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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 08:35

  Toutes les photos de la récollection sont accessibles par le lien suivant :
http://picasaweb.google.fr/ffsPACA/
où vous trouverez 24 albums de photos de la région , dont "Récollection diocésaine Alpes Maritimes"

Nous nous sommes (presque) tous retrouvés le 14 février dernier chez les sœurs clarisses de Nice pour une recollection diocésaine où nous avons eu la joie d’accueillir nos responsables régionaux Rose-Marie Golfetto et fr Danick Labinal venus à l’occasion de l’élection d’un nouveau responsable diocésain.
Après les laudes, fr Sergio nous a donné un très bel enseignement sur la spiritualité franciscaine, en partant du texte des Fioretti sur « la Joie Parfaite ».
A la fin de la messe, nous avons pu remercier Simone Tron pour son engagement tout au long des 6 années de son mandat de responsable diocésaine où elle a fait preuve, avec beaucoup de bonne humeur, de dévouement, de disponibilité, d’esprit fraternel et d’attention aux autres.
Après déjeuner, nous étions encore une trentaine pour partager les nouvelles de la région et participer à l’élection de Yves Bourgain de la fraternité St Damien de Nice comme nouveau responsable diocésain.
Un moment particulièrement émouvant a été la remise, par 3 des précédents responsables diocésains, du « registre des professions » qui témoigne de la vitalité du message de St François.

L’Esprit de la joie parfaite, enseignement de Fr Sergio


Nous allons méditer le Chapitre 8 des « Fioretti » (Comment Saint François, cheminant avec frère Léon, lui exposa ce qu'est la joie parfaite) qui est (à mon avis) un des exemples les plus significatifs de la maturité spirituelle de Saint François pour comprendre et vivre sa spiritualité.

Lecture historique

Il s’agit d’un texte du début du 13ème siècle. Le texte originel est un peu plus riche que celui des Fioretti que nous connaissons. Il renvoie à fr. Léonard d’Assise qui aurait accompagné François lors du retour de Terre Sainte. Un frère qui connaissait donc bien François. Pour mieux comprendre le texte il faut le lire en le replaçant dans le contexte historique où vécut François, surtout ver la fin de sa vie, ainsi qu’à l’histoire de l’ordre franciscain après les années 1220.
Dans la première moitié du texte nous trouvons des motifs de joie que François met tout de suite de côté, dans la mesure où ils seraient de fausses pistes pour comprendre ce qu’est la joie parfaite : la sainteté des frères et leur édification au sein du peuple de Dieu, les prodiges accomplis par les frères, leurs connaissances scientifiques et leurs charismes de prédication. En effet au cours de ces années le nombre des frères s’était accru et surtout certains d’entre eux faisaient désormais partie des « maîtres de Paris », les enseignants de l’université Parisienne, célèbre pour la connaissance biblique et scientifique du moyen âge, et de nombreux membres du haut clergé étaient entrés dans l’ordre. Humainement cela ne pouvait qu’être un motif de grande joie. Mais pour François ce n’est pas la joie parfaite ! De même, le fait que des frères étaient allés parmi les infidèles et avaient reçu la grâce du martyre, en 1220, aurait dû faire exulter le cœur de François : les biographies nous rapportent que la nouvelle avait été reçue avec enthousiasme. Pour François le fait d’avoir finalement des frères martyrs était une occasion de fierté et pour tout l’ordre, qui était en pleine évolution, cela pouvait apparaître comme un motif de grande joie. Nous voyons donc que les éléments qui ressortent de ce récit correspondent à des faits historiques que l’ordre venait de vivre à cette époque. Mais encore une fois, pour François ce n’est pas la joie parfaite !
La deuxième partie du texte qui décrit l’arrivée des deux frères à Sainte Marie des Anges et leur dispute avec le frère portier, relate elle aussi, des éléments historiques et biographiques. Nous y retrouvons le conflit entre François et une partie de l’ordre qui voulait vivre une règle plus monastique. La Portioncule a été longuement un lieu structuré avec des nattes autour d’une petite église. Dans le récit plus ancien, celui du fr. Léonard, il y a déjà le témoignage d’un couvent et une porte infranchissable. L’utilisation d’une expression chère à saint François «…et supplions pour l'amour de Dieu » ou la réponse du frère portier dans la traduction plus ancienne (« Nous sommes tellement nombreux et tels (« tanti e tali)  que nous n’avons pas besoin de toi… » nous font soupçonner que le frère portier avait bien reconnu son interlocuteur et cela rend certainement le refus plus douloureux !. L’ambiance témoignait de tous les soucis et de la souffrance que François avait dans le cœur au sujet de la division de l’ordre.
De même, « … allez à l’hôpital » fait référence à un lieu d’accueil qui existait vraiment et qui était géré par l’ordre des « Crucifères », une sorte confrérie qui s’occupait des pèlerins en voyage vers Rome et la Terre Sainte. C’est comme si on avait dit à François « C’est nous qui sommes du bon côté pour l’interprétation du charisme de l’ordre ; toi, mets toi à l’écart, va chercher ailleurs, dans une autre famille, dans un autre ordre… ».
François savait que certaines pressions qu’il recevait pour modifier la règle venaient de la partie plus « saine » de la curie romaine, celle qui avait le souci de réformer l’Eglise. Il vivait à cause de cela, un moment de grande tentation : « est-ce que je ne me suis pas trompé dans mon charisme… ». Cette réponse, qui laisse entrevoir quelque chose que François a dû vivre dans sa relation avec les frères, l’enfonce encore plus dans le gouffre de sa tentation. Peut être François a-t-il imaginé qu’avec le pouvoir de faire des miracles, il aurait pu convaincre les frères. Mais l’Esprit lui suggère « ce n’est pas celle là la joie parfaite ! ». 

