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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 19:59
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A1. Un fait :des frères arrivent, reviennent sur Marseille

A2. Reconnaître le sens des événements et le sens de

nos vies

A3. Le don des frères, par le Seigneur

A4. Un don qui n'est pas fortuit

A5. Reconnaître ce don avec les yeux de l'Esprit

A6. Accueil et don ; accueil et don réciproques

A7. A ceci on reconnaîtra que vous êtes mes disciples :

à l'amour que vous avez les uns pour les autres

B1. Qu'attendons-nous les uns les autres ? Les uns des

autres ?

B2. Baudiquey

B3. Vita Consecrata

B4. Brigitte GOBBE

Cl Remise de doc :



- Le Billet à frère Léon...délicatesse, confiance et liberté

- Du dernier ouvrage de fr.Thaddée MATURA

  • Texte de Maurice BELLET

  •  

A1. Un fait :des frères arrivent, reviennent sur Marseille

Cette fois nous sommes cinq. Nous avons reçu une lettre de mission, confirmée par l'archevêque Elle parle tour à tour d'attention à la dimension multi-culturelle et inter-religieuse à travers la rencontre des habitants du quartier de Noailles ; d'accueil, de prière et du témoignage de la Miséricorde autour de l'église de la Sainte-Trinité mise à notre disposition; de notre participation à la vie ecclésiale locale et enfin de ce que sera la manifestation de notre charisme en lien avec la Famille franciscaine.

Cette arrivée n'est pas fortuite et peut faire l'objet de plusieurs interprétations. On peut la lire sur différents plans :

Celui d'une logique institutionnelle : II découle d'un discernement émanant des frères franciscains des deux provinces : du Bienheureux Pacifique et des trois Compagnons.

C'est un fruit de la prière...

C'est un heureux événement de vie de famille franciscaine.

Au delà de l'événement comme tel, nous sommes appelés dans la foi à y découvrir la portée, le sens que cela a que cette venue.

A2. Reconnaître le sens des événements et le sens de nos vies

En soulignant ce point, nous ne faisons que nous inscrire dans la grande tradition biblique. Tout au long de son histoire, le peuple hébreu n'a cessé de relire son histoire et plus particulièrement la portée de ces événements libérateurs, libératoires qu'ont été la sortie d'Egypte et le retour de l'exil à Babylone. Tous les livres de l'Ancien Testament en sont marqués d'une manière ou d'un autre ( les psaumes notamment), mais également ceux du Nouveau Testament.

Relire son histoire, autant dire en fait faire mémoire de l'Alliance de Dieu avec son peuple en célébrant la fidélité de Dieu.

Du coup, des questions de fond se posent à nous : Comment avons-nous tendance à appréhender les événements de notre vie ? Evénements et rencontres ( le hasard ? La Providence ? La Grâce ?). En quoi est-ce que je peux dire que tel événement, telle rencontre fait sens dans ma vie ? Qu'est ce qui peut me permettre d'en prendre conscience ? Quels moyens je me donne pour cela ?

Autre question en fait très apparentée : comment, est-ce qu'à travers les âges de la vie j'ai pu me construire comme personne humaine ?

A 70 ans, ce que j'ai à vivre ne peut pas correspondre à ce que j'ai eu ou à ce que j'ai pu vivre à l'âge de 40 ans. C'est le défi des âges. Reste que ce que je vis à 70 ans vient en quelque sorte prolonger ce que j'ai été à 40 ans. De ce point de vue, des cohérences de fond peuvent se donner à voir au fil du temps justement (Cf. l'IFHIM. Gérard BERLIET « Le juste grandira comme un palmier », Paris, Vie Chrétienne, pp.122-128).

Comme adulte, nous avons une responsabilité particulière à vivre qui rejoint le fait que chacun d'entre nous, avons une vocation particulière, un charisme singulier à assumer, et pour cela à découvrir...

