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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 23:24

À l’occasion des 800 ans de la fondation des frères mineurs, rencontre avec le P. José Rodriguez Carballo, Espagnol, ministre général des franciscains, pour qui le témoignage du « poverello » d’Assise est toujours d’actualité
 

La Croix : Quel est le charisme propre des franciscains ?

P. Rodriguez Carballo : Tout simplement l’Évangile. Être le témoin de l’Évangile dans le monde et la société d’aujourd’hui. Par-dessus tout, il s’agit pour nous de le vivre dans sa radicalité, plus particulièrement auprès des plus pauvres.

           

Qui sont-ils aujourd’hui ?

Les pauvretés matérielles sont toujours aussi importantes, mais les pauvretés spirituelles sont de plus en plus réelles. L’homme de ce temps a vraiment besoin de la Bonne Nouvelle de l’Évangile, tout simplement pour être véritablement homme et femme. D’une certaine façon, c’est toute l’humanité qui est pauvre : certains ont faim de pain, d’autres ont soif de la Parole de Dieu. Dans ce contexte, nous voulons nous faire proches de tous les hommes. Ce qui est essentiel à notre charisme, c’est la fraternité. Nous n’allons jamais tout seuls. C’est toujours « en fraternité », envoyés par nos fraternités, que nous allons vers les autres. C’est vraiment un signe prophétique pour le monde actuel.

            

Ce signe est-il attendu ?

Aujourd’hui, on parle beaucoup de « solidarité », mais assez peu de fraternité. Être l’un à côté de l’autre ne signifie pas être l’un avec l’autre. Nous vivons dans un monde divisé, sans vraiment de fraternité universelle. Dans ce monde divisé, fragmenté, nous avons besoin d’une fraternité réelle dont nous avons la conviction qu’elle est profondément évangélique.

           

Les franciscains ont fait parler d’eux avec les « cercles de silences », protestant publiquement contre les conditions faites aux immigrés. Certains leur reprochent de faire de la politique. Comment jugez-vous ces initiatives ?

Cela ne relève pas d’une action politique directe. Il s’agit d’éduquer les consciences sur des questions qui se posent de façon aiguë, en Europe et en France. Nous nous exprimons, sur un mode non-violent, dans l’esprit d’Assise, et dans un climat de prière. Nous appelons ainsi tous les croyants à prier et les non-croyants à prendre conscience de ces problèmes. Mais nous ne voulons pas nous substituer aux associations, dont le travail consiste à trouver des réponses concrètes, notamment juridiques.

 

La crise va obliger à vivre plus frugalement, voire plus pauvrement. Cette pauvreté subie n’a pas grand-chose à voir avec la pauvreté franciscaine…

Pour nous, la pauvreté doit être vécue comme synonyme de liberté. Pour être vraiment libre, l’homme doit pouvoir se libérer du matérialisme. Cela peut paraître étrange, mais les franciscains ne font pas vœu de pauvreté : notre vœu consiste à vivre « sans rien en propre », nous ouvrant ainsi à cette liberté vis-à-vis des biens matériels et de la tentation de posséder l’autre. Il s’agit aussi d’une liberté par rapport à nous-mêmes. Si nous n’avons rien en propre, nous pouvons tout donner au Seigneur et laisser les autres être ce qu’ils sont. La grande tentation de l’homme contemporain est de dominer l’autre. Selon notre vœu, nous voulons nous libérer de cette tentation d’emprise sur l’autre, sur les choses. Pour nous, François d’Assise est l’archétype de l’homme libre, car il a vécu sans rien en propre.

           

Est-ce ce que vous voulez manifester au monde ?

Absolument. Nous voulons nous maintenir libres et donner la possibilité aux autres d’être vraiment libres. Le cœur de l’Évangile, c’est l’amour, mais l’amour purifié de la tentation de posséder. Il s’agit d’un amour-don.

           

En Occident, le catholicisme devient minoritaire. S’agit-il d’une chance ou d’une menace ?

C’est un défi. Un défi à être de meilleurs chrétiens. Le drame du christianisme en Occident n’est pas de décroître, mais que nous sommes trop peu chrétiens. Pas trop peu de chrétiens, mais trop peu chrétiens ! Nous devons prendre conscience de ce que nous sommes et de notre responsabilité. Si nous croyons que l’Évangile est une Bonne Nouvelle, qu’il porte des valeurs profondément humaines, alors notre responsabilité est de maintenir vivante cette flamme. Nous ne pouvons pas nous résigner, nous retirer du monde. Nous devons témoigner, par nos vies et par nos paroles, que l’Évangile est encore aujourd’hui une belle et bonne nouvelle, pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

           

Le nombre importe-t-il peu ?

Ce qui importe est la qualité évangélique de notre vie. Il ne faut pas réduire la qualité évangélique de vie pour avoir du nombre. L’Évangile n’est pas en soldes : dans notre société, il y a beaucoup d’offres sur le « marché spirituel », dont beaucoup d’offres médiocres. Nous voulons que la nôtre attire l’attention de nos contemporains, en raison de sa qualité.

           

Que dites-vous au pape lorsque vous le rencontrez ?

Les franciscains veulent vivre l’Évangile, mais toujours dans et avec l’Église. Si nous perdons ce lien essentiel, l’histoire montre que nous pouvons disparaître. Le témoignage de François d’Assise, homme profondément libre, se présente toujours comme une alternative au sein même de l’Église. Il a dénoncé les péchés de l’Église, mais toujours en communion avec elle.

          
Aujourd’hui, nous tentons de vivre cette tension. Nous sommes disposés à collaborer avec l’Église en toute mission, mais en restant fidèles à notre identité. Nous sommes profondément convaincus que pour dialoguer avec la culture actuelle, il faut une formation intellectuelle adéquate.

Notre ordre se construit sur trois piliers : la sainteté (autrement dit la qualité évangélique de notre vie), les études (notamment dans notre grande tradition parisienne), et enfin, la proximité avec les gens, particulièrement les plus pauvres : pendant huit siècles, nous avons été les « frères du peuple » et nous voulons le rester. Pour moi, ces trois éléments sont indissociables.

 

 

Recueilli par Frédéric MOUNIER
La Croix en ligne –17/02/2009

Source : http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2365419&rubId=1098

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