Lecture théologique 

Ce récit est à mettre en perspective avec un certain nombre de passages bibliques, par exemple :
- Lettre de Jacques 1,2 : Mes frères, quand vous butez sur toute sorte d'épreuves, pensez que c'est une grande joie. Car l'épreuve, qui vérifie la qualité de votre foi, produit en vous la persévérance, et la persévérance doit vous amener à une conduite parfaite ; ainsi vous serez vraiment parfaits, il ne vous manquera rien.
- 1 Cor 4-7 : Qu’as tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si cela venait de toi ?
- Galates 6,14 : Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde !
- Peut être le texte plus éloquent est-il dans la deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 2 Cor 12,9-10 : Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c'est alors que je suis fort.

Parmi les écrits de Saint François l’admonition 5 reprend les thèmes du récit de la joie parfaite :  Considère, ô homme, le degré de perfection auquel t’a élevé le Seigneur : il a créé et formé ton corps à l’image du corps de son Fils bien-aimé et ton esprit à la ressemblance de son esprit Et malgré cela, toutes les créatures qui sont sous le ciel servent leur créateur mieux que toi, elles le connaissent et lui obéissent mieux que toi, chacune selon sa nature. Bien pis, ce ne sont pas les démons qui l’ont crucifié : c’est toi qui, avec eux, l’as crucifié et le crucifies encore en prenant plaisir au vice et au péché. De quoi peux-tu donc bien te glorifier ? Même si tu avais tant de pénétration et tant de sagesse qu’aucune science n’aurait plus de secret pour toi ; même si tu savais interpréter toutes les langues et scruter les mystères divins avec une subtilité remarquable, de tout cela tu ne peux tirer aucune gloire. Le premier venu des démons a autrefois pénétré bien plus avant dans les mystères de Dieu et connaît encore maintenant l’univers terrestre bien mieux que tous les hommes réunis (y compris celui qui reçut du Seigneur la grâce spéciale de la plus haute sagesse). De même, serais-tu le plus beau et le plus riche des hommes, et ferais-tu même des miracles au point de chasser les démons, tout cela peut se retourner contre toi, tu n’y es pour rien, et il n’y a rien là dont tu puisses tirer gloire. Mais ce dont nous pouvons tirer gloire, c’est de nos faiblesses. C’est de notre part quotidienne à la sainte Croix de notre Seigneur Jésus-Christ. )
François exhortait sans cesse ses frères à ne pas s’approprier le bien que Dieu fait à travers eux. Pour lui c’est une manière de vivre sine proprio.  Il faut remarquer que les choses que François nomme par exclusion comme « joies imparfaites », ne sont pas du tout mauvaises, au contraire elles sont des œuvres de Dieu. François aussi se réjouissait d’écouter de la bonne musique lors des moments terribles de sa maladie ainsi que des gâteaux qu’il demandait à Jacopa de Settesoli juste avant de mourir. Il ne refusait donc pas les joies simples de la vie. Toutefois la source de la joie parfaite doit être recherchée ailleurs. La première source de joie pour François est donc de reconnaître que tout le bien appartient à Dieu qui nous le confie. Mais le serviteur de Dieu doit trouver son bonheur parfait non pas dans l’appropriation des biens de Dieu mais dans la restitution par le moyen de la louange et du service.
Voilà un élément de la spiritualité franciscaine qui pourrait nous renvoyer à l’expérience « charismatique » de certains mouvements et communautés nouvelles qui fondent leur vie avec Dieu sur la joie et la prière de louange. C’est étonnant  de découvrir une affinité dans ce que l’Esprit suscite à notre époque et ce qu’il à suscité au long des siècles.
