la tête. Mais cette fois, il rompt le silence : « François, c’était un gars comme nous, et j’ai jamais rien vu d’aussi beau. En plus, c’est bien d’avoir quelqu’un pour commenter. Pour moi, c’est trop difficile avec les notes sous les tableaux : je sais pas trop lire. » Parfois, la conversation peut être un rien musclée, comme la provocation de Gilbert (1) vis-à-vis de Charles Coulon, l’autre conférencier du jour : « Ton François, là, il a dit : “Tu ne tueras point”. Et si c’est ton pays qui te le demande pour partir à la guerre, il fait quoi, là ? » Avant de lui taper sur l’épaule… « Allez, t’en fais pas, je sais bien que t’as pas toutes les réponses. C’était quand même vachement bien de parler avec toi. C’est pas si souvent qu’on vient nous voir… »

(1) Les prénoms des détenus ont été changés.

http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2009/05/27/021/?article=7

 


 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Fraternité Franciscaine Séculière
  • Fraternité Franciscaine Séculière
  • : Pour mener une vie fraternelle et évangélique à la manière de François d'Assise, des hommes, des femmes, des foyers se rencontrent et constituent la Fraternité Franciscaine. Ceux qui veulent en faire partie, se retrouvent et construisent, jour après jour, une communauté évangélique. Ce blog est consacré à la région PACA
  • Contact

Qui sommes-nous ?

 

Recherche

L'Olivier

Archives

Site Annexe activités hors PACA

Pages