Amadeo CENCINI, Les sentiments du Fils, Editions du Carme/, Toulouse, 2003 (extraits)

p. 157 "Le charisme correspond à mon moi, et il est le nom par lequel Dieu m'a appelé à la vie pour devenir semblable à Lui. Le charisme représente mon passé, mais aussi ce que je suis appelé à être. Il est le sens plénier de mon histoire et la condition essentielle pour me sentir moi-même et être heureux; il est ce qui rend mon identité définitivement positive, beaucoup plus que ne pourraient le faire mes seules qualités et aptitudes. "

" Ces dernières ne sont pas sans importance car les dons que j'ai reçu de Dieu pour le bien des autres appartiennent aussi au charisme. Elles s'y rattachent parce qu'elles sont liées au moi actuel (ce que je suis) et sont au service du moi idéal (ce que je dois et veux devenir et qui est exprimé dans le charisme de l'institut). Ces qualités sont donc un moyen, et non une fin, un moyen pour vivre mieux et plus efficacement l'identité de la vocation, le lieu où s'exprime le plus pleinement l'appel de Dieu; et cette finalité les sauve de l'insignifiance narcissique en les provoquant à donner le meilleur d'elles-mêmes."

 

Thérèse DE SCOTT, la secrétaire de Marcel LEGAUT a publié en 1988 un ouvrage synthétique très intéressant à propos de son oeuvre : Devenir disciple de Jésus (Paris-Gembloux, 1988, Duculot). Voici comment elle décrit la démarche de LEGAUT : « Elle s'enracine dans des prises de conscience qui s'articulent avec le déroulement de sa propre histoire de croyant et avec le mouvement d'une fidélité au meilleur de soi. » Thérèse DE SCOTT poursuit : « Le mystère de Jésus se révèle en écho à son propre

mystère d'homme, de celui qui est en voie de devenir disciple » (p.5)

Nous n'avons pas à attendre la fin de notre vie pour tâcher de comprendre ce que nous avons vécu. Tôt ou tard, des événements marquants, des tournants, voire des épreuves peuvent nous provoquer en quelque sorte à cela. Pensez par exemple à la fameuse crise de la quarantaine. Nous sommes chacun, conviés à lire notre propre existence ; en l'occurrence à relire de ce que nous avons vécu parce-que cela nous est apparu de plus en plus significatif ( signe plus ou moins encore obscur de quelque chose)..

A3. Le don des frères, par le Seigneur

Venons-en à François d'Assise . Vous connaissez son Testament. Le besoin qu'il a eu de revenir sur quelques faits majeurs de sa vie et de celle de ses frères ( pas sur tous les faits d'ailleurs). L'interprétation surtout qu'il en a faite : le Seigneur me donna, etc. ». Lecture du Testament :

« 1 Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François, fa grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j'étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m'était insupportable.

2 Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; je les soignais de tout mon cœur ;

3 et au retour, ce qui m'avait semblé si amer s'était changé pour moi en douceur pour l'esprit et pour le corps. Ensuite j'attendis peu, et je dis adieu au monde.

4 Et le Seigneur me donna une grande foi aux Églises, foi que j'exprimais par la formule de prière toute simple :

5 Nous t'adorons, Seigneur Jésus-Christ, dans toutes tes Églises du monde entier, et nous te bénissons d'avoir racheté le monde par ta sainte Croix.

6 Ensuite, le Seigneur m'a donné et me donne encore, à cause de leur caractère sacerdotal, une si grande foi aux prêtres qui vivent selon la règle de la sainte Église romaine, que, même s'ils me persécutaient, c'est à eux malgré tout que je veux avoir recours. (...)

14 Après que le Seigneur m'eut donné des frères, personne ne me montra ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon le saint Évangile.

 

A la fin de sa vie, François d'Assise a eu clairement conscience de ce qu'a été la présence agissante de Dieu à travers un certain nombre d'événements de sa vie. Sa relecture s'est avérée également une véritable profession de foi, mais cela ne s'est pas fait du jour au lendemain, vous le savez.

« (...) La transformation du jeune François d'Assise s'est (...) déroulée à travers plusieurs expériences de conversion. Elle a pris l'allure d'une démarche généreuse en faveur de Dieu. Sa quête intérieure d'Absolu, sans cesse consentie et risquée, a dû tôt ou tard se traduire en une manière de vivre. Les Légendes nous apprennent que François d'Assise a mis beaucoup de temps avant de connaître la volonté de Dieu à son sujet et de lui donner forme ».

Pierre BRUNETTE, François d'Assise et ses conversions.

Les Editions franciscaines; Paris, 1993.

Le Seigneur me donna des frères. C'est de cette manière que François d'Assise interprète l'arrivée massive de ses premiers frères et plus largement de tous ces hommes et de toutes ces femmes séduits en quelque sorte par sa manière de vivre l'Evangile de manière radicale.