Pourtant François va plus loin en nous disant qu’il y a une joie qui est porteuse d’une profonde paix et c’est la joie de partager la croix de Jésus Christ. Nous sommes tentés de penser que la paix et la joie surgissent quand tout va bien. Mais dans l’expérience de François ce n’est pas toujours le cas.
Le Cantique des Créatures est aussi un bel exemple : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : heureux s’ils conservent la paix, car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés ». On dirait que ce verset du Cantique ait été composé le soir même où François et frère Léon ont été chassés de la Portioncule. Et nous savons que ce cantique a été écrit deux ans avant de mourir : François avait déjà reçu les stigmates et il était malade. Et pourtant il laisse entrevoir une expérience de grande joie, la joie d’un amoureux, la joie qui découle d’une source mystérieuse…
L’admonition 15 nous dit Heureux les pacifiques : ils seront appelés fils de Dieu.  Sont vraiment pacifiques ceux qui, malgré tout ce qu’ils ont à souffrir en ce monde, pour l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ, gardent la paix de l’âme et du corps. François annonce la possibilité de vivre toutes les situations de souffrance ou d’épreuve dans une profonde paix intérieure. Cette paix nait de la foi en Jésus Christ et c’est cette paix de l’âme qui est la vraie joie dont parle François dans les Fioretti. Le refus des frères à Sainte Marie des Anges, vécu dans la patience, devient source de paix. Une paix mystérieuse, difficile à comprendre pour ceux qui n’en ont jamais fait l’expérience concrète. C’est une joie qui naït de la conscience de participer à la passion et à la croix de Jésus. C’est la joie du disciple qui rencontre le Maître dans les épreuves de la vie quotidienne vécue à Sa suite dans la patience, dans le chemin, parfois fatiguant, de la fidélité à l’Evangile. Nous pouvons dire que nous touchons le noyau de l’Evangile : être avec Jésus la petite semence semée qui meurt pour donner du fruit. Ce n’est pas seulement le cœur de la vie chrétienne mais aussi un élément essentiel de la spiritualité franciscaine qui revient dans chaque page des biographies et des écrits à partir du jour où François rencontre les lépreux et l’amertume se change en douceur d’âme et du corps, joie parfaite dans une logique pascale, jusqu’au jour où, à l’Alverne François demande de ressentir dans son corps l’amour et la souffrance de Jésus pour les pécheurs, pour les hommes, pour la gloire du Père. Enfin François devant la mort imminente chante la joie de celui qui a restitué tous les dons au Père.

La source de la joie parfaite réside dans le fait d’avoir confiance en Dieu ! Même si on n’a rien de bon pour le monde, même si nous vivons oubliés par tous, notre paix consiste dans le fait que Dieu ne nous a pas oubliés. Voilà la source de la joie.

Il est clair que tout ce qu’on vient de dire est un « point-sommet », un point d’arrivée qui n’est rejoint qu’à travers un parcours de maturation intérieure. Mais l’Esprit Saint est là pour nous y conduire, Lui le vrai « accompagnateur spirituel » des âmes.
Ce qui est merveilleux dans ce récit c’est qu’il ne s’agit pas que d’une parabole ou d’une histoire édifiante mais d’une vie vécue ! La vie de François qui renvoie à celle du Seigneur Jésus.
A Lui la louange pour les siècles des siècles.

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