Cette interprétation s'inscrit dans la relecture de sa vie. Or, nous le savons, les relations de François d'Assise avec ses frères n'ont pas été des plus simples. Je n'y reviendrai pas ici. Juste tout de même pour nous centrer sur l'approche pathétique décrite par le frère Eloi LECLERC dans « Sagesse d'un Pauvre » :

« A travers toute la Chrétienté avaient fleuri de petites communautés de frères. Mais à présent tout cela était menacé de ruine. C'en était fini de cette unanimité dans la simplicité. Parmi les frères, on discutait âprement et on s'entre-déchirait. Certains d'entre eux, tard venus dans l'Ordre mais éloquents et influents, déclaraient sans sourciller que la Règle, telle qu'elle était, ne répondait plus aux besoins de la communauté. Ils avaient leurs idées sur la question. Il fallait, disaient-ils, organiser cette multitude de frères en un Ordre fortement constitué et hiérarchisé. Et pour cela, on devait s'inspirer de la législation des grands Ordres anciens et ne pas reculer devant des constructions vastes et durables qui donneraient à l'Ordre des Frères Mineurs lui-même pignon sur rue. Car, ajoutaient-ils, dans l'Église, c'est comme partout, on a la place qu'on occupe.

« Ceux-là, songeait tristement François, n'ont pas le goût de la simplicité et de la pauvreté évangéliques. »

II les voyait en train de saper l'oeuvre qu'avec le Seigneur il avait édifiée. Et cela lui faisait mal, affreusement mal. Et puis, il y avait les autres : ceux qui, sous couvert de liberté évangélique ou bien pour avoir l'air de se mépriser eux-mêmes, se permettaient toutes sortes de fantaisies ou d'originalités du plus mauvais goût. Leur conduite jetait le trouble parmi les fidèles et le discrédit sur tous les autres frères. Ceux-là aussi sapaient l'oeuvre du Seigneur. » (Eloi LECLERC, Sagesse d'un Pauvre, Paris, DDB , pp.17-18.)

A nouveau on peut s'interroger sur cet événement que fut l'entrée massive des frères. Soit on s'en tient au fait, quitter à ajouter des commentaires du genre : si ces gens sont rentrés, c'est qu'ils cherchaient un sens à leur vie, ou bien c'est parce-qu'ils désiraient vivre l'Evangile plus radicalement que ce qu'ils voyaient vivre autour d'eux, notamment dans le clergé. Soit on entre dans une interprétation spirituelle ; ce que d'ailleurs n'ont pas manqué de faire les premiers biographes de François. Pensez ici au fait que François d'Assise nous est présenté comme celui envoyé par Dieu pour restaurer l'Eglise qui tombait en ruines ; pour la réformer de l'intérieur.

J'ajoute que l'une et l'autre de ces interprétations ont, non seulement leur validité, mais peuvent tout à fait se révéler complémentaires.

A4. Un don qui n'est pas fortuit

Attardons-nous maintenant sur ce que l'on entend par don : le seigneur me donna des frères. Evidemment des petits malins auront tôt fait de faire remarquer que si les frères sont un don du Seigneur, ce ne sont pas pour autant toujours des cadeaux.

Je voudrais insister ici sur le fait qu'un don, ce n'est pas fortuit. Des frères franciscains qui reviennent à Marseille en 2009, ce n'est pas fortuit. L'engouement suscité par françois auprès de ses contemporains, ce n'est pas fortuit. Le fait que vous-mêmes fassiez fraternité, et avec tel et tel, ce n'est pas fortuit.

Tout cela a du sens et du sens qui s'inscrit dans ce que l'on pourrait appeler le projet de Dieu. Du sens aussi qui pourtant peut ne pas sauter aux yeux. Pensez à François dans Sagesse d'un Pauvre ; à ce que le frère Eloi LECLERC en a écrit : les frères seraient-ils un obstacle au projet de Dieu tel que François l'a perçu ? Nos propres sœurs et frères de fraternité seraient-ils un frein, un empêchement à ce à quoi soi-même voire notre fraternité sont appelés ? Ou tout au moins, tel ou tel serait-il un frein ?

Ce genre de questions, nous nous les posons parfois, quitte, après coup à culpabiliser.

A nous d'apprendre ensemble à reconnaître à travers ceci ou cela, celle-ci ou celle-là un don et non pas un obstacle.

Apprendre ensemble cela. S'aider les uns les autres à porter un regard que l'on pourrait qualifier de résolument bienveillant. Apprendre également mais c'est tout un, à ne pas être le jouet de nos émotions, voire de nos idées arrêtées. Je pense ici à un certain Eckhart TOLLE,( Nouvelle Terre. Ariane,2005, p. 146) qui a écrit ceci à propos du fond et de la forme : « La plupart des gens sont tellement identifiés à la dimension de la forme - aux perceptions sensorielles, aux pensées et aux émotions - qu'ils laissent de côté l'autre moitié essentielle de leur vie. Leur identification à la forme les garde prisonnier de leur ego. »

A5. Reconnaître ce don avec les yeux de l'Esprit

Seul l'Esprit peut nous permettre de découvrir, de voir se révéler le Royaume qui nous est donné à contempler. Pensez aux disciples de Jean-Baptiste demandant à Jésus si c'est lui, le Messie et la réponse de Jésus : « Allez rapporter à Jean ce que vous

entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres...»( Mt 11,2-6).

Voir grâce à l'Esprit, c'est vivre selon l'Esprit, c'est vivre spirituellement, ce à quoi s'oppose le désir de vivre selon la chair. L'être charnel - et charnel au sens où en parle St Paul dans les Epîtres aux Galates et aux Romains - choisit de ne pas vivre selon l'Esprit, préférant plutôt se soumettre à la loi du péché, cette loi qui conduit à la mort.

- St Paul est clair: Rom 8,13: "Si vous vivez de façon charnelle, vous mourrez; mais si, par l'Esprit vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez". (Cf le choisis la vie de l'Alliance : Dt.30,19 « Je prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez » ).

- C'est aussi ce que précise François d'Assise en Rnb 17, 14-16: "Celui qui est docile à l'esprit du Seigneur veut mortifier et humilier cette chair, égoïste, vile et abjecte; il s'applique à l'humilité, et à la patience, à la pure simplicité, et à la paix véritable de l'esprit; ce qu'il désire toujours et par-dessus tout, c'est la crainte de Dieu, la sagesse de Dieu, et l'amour de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit".

- Cf. T.MATURA, « François d'Assise auteur spirituel »: "Les premiers fruits de l'Esprit Saint selon François, c'est la prise de conscience de la dimension "charnelle" de soi: égoïsme, renfermement, autosuffisance, qui refusent et Dieu et le prochain. Cela doit mourir comme le précisent les quatre mots, (...). Mais ce à quoi l'Esprit s'applique et s'efforce davantage sont des valeurs de base: humilité, (connaissance de son moi et son acceptation totale), patience (savoir tenir, continuer, endurer), pure simplicité, (coeur sorti de soi et centré, sur Dieu et ses promesses), vraie paix de l'esprit (un certain calme intérieur solidement fondé sur l'espérance). Au sommet de tout, après le rejet du mal et le choix d'un chemin de vérité sur soi, se profile la réalité proprement divine. L'Esprit veut la mort de la chair, s'applique à créer certaines attitudes, mais avant tout il est désir ardent de (...) la saveur (...) et de l'amour que donne fa communion du Père, Fils et Esprit." (pp.134-135).

A6. Accueil et don ; accueil et don réciproques

Qui dit don, dit accueil. Qui dit accueil dit reconnaissance. Qui dit reconnaissance engage à la relation.

Un don ne peut être qualifié de don que s'il est reconnu comme tel. On peut ne pas le voir ; on peut ne pas en faire cas, être empêché ou bien s'empêcher de le reconnaître pensez à la parole d'Isaïe reprise par Jésus .

Is.6,9-10 : « // me dit : " Va, et tu diras à ce peuple : Écoutez, écoutez, et ne comprenez pas; regardez, regardez, et ne discernez pas. 10 - Appesantis le cœur de ce peuple, rends-le dur d'oreille, englue-lui les yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n'entendent, que son cœur ne comprenne, qu'il ne se convertisse et ne soit guéri. » Jn.12,40 : « Bien qu'il eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, 38 - afin que s'accomplît la parole dite par Isaïe le prophète : Seigneur, qui a cru à notre

parole ? et le bras du Seigneur, à qui a-t-ïl été révélé ? 39 - Aussi bien ne pouvaient-ils croire, car Isaïe a dit encore :40 - II a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour que leurs yeux ne voient pas, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas ». "

Ez.12,2 : « La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes : 2 - Fils d'homme, tu habites au milieu d'une engeance de rebelles qui ont des yeux pour voir et ne voient point, des oreilles pour entendre et n'entendent point, car c'est une engeance de rebelles ». Mc.8,17-18: « Le sachant, il leur dit : " Pourquoi faire cette réflexion, que vous n'avez pas de pains ? Vous ne comprenez pas encore et vous ne saisissez pas ? Avez-vous donc l'esprit bouché, 18 - des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre ?»).

De même il est précieux de jouer sur le mot reconnaissance. De le faire jouer : Reconnaître un don, que ceci est un don, un cadeau de Dieu, Et en être reconnaissant ; en rendre grâces. Dans l'un et l'autre cas, il en va de notre capacité, de notre disposition du cœur à célébrer Celui qui, comme le dit François d'Assise est la Source de tout Bien.

Adm8 :

« 1 Sans le secours de l'Esprit-Saint, dit l'Apôtre, nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur' ; 2 sans le secours de l'Esprit-Saint, nul, pas un seul homme, n 'est capable défaire le bien".3 C'est pourquoi celui qui est jaloux d'un de ses frères par l'intermédiaire duquel le Seigneur dit et fait du bien, celui-là commet un véritable blasphème : c 'est au Très-Haut lui-même que sa jalousie s'en prend, puisque c 'est de Dieu seul que dérivent toute bonne parole et toute bonne action. »

Le mouvement de reconnaissance est un mouvement qui engage la qualité de nos relations fraternelles. Personnellement j'ai été très marqué, au début de ma vie religieuse par cette question posée par un frère capucin, Jacques BELANGER : « As-tu une parole à me dire qui puisse m'aider à faire un pas de plus ? ».

S'accueillir en fraternité, c'est reconnaître que Dieu nous a donné des compagnons et des compagnes de route et que c'est avec eux que nous sommes appelés à cheminer. C'est avec eux qu'il s'agit de témoigner de Celui qui nous convie à faire fraternité, à fraterniser et qui nous y aidera par Sa Grâce, pour peu que nous y consentions ; que nous apprenions à y consentir.

A7. A ceci on reconnaîtra que vous êtes mes disciples : à

l'amour que vous avez les uns pour les autres

Amour, confiance mutuelle, joie : des mots forts pour aujourd'hui.

Je voudrais citer ici Jean VANIER, La communauté, lieu du pardon et de la fête, (Fleurus/Bellarmin, 1979, pp. 20-21) : « L'atmosphère de joie vient du fait que chacun se sent libre d'être lui-même dans ce qu'il a de plus profond. Il n'a pas besoin de jouer un personnage, de prétendre être mieux que les autres, d'essayer de faire des prouesses, pour être aimé. Il a découvert qu'il est aimé pour lui-même et non pour ses capacités intellectuelles ou manuelles.

Quand quelqu'un commence à enlever les barrières et les peurs qui l'empêchent d'être lui-même, il se simplifie. La simplicité, c'est précisément d'être soi-même en sachant que les autres nous aiment tels que nous sommes. C'est se savoir accepté avec ses qualités, ses défauts, dans sa personne profonde ».

Dieu nous donne de nous accueillir pour que nous témoignions de son Amour, et ce n'est pas rien aujourd'hui que de manifester de l'Amour à travers, grâce à des fraternités résolument ouvertes, je veux dire qui ne soient pas frileuses. Surtout aujourd'hui, dans un contexte de société, autant en prise à de la désespérance et à de multiples formes de peurs, de rétractations.

Je cite à nouveau Jean VANIER : « II y a dans le monde trop de gens sans espérance, trop de cris laissés sans réponse, trop de personnes mourant dans leur solitude. C'est quand les membres d'une communauté réalisent qu'ils ne sont pas là pour eux-mêmes ni pour leur propre petite sanctification mais pour accueillir le don de Dieu et pour que Dieu vienne désaltérer les cœurs desséchés, qu'ils vivent pleinement communauté. Une communauté doit être une lumière dans un monde de ténèbres une source dans l'Eglise et pour tous les hommes. On n'a pas le droit d'être tiède » (op. cit. p. 10),

B1. Qu'attendons-nous les uns les autres? Les uns des autres ?

A vous en fraternité de vous poser, voire de vous reposer la question. Pour ma part je vous laisserai tout à l'heure l'extrait d'un texte de Pau! BAUDIQUEY à propos de l'attente précisément.

Je voudrais plutôt souligner ici cette espèce de réciprocité vitale qui nous associe, comme en une communauté de destin, frères et soeurs laïcs et religieux ; sœurs et frères religieux et laïcs. L'encyclique de Jean-Paul II sur la vie consacrée ( Vita Consecrata) y fait allusion aux n°54-55.

Je pense aussi à quelques remarques de Brigitte GOBBE.

 

B2. Brigitte GOBBE

Je voudrais reprendre les propos de Brigitte GOBBE entendus à l'occasion du chapitre provincial du Bienheureux Pacifique de 2008.

Plusieurs passages m'ont particulièrement marqué concernant, de par notre baptême autant religieux que laïcs:

«II s'agit (...) de faire l'expérience que ma vie se transforme en relation avec le Christ qui vit en moi (...). Ou bien la bonté transpire, ou bien elle ne transpire pas.(...) Se laisser ressusciter suppose l'accueil de la croix, le consentement à ce que mon lieu d'accomplissement soit un lieu où je ne veux pas être (...) Nous, franciscains, n'oublions jamais que la joie centrée sur le mystère pascal est au cœur de notre charisme ».

Bien sûr il est hasardeux de se faire la porte-parole des attentes des laïcs envers les religieux, de vos attentes par rapport à nous ( l'inverse est vrai également). Elle s'y est néanmoins risquée.

Personnellement l'ensemble de son intervention m'a beaucoup rejoint. Ces remarques me sont apparues justes et pertinentes ; rendant compte indirectement de ce qu'un certain nombre de frères perçoivent également de plus en plus ; des frères qui redécouvrent la cohérence et le dynamisme de leur vocation de personnes consacrées.

Je pense à ce que Jean-Paul a écrit dans son encyclique au n° 55 ; « La participation des laïcs suscite souvent des approfondissements inattendus et féconds de certains aspects du charisme, en leur donnant une interprétation plus spirituelle et en incitant à en tirer des suggestions pour de nouveaux dynamismes apostoliques. Dans toutes les activités ou ministères où elles sont engagées, les personnes consacrées se souviendront donc qu'elles doivent être, avant tout, des guides compétents de vie spirituelle, et, dans cette perspective, elles feront fructifier « le talent le plus précieux: l'esprit ». À leur tour, les laïcs offriront aux familles religieuses la précieuse contribution de leur caractère séculier et de leur service spécifique. »

Et je repense en contrepoint à Brigitte GOBBE nous partageant ceci : « Peu importe le nombre des frères, leur compétence, ce qui compte c'est leur disponibilité, leur vigilance, leur bonté, leur témoignage de vie personnelle et communautaire enracinée en Christ. Les laïcs peuvent ainsi repartir accomplir leur mission dans le monde » (...) « Nous ne pouvons pas prier autant que les religieux, mais nous avons besoin d'eux pour relire notre quotidien à la lumière de l'Evangile, dans une dynamique de conversion permanente ; ainsi s'expriment plusieurs laïcs rencontrés » (...) « Les laïcs ont besoin de savoir comment les religieux évoluent dans le monde d'aujourd'hui, vivent leur foi, intègrent le réel philosophique, religieux, économique, sociologique. Ils ont aussi le vif désir de confronter leur chemin spirituel à l'aune de l'expérience fraternelle des religieux. Des repères leur sont nécessaires dans une société désécurisante (...) ».

Se donner les uns aux autres, frères et laïcs, laïcs et frères, c'est goûter par expérience ce que le Seigneur nous convie à découvrir ; Lui qui peut nous aider à porter un regard stimulant sur nos vies respectives, mais aussi et tout autant peut-être sur le pourquoi de notre être-ensemble.

Nous ne sommes pas donnés les uns aux autres pour faire ensemble. Nous sommes donnés les uns aux autres pour laisser se révéler la richesse de notre complémentarité, la richesse des charismes de chacun, la richesse également de nos états de vie, de nos vocations respectives.

Plus fondamentalement encore pour nous aider à vivre du Christ et dans le Christ. A l'enfanter dans le sens où en parle François d'Assise quand il souligne en quoi nous sommes appelés à être ses mères : « 55 Ses mères lorsque nous le portons dans notre cœur et dans notre conscience, et que nous l'enfantons par nos bonnes actions, qui doivent être pour autrui une lumière et un exemple. »

[1 Co 123. " Rm 3 12.
2 textes complementaires cités par Batitte sont dans le blog annexe

 

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commentaires

Achat Or 10/05/2009 18:32

La participation des laïcs suscite souvent des approfondissements inattendus et féconds de certains aspects du charisme, cette citation du Pape Jean-Paul est à développer !

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